Alors que le président chinois Xi Jinping doit se rendre à Washington en septembre pour un sommet attendu avec son homologue américain Donald Trump, Pékin a annoncé, ce 8 août 2026, une série de mesures commerciales restrictives visant les États-Unis. Selon Euronews FR, ces décisions incluent des contrôles renforcés sur les exportations de drones et l’interdiction totale de tout échange avec six entités américaines, en représailles aux restrictions récemment imposées par Washington contre les entreprises technologiques chinoises.

Ce qu'il faut retenir

  • Pékin impose désormais un examen individuel pour les exportations de drones et leurs composants, classés comme biens à double usage.
  • Six entités américaines, dont Applied DNA Sciences et Human Rights in China, sont désormais interdites de tout commerce avec des partenaires chinois.
  • L’Administration chinoise d’État pour la régulation du marché supprime la possibilité pour les entreprises américaines de délivrer des certifications CCC.
  • Ces mesures interviennent en réponse à l’interdiction, par la FCC, d’importer des drones chinois et à l’ajout de 43 entreprises chinoises à une liste noire américaine.
  • Le ministère chinois du Commerce dénonce des violations de « consensus » entre les deux pays et menace de nouvelles sanctions.

Dans un communiqué officiel, le ministère chinois du Commerce a justifié ces sanctions par la nécessité de répondre aux « pratiques erronées » de Washington. « Ces mesures violent gravement l’important consensus atteint entre les deux chefs d’État et portent un sérieux préjudice aux droits et intérêts légitimes de la Chine », a-t-il déclaré. Pékin a ajouté qu’il « n’avait d’autre choix que de prendre les contre-mesures nécessaires en réaction », tout en affirmant agir avec « retenue ».

Les tensions entre les deux premières économies mondiales s’intensifient à quelques semaines de la visite d’État de Xi Jinping, prévue en septembre. Cette décision intervient malgré des signes de détente apparents lors de leur rencontre à Pékin en mai 2026, où les deux dirigeants avaient échangé sur la nécessité de stabiliser leurs relations commerciales. Pourtant, les frictions persistent, notamment sur les questions technologiques et les droits de l’homme.

Des contrôles renforcés sur les drones et les technologies sensibles

Parmi les mesures adoptées, Pékin impose désormais un contrôle systématique au cas par cas pour les exportations de véhicules aériens sans pilote (UAV), leurs composants et les technologies associées. Ces produits, désormais classés comme biens à double usage, peuvent en effet être employés à des fins civiles ou militaires. « Les autorités chinoises craignent que ces technologies ne tombent entre de mauvaises mains, notamment dans le contexte géopolitique actuel », explique un analyste basé à Shanghai, cité par Euronews FR.

Cette décision s’inscrit dans la continuité de la politique chinoise de contrôle des exportations de technologies sensibles, déjà renforcée ces dernières années. En décembre 2025, la Chine avait déjà restreint l’exportation de certains équipements liés aux drones, avant d’assouplir partiellement ces règles. Cependant, la nouvelle approche, plus stricte, vise à limiter les risques de détournement de ces technologies vers des acteurs hostiles ou des conflits en cours.

Six entités américaines ciblées, dont une accusée de collusion avec la FCC

En parallèle, Pékin a interdit tout commerce ou activité avec six entités américaines, parmi lesquelles figurent la société Applied DNA Sciences, spécialisée dans les tests ADN, et l’ONG Human Rights in China. Une troisième entreprise, Compliance Testing LLC, a été spécifiquement visée pour son rôle supposé dans la collaboration avec la Federal Communications Commission (FCC) américaine. Selon le ministère chinois du Commerce, cette société aurait participé à des actions nuisant à « la souveraineté et à la sécurité de la Chine » en soutenant les restrictions imposées par Washington.

Ces sanctions symbolisent la volonté de Pékin de riposter aux mesures américaines perçues comme hostiles. En juin 2026, la FCC avait interdit l’importation de nouveaux drones chinois, avant de partiellement revenir sur sa décision pour autoriser certains modèles. Plus récemment, l’agence a étendu ses restrictions aux robots humanoïdes et aux onduleurs fabriqués à l’étranger, une décision interprétée comme une mesure ciblant directement la Chine.

Le ministère chinois du Commerce a également annoncé qu’il enquêtait sur les logiciels d’impression et le matériel de bureau importés, sans préciser les entreprises concernées. Ces investigations pourraient aboutir à de nouvelles restrictions si des risques pour la sécurité nationale étaient identifiés.

Certifications CCC : les entreprises américaines exclues du processus

Côté réglementation, l’Administration chinoise d’État pour la régulation du marché a pris une décision qui impacte directement les industriels américains. Désormais, les entreprises américaines ne pourront plus effectuer les inspections de suivi en usine nécessaires à la délivrance de la certification CCC (China Compulsory Certificate). Cette certification, obligatoire pour commercialiser certains produits électroniques en Chine, garantit que ces derniers respectent des normes de sécurité minimales.

Cette mesure oblige les fabricants américains à faire appel à des auditeurs établis hors de Chine ou à des organismes agréés non américains pour obtenir ou maintenir leur certification. « Une décision qui pourrait compliquer l’accès des entreprises américaines au marché chinois, déjà fortement concurrentiel », souligne un expert en commerce international. La certification CCC concerne des milliers de produits, des téléviseurs aux jouets en passant par les équipements médicaux.

Washington et Pékin face à un cycle de sanctions et de représailles

Ces nouvelles mesures chinoises s’ajoutent à une série de restrictions mutuelles qui ont marqué les relations sino-américaines ces derniers mois. En mai 2026, la FCC avait ajouté 43 entreprises chinoises à la liste des entités visées par le Uyghur Forced Labor Prevention Act, une loi américaine visant à bloquer l’entrée sur le sol américain de produits fabriqués grâce au travail forcé, notamment dans la région du Xinjiang. Parmi les entreprises sanctionnées figuraient des acteurs majeurs de la tech et de l’électronique.

De son côté, Pékin a déjà multiplié les représailles, notamment en limitant l’exportation de terres rares, des minerais essentiels à de nombreuses industries technologiques. En 2024, la Chine avait également restreint l’accès à ses données économiques pour les entreprises étrangères, une décision critiquée par les États-Unis et l’Union européenne. « Les deux pays semblent engagés dans une logique de confrontation qui dépasse le cadre commercial », analyse un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

La visite de Xi Jinping à Washington, prévue en septembre 2026, pourrait servir de cadre à une tentative de désescalade. Cependant, les observateurs doutent qu’un accord global soit trouvé dans l’immédiat. « Les mesures chinoises actuelles montrent une volonté de montrer sa fermeté, mais aussi une ouverture à la négociation si Washington fait des concessions », estime un analyste de la Fondation Carnegie. Pour l’heure, aucune date précise n’a été avancée pour des discussions officielles entre les deux pays.

Dans l’attente, les entreprises américaines et chinoises doivent s’adapter à un environnement réglementaire de plus en plus complexe. Celles qui opèrent dans les secteurs des drones, de l’électronique ou des certifications pourraient être les plus touchées par ces nouvelles restrictions, avec des répercussions potentielles sur leurs chaînes d’approvisionnement et leurs coûts.

La Chine a prévenu que de nouvelles sanctions seraient envisagées si Washington durcissait encore sa position. Pour l’instant, les États-Unis n’ont pas réagi officiellement à ces mesures, mais des discussions entre les deux ministères du Commerce sont attendues dans les prochaines semaines.

La certification CCC (China Compulsory Certificate) est une obligation légale pour commercialiser de nombreux produits électroniques en Chine. Elle atteste que le produit respecte les normes de sécurité chinoises. Pour les entreprises américaines, cette certification est cruciale car elle conditionne leur accès au marché chinois, l’un des plus importants au monde. Avec la nouvelle règle chinoise, elles ne pourront plus réaliser elles-mêmes les audits en usine, ce qui pourrait entraîner des retards et des surcoûts.

Les drones, notamment ceux de grande taille ou équipés de technologies avancées, sont considérés comme des biens à double usage par Pékin. Ils peuvent être utilisés à des fins civiles (surveillance, livraison) comme militaires (reconnaissance, attaque). La Chine craint que ces technologies ne soient détournées ou exportées vers des pays sous sanctions, ou utilisées par des groupes hostiles. Les restrictions à l’export s’inscrivent donc dans une logique de contrôle des technologies sensibles.