La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé mardi un prêt de 50 millions de dollars (soit 42,7 millions d’euros) à O’zsanoatqurilishbank, plus connu sous le nom de SQB, une banque ouzbèke. Ce financement vise à élargir l’accès au crédit pour les jeunes entrepreneurs, alors que les petites et moyennes entreprises (PME) du pays peinent toujours à obtenir des prêts bancaires, malgré leur poids économique majeur.

Ce qu'il faut retenir

  • La BERD accorde un prêt de 42,7 millions d’euros à SQB, une banque ouzbèke, pour soutenir les jeunes entrepreneurs et les PME.
  • Les PME ouzbèkes représentent 51,5 % du PIB du pays entre janvier et septembre 2025, mais leur accès au crédit reste limité.
  • Le prêt s’inscrit dans le cadre du programme « Youth in Business » de la BERD, destiné aux entrepreneurs de moins de 35 ans.
  • Les jeunes de 14 à 30 ans représentent 25,7 % de la population ouzbèke début 2025, soit 9,63 millions de personnes.
  • La BERD prévoit également un autre prêt de 42,7 millions d’euros pour soutenir le marché des prêts hypothécaires résidentiels.
  • Les femmes entrepreneures font face à des obstacles supplémentaires, liés aux stéréotypes de genre et aux normes sociales.

Selon Euronews FR, cette ligne de crédit s’inscrit dans deux opérations d’un montant total pouvant atteindre 100 millions de dollars (soit 85,4 millions d’euros) dans le secteur financier ouzbek. Une partie de ce montant, 50 millions de dollars (42,7 millions d’euros), sera également allouée à la Mortgage Refinancing Company of Uzbekistan, afin de dynamiser le marché des prêts hypothécaires et de promouvoir des pratiques de crédit plus standardisées.

Un prêt destiné aux jeunes entrepreneurs, moteur d’une économie en croissance

Les petites et moyennes entreprises jouent un rôle central dans l’économie ouzbèke. Entre janvier et septembre 2025, elles ont contribué à hauteur de 51,5 % du PIB du pays, selon les données du Comité national de statistique de l’Ouzbékistan. Pourtant, leur développement est freiné par des difficultés récurrentes d’accès au crédit. Au 1er octobre 2025, le pays comptait 1,2 million d’entités de petite taille, un chiffre qui souligne l’importance de ce secteur pour l’emploi et la croissance.

Le prêt accordé à SQB s’inscrit dans le cadre du programme « Youth in Business » de la BERD, spécialement conçu pour les micro, petites et moyennes entreprises dirigées ou détenues par des entrepreneurs de moins de 35 ans. Ce ciblage reflète la démographie du pays : début 2025, l’Ouzbékistan comptait 9,63 millions de jeunes âgés de 14 à 30 ans, soit 25,7 % de la population, selon les statistiques officielles. Autant dire que cette initiative touche une part significative de la population active, souvent confrontée à des défis spécifiques en matière de financement.

Des liquidités disponibles, mais mal orientées

Pour Francis Malige, directeur général et responsable du groupe Institutions financières à la BERD, le problème ne réside pas dans le manque de liquidités, mais dans leur répartition. « Les liquidités sont assurément abondantes, a-t-il déclaré à Euronews FR. Ce que nous constatons, c’est qu’une grande partie est consacrée aux prêts souverains, à l’endettement de l’État, mais pas forcément au financement de l’économie réelle. » La ligne de crédit accordée à SQB vise précisément à combler ce décalage en soutenant les jeunes entreprises, qui peinent à répondre aux critères stricts des banques traditionnelles.

La bancabilité reste le premier obstacle pour de nombreuses PME. Leur premier défi n’est pas toujours la viabilité de leur projet, mais leur capacité à fournir des documents financiers solides, des prévisions formalisées et un historique d’activité suffisant. Comme l’explique Malige, un « décalage structurel » existe entre les attentes des banques et la réalité des petites entreprises : « Elles ne s’adressent pas aux banques comme les banques s’y attendent. » Ce décalage s’explique souvent par une planification moins rigoureuse, une transparence financière moins poussée et un manque de prévisions financières fiables, comparé aux grandes sociétés.

Les femmes entrepreneures, premières victimes de l’exclusion financière

Les femmes cheffes d’entreprise constituent un cas particulier. Leur accès au crédit est souvent limité bien avant même le dépôt d’une demande, en raison de barrières structurelles et sociales. Ceren Güven Güres, cheffe du bureau de liaison d’ONU Femmes pour l’Asie centrale, souligne que l’Ouzbékistan a réalisé des avancées en matière de réformes pour l’égalité de genre, notamment avec des programmes dédiés aux entrepreneures. Pourtant, ces progrès juridiques ne se traduisent pas automatiquement par un accès équitable au financement.

« Savent-elles quels sont leurs droits ? Connaissent-elles ces services ? », interroge-t-elle. Pour Güres, la réponse à ces questions est cruciale. Les stéréotypes de genre, les attentes sociales et le fardeau des tâches de soin pèsent lourdement sur la capacité des femmes à développer une activité, à intégrer des réseaux professionnels ou à utiliser les dispositifs d’aide disponibles. Elle insiste sur la nécessité d’un accompagnement continu, au-delà du simple accès au crédit : mentorat, subventions et soutien technique sont indispensables pour dépasser la phase initiale de création d’entreprise.

Des garanties souvent inaccessibles pour les jeunes entrepreneurs

Même lorsqu’une PME parvient à déposer une demande de prêt, une autre épreuve l’attend : fournir des garanties suffisantes. Les jeunes entrepreneurs, souvent dépourvus de biens immobiliers ou d’équipements de valeur, se heurtent à des exigences bancaires difficiles à satisfaire. « Beaucoup de banques exigent des garanties réelles, des actifs immobilisés, et très souvent les PME n’en disposent pas dans des conditions qui puissent réellement soutenir un emprunt bancaire », rappelle Francis Malige.

Ce problème est aggravé par la manière dont certaines banques structurent leurs prêts aux PME. « Beaucoup de banques considèrent les prêts aux PME comme une version dégradée du crédit aux grandes entreprises. Ce n’est pas ainsi que cela devrait fonctionner », critique-t-il. Pour remédier à cette situation, la BERD mise sur des outils comme l’assistance technique, des formations et des instruments de partage des risques, tels que la couverture de première perte. Ces mécanismes permettent aux banques de prêter à des clients dépourvus de garanties traditionnelles, tout en limitant leur exposition au risque.

Et maintenant ?

Ce financement de la BERD pourrait, à terme, renforcer la résilience économique de l’Ouzbékistan en soutenant l’émergence de nouvelles entreprises portées par des jeunes et des femmes. Reste à voir dans quelle mesure les banques locales adapteront leurs critères de prêt et si les dispositifs d’accompagnement prévus seront suffisamment accessibles. Une évaluation des résultats de ce programme est attendue d’ici 2028, selon les estimations de la BERD.

D’ici là, les défis structurels – comme la formation des entrepreneurs à la gestion financière ou la lutte contre les stéréotypes de genre – devront être relevés pour garantir que ces fonds produisent un impact durable. L’enjeu est de taille : transformer une économie où les PME dominent le PIB en un écosystème où elles peuvent enfin accéder au crédit et contribuer pleinement à la croissance.