Selon BFM Business, la Chine accélère significativement sa stratégie nationale visant à développer son industrie locale des puces électroniques. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes avec les États-Unis, qui ont multiplié les restrictions à l’exportation de technologies avancées vers Pékin ces dernières années. L’objectif affiché par les autorités chinoises est clair : réduire la dépendance aux importations de semi-conducteurs, un secteur stratégique où le pays reste encore largement tributaire des fabricants étrangers.
Ce qu'il faut retenir
- Investissements massifs : Pékin injecte des milliards d’euros dans des usines locales pour produire des puces de pointe.
- Ciblage des technologies clés : Focus sur les puces avancées utilisées dans l’intelligence artificielle, les smartphones et les équipements industriels.
- Tensions avec les États-Unis : Les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs alimentent la course chinoise à l’autonomie.
- Objectif à horizon 2030 : La Chine vise une autonomie à 70 % dans la production de puces d’ici quatre ans.
Un secteur stratégique sous pression
Le marché mondial des semi-conducteurs est actuellement dominé par quelques acteurs majeurs, principalement américains (Intel, Nvidia, Qualcomm) et asiatiques (TSMC à Taïwan, Samsung en Corée du Sud). Selon BFM Business, la Chine cherche à combler son retard en ciblant spécifiquement les segments où sa dépendance est la plus critique, notamment les puces de moins de 10 nanomètres, essentielles pour les nouvelles générations de smartphones et de serveurs. En 2025, les importations chinoises de semi-conducteurs ont atteint près de 300 milliards de dollars, un record qui illustre l’ampleur de la tâche à accomplir.
Pour y parvenir, le gouvernement central a mis en place un plan quinquennal doté de plus de 1 000 milliards de yuans (environ 130 milliards d’euros), selon des sources citées par BFM Business. Ces fonds sont répartis entre subventions directes, prêts à taux zéro et incitations fiscales pour attirer les investissements étrangers dans des coentreprises locales. Plusieurs géants technologiques chinois, comme Huawei ou SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation), ont déjà annoncé des projets d’usines d’une capacité cumulée de plusieurs millions de puces par an.
Les défis technologiques et géopolitiques
Malgré ces efforts, les experts soulignent que le retard technologique de la Chine reste significatif. «
Produire des puces de 5 nanomètres ou moins nécessite des machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV) que seule ASML, une entreprise néerlandaise, est capable de fabriquer. Or, Washington exerce une pression forte pour limiter les exportations de ces équipements vers la Chine,» a expliqué un analyste du secteur à BFM Business. Cette dépendance aux machines européennes et américaines complique la stratégie chinoise, qui mise sur des partenariats internationaux pour contourner les restrictions.
Parallèlement, Pékin renforce ses relations avec des pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la Corée du Sud pour sécuriser des transferts de technologie. En juillet 2026, des négociations étaient en cours pour autoriser l’exportation de machines de lithographie moins avancées, mais suffisantes pour produire des puces de 14 nanomètres, un standard déjà dépassé dans les pays occidentaux, mais encore largement utilisé en Chine pour des applications industrielles.
Conséquences pour l’industrie mondiale
Cette accélération chinoise pourrait avoir des répercussions majeures sur le marché global des semi-conducteurs. Plusieurs acteurs européens et américains commencent à adapter leurs stratégies pour anticiper une possible surcapacité chinoise. «
Si la Chine parvient à atteindre une autonomie partielle d’ici 2030, cela pourrait entraîner une baisse des prix des puces et une redistribution des parts de marché,» a précisé un responsable de STMicroelectronics, interrogé par BFM Business. Pour l’instant, les fabricants étrangers continuent d’investir massivement en Chine, notamment dans des usines de montage, mais l’équilibre des forces pourrait évoluer rapidement.
Les observateurs s’interrogent également sur l’impact de cette stratégie sur les relations commerciales internationales. Certains pays, comme le Japon ou Taïwan, pourraient voir leur rôle renforcé dans la chaîne d’approvisionnement, tandis que d’autres, comme les États-Unis, pourraient durcir encore davantage leurs contrôles à l’exportation. La question d’une possible « guerre froide technologique » entre Washington et Pékin reste en toile de fond de cette course aux puces.
Reste à voir si Pékin parviendra à combler son retard d’ici 2030. Une chose est sûre : dans ce secteur stratégique, la course est désormais bien engagée.