L'Opéra national de Paris donne à voir jusqu'au 14 juillet 2026 sa reprise de La Bayadère, chorégraphiée par Rudolf Noureev d'après Marius Petipa. Selon Franceinfo - Culture, cette production, présentée à l'Opéra Bastille, marque le retour de ce chef-d'œuvre du répertoire classique sur la scène parisienne après sept ans d'absence, les dernières représentations ayant été annulées en décembre 2020 en raison de la pandémie de Covid-19.
Ce qu'il faut retenir
- La Bayadère, chorégraphiée par Rudolf Noureev d'après Marius Petipa, est à l'affiche de l'Opéra Bastille du 17 juin au 14 juillet 2026, en trois actes pour une durée totale de 2h45 avec deux entractes.
- Florence Clerc et Nicolas Le Riche, deux anciens étoiles de l'Opéra, assument désormais le rôle de répétiteurs pour transmettre cette œuvre fondatrice à la nouvelle génération.
- Cette transmission repose sur des répétiteurs émérites ayant directement travaillé avec Noureev, décédé en 1993, et s'appuie sur des méthodes pédagogiques précises.
- Les danseurs actuels bénéficient d'un héritage multiple, enrichi par des influences variées, dont celles de Noureev et de Balanchine.
Un ballet chargé d'histoire et de symboles
La Bayadère occupe une place particulière dans l'histoire de l'Opéra national de Paris. Rudolf Noureev, emporté par le sida en 1993 à seulement 54 ans, avait consacré ses dernières années à finaliser cette version du ballet. Le 8 octobre 1992, affaibli mais déterminé, il avait fait ses adieux à la scène lors de la première de La Bayadère au Palais Garnier, un moment historique qui avait marqué les esprits du monde entier. « C'est vieux mais cela m'a marqué », confie aujourd'hui Florence Clerc, étoile de la compagnie et répétitrice de la production.
Entrée à l'école de l'Opéra à l'âge de 10 ans, Florence Clerc a bâti l'intégralité de sa carrière au sein de cette institution. Elle a côtoyé Noureev dès le milieu des années 1970, lorsque celui-ci avait monté pour la première fois La Bayadère. « Il m'a choisie pour incarner les rôles de soliste et m'a ensuite confié des responsabilités majeures, comme celle de créer le rôle-titre dans Manfred », précise-t-elle. Son expérience directe avec le chorégraphe russe en fait une passeuse incontournable de son héritage.
La transmission, un dialogue entre générations
Dans un studio circulaire niché sous les toits du Palais Garnier, Florence Clerc guide Inès McIntosh, première danseuse, lors d'une répétition de la scène de la bagarre entre Nikiya et Gamzatti. « Je dois travailler mes intentions », explique-t-elle à sa répétitrice, qui scrute chaque geste et chaque expression avec une attention minutieuse. « Il faut que je sente que ça bouillonne à l'intérieur, que ta vengeance sera terrible », lui indique Florence Clerc. « Ce travail me permet de bien construire mon personnage, en l'adaptant à ma personnalité et à mon physique », confie Inès McIntosh en fin de session. « Florence m'aide à trouver le bon curseur, à définir ce qui me va. »
Cette transmission ne se limite pas à la technique. Elle inclut aussi une dimension artistique et expressive, essentielle pour incarner des rôles complexes comme celui de Gamzatti, une femme forte et déterminée. « Les danseurs actuels ont plus d'informations qu'avant. Ils ont un bouillon de culture qui doit continuer à évoluer », souligne Florence Clerc. Elle-même se prépare à remonter sur scène en fin d'année pour danser dans « Barbara, du bout des lèvres », un spectacle réunissant plusieurs générations de danseurs aux Folies-Bergère du 9 au 22 novembre 2026.
Nicolas Le Riche, de l'autre côté du miroir
Nicolas Le Riche, 54 ans, incarne une autre facette de cette transmission. Ancienne étoile de l'Opéra, il a troqué le rôle de danseur contre celui de coach, une transition qu'il décrit comme « presque naturelle ». « C'est la première fois que je passe de l'autre côté du miroir dans cette maison qui m'a vu grandir », confie-t-il. Il travaille aux côtés de Guillaume Diop, 26 ans, et des premières danseuses Bianca Scudamore et Hohyun Kang, répétant avec eux les pas de La Bayadère tout en chantonnant pour guider le tempo de Ludwig Minkus.
Pour Nicolas Le Riche, la transmission est avant tout une question de « créer du lien » entre ce qu'il a reçu et ce qu'il transmet aujourd'hui. « Ma mission est de leur raconter ce que j'ai vécu ici et ailleurs, enrichi de mon expérience, afin qu'ils puissent développer ces rôles avec le maximum d'informations », explique-t-il. Contrairement aux méthodes directives d'autrefois, il privilégie aujourd'hui une approche plus collaborative : « Je vous propose » est sa phrase récurrente. « Je crois que je le fais pour les autoriser à rêver par-delà ce qui a déjà été fait », analyse-t-il. Selon lui, les danseurs d'aujourd'hui ont accès à une multitude de ressources, comme les archives et les vidéos, qui leur permettent de s'inspirer des interprétations passées tout en développant leur propre style.
« Autrefois, on entrait dans le studio et on nous disait : « C'est comme ça ! » Il n'y avait pas de discussion. Ce n'est pas une critique. Cela ne change en rien la qualité de ce que j'ai reçu. »
Une chaîne de transmission qui remonte à Louis XIV
Cette transmission s'inscrit dans une longue tradition qui remonte à la création de l'école française de danse par Louis XIV. Nicolas Le Riche évoque son adolescence, lorsque Rudolf Noureev, « pédagogue extraordinaire et très cultivé », incarnait cette tradition au quotidien. « Il dansait beaucoup, prenait les cours avec nous. C'était une pédagogie du quotidien, très « hands on ». » Le chorégraphe russe a marqué plusieurs générations d'artistes, dont celles de Nicolas Le Riche et d'Élisabeth Platel, actuelle directrice de l'école de danse de l'Opéra. « J'espère que Rudolf verra que son message perdure, que les jeunes artistes pourront continuer à lire et comprendre son intention artistique », confie-t-il.
Florence Clerc partage cette vision : « On est très respectueux. On en parle tous les jours de Rudolf et on ne l'oublie pas. » Pour elle, la transmission repose sur un équilibre entre respect du répertoire et liberté créative. « Ce que j'ai reçu de Rudolf ou de professeurs comme Christiane Vaussard m'a énormément marquée. Mais ce n'est pas bien d'être trop strict. Noureev lui-même s'était enrichi de multiples influences, notamment celle de Balanchine. Il en avait fait son miel », explique-t-elle.
Pour Florence Clerc, cette transmission est un « passage de témoin » entre générations, où chaque danseur apporte sa propre sensibilité. « Les racines et les ailes », résume-t-elle. Une formule qui pourrait tout aussi bien s'appliquer à l'ensemble des grands ballets du répertoire, dont La Bayadère incarne aujourd'hui la vitalité et la pérennité.
La reprise de La Bayadère est particulièrement attendue car elle marque le retour d'un ballet emblématique du répertoire classique, chorégraphié par Rudolf Noureev, figure majeure de la danse du XXe siècle. Ses dernières représentations à Paris remontaient à 2020, avant l'annulation due à la pandémie. La version de Noureev, créée peu avant sa mort en 1993, est considérée comme un joyau de l'art chorégraphique, mêlant virtuosité technique et profondeur émotionnelle.
Florence Clerc, ayant directement travaillé avec Noureev, incarne une transmission plus directe et technique de son héritage, tandis que Nicolas Le Riche, ayant évolué dans un contexte post-Noureev, privilégie une approche plus collaborative et ouverte, intégrant des influences variées. Tous deux partagent cependant une volonté commune : donner aux danseurs les outils pour incarner les rôles tout en les encourageant à développer leur propre interprétation.