La cité-jardin de la Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), s’apprête à disparaître en grande partie, malgré son classement comme site patrimonial remarquable en juillet 2024. Selon nos confrères de Le Monde, cet ensemble architectural unique, construit entre 1929 et 1965, abrite aujourd’hui 4 200 logements répartis sur 70 hectares de verdure. Pourtant, les autorités locales ont validé un projet de destruction partielle, laissant craindre la perte d’un des plus importants témoignages du logement social en Europe.
Ce qu'il faut retenir
- 4 200 logements sur 70 hectares sont concernés par le projet de destruction partielle de la Butte-Rouge.
- Cette cité-jardin, classée site patrimonial remarquable en juillet 2024, bénéficie d’une protection largement vidée de ses exigences de préservation.
- Construite entre 1929 et 1965, elle incarne l’histoire du logement social et les évolutions urbanistiques du XXe siècle.
- Ses immeubles roses de trois ou quatre étages, intégrés dans un écrin boisé, la placent au même rang que des cités-jardins allemandes aujourd’hui classées à l’Unesco.
- Le projet s’inscrit dans une logique de renouvellement urbain, mais au prix de la disparition d’un patrimoine architectural et social majeur.
La Butte-Rouge n’est pas une simple cité parmi d’autres. Selon l’architecte du patrimoine Jennifer Didelon, interrogée par Le Monde, elle « met en scène, dans un site exceptionnel, toute l’histoire du logement social du XXe siècle et les évolutions des modes de conception urbanistiques et architecturaux tout en donnant une forte impression d’unité ». Autant dire que son avenir interroge bien au-delà de sa seule valeur esthétique ou historique.
Côté pratiques, cette cité-jardin a été conçue pour offrir des logements décents à des populations modestes, chroniquement mal logées depuis la révolution industrielle. Elle s’inscrit dans la lignée des quinze cités-jardins réalisées sous l’impulsion d’Henri Sellier, président de l’Office public d’habitations à bon marché de la Seine. Ces constructions visaient à concilier modernité et qualité de vie, en intégrant des espaces verts généreux et une architecture harmonieuse avec le paysage.
Une architecture et un paysage uniques au XXe siècle
Le projet architectural de la Butte-Rouge a été confié à quatre architectes — Joseph Bassompierre-Sewrin, Paul de Rutté, André Arfvidson et Paul Sirvin — ainsi qu’au paysagiste André Riousse. Ensemble, ils ont donné naissance à une cité où les immeubles roses de trois ou quatre étages s’intègrent dans un écrin de chênes, châtaigniers et cèdres. À seulement une quinzaine de kilomètres de Paris, ce site boisé contraste avec l’urbanisation dense de la région.
Pourtant, malgré cette valeur patrimoniale reconnue — et même comparée à des cités-jardins allemandes comme la Siemensstadt ou la Hufeisensiedlung à Berlin, classées à l’Unesco depuis 2007 — la Butte-Rouge n’a obtenu qu’une protection partielle et largement symbolique. Comme le souligne Jennifer Didelon, « la cité-jardin de la Butte-Rouge incarne une utopie concrète : offrir un cadre de vie digne aux classes populaires ». Un idéal qui semble aujourd’hui sacrifié sur l’autel du renouvellement urbain.
Une protection patrimoniale insuffisante face aux projets immobiliers
Le label de site patrimonial remarquable attribué en juillet 2024 n’a pas suffi à enrayer le projet de destruction. Selon nos confrères de Le Monde, cette protection est « largement vidée de ses exigences de préservation », permettant aux promoteurs de mener à bien des travaux de démolition et de reconstruction. Le ministère de la Culture, qui avait validé cette labellisation, n’a pas imposé de contraintes strictes pour sauvegarder l’intégralité du site.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres cas de cités-jardins françaises menacées, comme celle des Choux à Colombes, partiellement détruite dans les années 2010. Pourtant, la Butte-Rouge bénéficiait d’une reconnaissance internationale bien avant son classement. Son architecture et son organisation spatiale en font un modèle du genre, étudié et admiré par les spécialistes du logement social et de l’urbanisme.
Les défenseurs du patrimoine s’interrogent : pourquoi une cité-jardin aussi emblématique que la Butte-Rouge, qui a inspiré des générations d’architectes, est-elle aujourd’hui sacrifiée ? La réponse réside peut-être dans l’équilibre — ou plutôt le déséquilibre — entre préservation et rentabilité économique. Les promoteurs justifient ces destructions par la nécessité de moderniser des logements vieillissants, mais au prix de la disparition d’une partie de l’histoire sociale et architecturale du XXe siècle.
Quel avenir pour les habitants et le site ?
Si la majorité des 4 200 logements sont menacés, tous ne disparaîtront pas. Une partie du site pourrait être préservée, mais aucune décision officielle n’a encore été rendue publique concernant les modalités exactes de la destruction. Les habitants, pour leur part, s’organisent pour défendre leur cadre de vie. Des associations locales ont déjà alerté sur les risques de gentrification et de perte de cohésion sociale que ces travaux pourraient engendrer.
D’un point de vue urbanistique, le projet prévoit probablement la construction de nouveaux logements, mais aussi d’équipements publics et d’espaces verts. Pourtant, la question se pose : une cité-jardin moderne peut-elle être reproduite à l’identique ? L’expérience montre que les reconstructions sont rarement à la hauteur des originales, tant sur le plan architectural que social. La Butte-Rouge, avec son histoire et son insertion paysagère unique, risque de devenir un symbole des contradictions entre préservation du patrimoine et impératifs économiques.
La disparition de la Butte-Rouge soulève une question plus large : comment concilier modernisation urbaine et préservation d’un patrimoine architectural et social aussi riche que fragile ? Entre les impératifs économiques et la nécessité de conserver des témoignages de notre histoire récente, le débat est loin d’être tranché. Une chose est sûre : une fois détruites, certaines pierres ne pourront plus être reconstituées.
La cité-jardin de la Butte-Rouge est menacée en raison d’un projet de renouvellement urbain porté par les autorités locales et des promoteurs. Malgré son classement comme site patrimonial remarquable en juillet 2024, sa protection est jugée insuffisante par les défenseurs du patrimoine, permettant des destructions partielles au profit de nouveaux logements et équipements.
Construite entre 1929 et 1965 sous l’impulsion d’Henri Sellier, la Butte-Rouge avait pour vocation d’offrir des logements décents aux populations modestes, chroniquement mal logées depuis la révolution industrielle. Son architecture et ses espaces verts devaient concilier modernité et qualité de vie, incarnant une utopie concrète d’émancipation sociale.
