Depuis plusieurs mois, la cigarette s’affiche sans complexe à l’écran comme dans la rue, notamment auprès de la génération Z. Une tendance que Courrier International analyse à travers le prisme d’un retour en grâce paradoxal du tabac, entre nostalgie esthétique et expression d’un désenchantement social. Selon les observations relayées par le site américain The Ankler, cette résurgence touche aussi bien le grand écran que les réseaux sociaux, où fumer devient un accessoire de style autant qu’un symbole.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % des films sélectionnés aux Oscars 2025 intègrent des scènes de tabagisme, un record depuis 2002, selon l’organisation Truth Initiative.
- La génération Z, traditionnellement réticente au tabac traditionnel, adopte désormais les cigarettes ou le vapotage, alimentant des comptes dédiés comme Cigfluencers.
- Les magazines de mode et les célébrités mettent en avant la cigarette comme un accessoire glamour, avec une hausse de 70 % des recherches sur le terme « smoking pose » aux États-Unis.
- Plusieurs personnalités, dont Kylie Jenner ou Sabrina Carpenter, ont été photographiées avec une cigarette, renforçant cette image.
Une présence envahissante à l’écran
La cigarette s’impose comme un motif récurrent dans les productions cinématographiques récentes. Courrier International souligne que des films comme Anora ou The Substance, tous deux nommés aux Oscars 2025, intègrent des scènes de tabagisme, parfois même dans des contextes inattendus, comme les pauses cigarette des infirmières dans la série The Pitt. Cette tendance n’est pas anodine : elle marque un renversement après des décennies de campagnes antitabac et de restrictions publicitaires.
L’organisation Truth Initiative, spécialisée dans la lutte contre le tabagisme, a relevé une augmentation significative de la représentation des fumeurs à l’écran en 2025. « La cigarette était présente dans 80 % des films sélectionnés aux Oscars, un niveau inégalé depuis 2002 », indique The Ankler. Cette omniprésence interroge : faut-il y voir un simple retour en grâce esthétique ou le symptôme d’un malaise plus profond ?
Les réseaux sociaux, caisse de résonance d’un phénomène
Sur Instagram, les fumeurs célèbres s’exposent sans complexe. Le compte Cigfluencers, suivi par plus de 100 000 personnes, recense les personnalités qui arborent cigarettes ou cigares, qu’il s’agisse des acteurs Hudson Williams et Connor Storrie, de la chanteuse Addison Rae ou encore de la créatrice de mode Rachel Sennott. Ces publications contribuent à normaliser l’image du fumeur, transformant le tabac en un accessoire tendance.
Cette esthétisation du tabagisme ne se limite pas aux influenceurs. Les magazines de mode, de Vanity Fair à W, en font désormais un élément de leurs couvertures et éditoriaux. « Les cigarettes sont liées aux esthétiques et aux époques que nous avons tendance à idéaliser », explique Molly Rooyakkers, fondatrice de Style Analytics, au Newsweek. Pour elle, ce retour s’inscrit dans une logique de revival des styles vintage, où le tabac incarne une forme de rébellion élégante.
Un nihilisme générationnel ou un effet de mode ?
Derrière cette résurgence se cache une dimension plus complexe, celle d’un nihilisme assumé. Jared Oviatt, gestionnaire de Cigfluencers, y voit le signe d’un « sain nihilisme », alimenté par le sentiment que le « rêve américain » est devenu inaccessible pour une partie de la jeunesse. « Les gens sont stressés à mort », constate-t-il, évoquant un contexte économique et social anxiogène. Pourtant, Newsweek tempère cette analyse : « Il n’existe pas de données concrètes montrant une augmentation réelle de la consommation, mais les réseaux sociaux suggèrent que la génération Z apprécie l’esthétique du tabagisme. »
Cette ambiguïté entre réalité et représentation est au cœur du phénomène. Pour certains observateurs, la cigarette incarne moins un retour au tabac qu’un symbole de rébellion ou de liberté. « Il n’y a pas à tergiverser : John Waters, dans une publicité antitabac, m’a donné très envie d’une cigarette », raconte Andi Zeisler sur Salon. « Il a rendu le fait de fumer très, très cool. »
Un phénomène qui dépasse le cadre hollywoodien
Le retour de la cigarette ne se cantonne pas aux États-Unis. En Europe, plusieurs festivals et lieux branchés ont vu émerger une tendance similaire, où fumer devient un acte presque performatif. « Voir des cigarettes à l’écran accroît les pulsions », note The Ankler, citant le témoignage d’un jeune homme de 23 ans ayant ressenti l’envie de fumer après avoir vu le film Valeur sentimentale.
Pour autant, cette tendance reste controversée. Les associations de santé publique rappellent les risques liés au tabagisme, tandis que certains cinéastes défendent cette liberté artistique. « Les infections respiratoires n’avaient rien de méditatif », rappelle Andi Zeisler, soulignant l’ironie d’un retour en grâce du tabac dans un contexte où les maladies liées à la fumée restent une réalité.
Une chose est sûre : la cigarette, qu’on la considère comme un accessoire esthétique ou un symptôme social, ne semble pas prête à disparaître des écrans et des réseaux sociaux. Son retour en grâce interroge autant qu’il fascine, révélant peut-être une génération en quête de symboles forts dans un monde perçu comme de plus en plus incertain.
Selon les observations relayées par The Ankler et Newsweek, les réseaux sociaux et les couvertures de magazines mettent effectivement en avant le tabac comme un accessoire de style. Cependant, Truth Initiative n’a pas encore confirmé une augmentation significative de la consommation réelle chez les jeunes, se limitant à constater une hausse de sa représentation médiatique et culturelle.
Les associations de santé publique rappellent que le tabagisme reste la première cause de mortalité évitable en France et dans le monde. Les maladies respiratoires, cardiovasculaires et les cancers liés au tabac continuent de faire des victimes, malgré les campagnes de prévention. L’esthétisation du tabac sur les réseaux sociaux pourrait, selon certains experts, banaliser une pratique aux conséquences graves.