Plusieurs titres interprétées par des chanteurs virtuels, entièrement créés par intelligence artificielle, trustent les premières places des classements country aux États-Unis, comme le rapporte Le Figaro. Ce phénomène, encore limité à ce genre musical en pleine résurgence, s’explique par l’uniformisation des productions et l’absence de régulation claire sur les plateformes de streaming.
Ce qu'il faut retenir
- Trois artistes virtuels – Breaking Rust, Cain Walker et Aventhis – ont percé dans le hit-parade américain grâce à des morceaux générés par IA, selon Le Figaro.
- La country moderne, influencée par la pop, facilite la reproduction de ses codes par les algorithmes, explique un professeur de musicologie.
- En 2025, Morgan Wallen et Zach Bryan, deux artistes country parmi les plus écoutés, figuraient parmi les dix artistes les plus populaires sur Spotify aux États-Unis.
- Aucune plateforme ne désigne systématiquement les contenus générés par IA, à l’exception de Deezer.
- Des artistes humains comme Jennie Hayes Kurtz (Brother and The Hayes) ou Kassie Jordan (Blue Honey) s’inquiètent de l’impact sur la création authentique.
Des voix synthétiques dans les charts country
Des noms comme Breaking Rust, Cain Walker, Aventhis ou Outlaw Gospel partagent plus qu’un chapeau de cow-boy et une veste en cuir : leur identité, leur image et leurs morceaux ont été entièrement conçus par intelligence artificielle. Pourtant, leurs titres se classent régulièrement parmi les plus écoutés du genre aux États-Unis. « C’est un phénomène que je n’avais pas vu venir », admet Jennie Hayes Kurtz, membre du groupe country Brother and The Hayes, interrogée par Le Figaro.
Certains auditeurs réalisent seulement aujourd’hui que ces artistes n’existent pas. « Je pensais que l’IA allait servir à éradiquer le cancer », confie-t-elle avec ironie. Leurs chansons s’appuient sur des clichés bien établis : le cow-boy solitaire, taiseux mais franc-parler, interprété d’une voix râpeuse « plus vraie que nature », selon les termes du quotidien.
Un marché country propice à l’IA
La country, longtemps éclipsée par le rap puis la musique latine, connaît un regain commercial depuis les années 2000, porté par des artistes comme Taylor Swift. Le genre s’est modernisé, mêlant folk, blues et pop, avec des productions aux formes mélodiques et des instruments répétitifs. « La country contemporaine a des caractéristiques très précises, un son très travaillé », précise Joe Bennett, professeur de musicologie au Berklee College of Music et cité par Le Figaro. « En nourrissant un modèle d’IA avec ces données, il peut devenir très bon pour les répliquer. »
En 2025, Morgan Wallen et Zach Bryan, deux figures du genre, figuraient parmi les dix artistes les plus écoutés sur Spotify aux États-Unis. Une popularité qui s’explique aussi par une simplification des paroles, selon certains observateurs. « Les textes d’une grande partie de la musique populaire country sont devenus un peu superficielles, donc plus faciles à copier par l’IA », regrette Kassie Jordan, du duo Blue Honey.
Des producteurs d’IA insaisissables
Malgré plusieurs tentatives de contact, aucun des producteurs des artistes synthétiques n’a répondu aux sollicitations de l’AFP, comme le rapporte Le Figaro. Pour Joe Bennett, certaines similitudes entre les morceaux laissent penser que les instructions données aux modèles d’IA (« prompts ») n’étaient pas assez détaillées. « On voit beaucoup de gens qui se contentent de mettre des mots dans un chatbot qui leur fait une chanson », dénonce Kassie Jordan. « Quand tu es auteur, comme nous, tu te demandes si les gens vont croire que tu as bien écrit ton morceau. »
« C’est flippant, parce qu’on voit beaucoup de gens qui se contentent de mettre des mots dans un chatbot qui leur fait une chanson. »
— Kassie Jordan, du duo Blue Honey
Une écoute passive qui favorise les contenus synthétiques
Selon Jennie Hayes Kurtz, une partie du public country se contente d’une écoute passive, sans se soucier de l’origine des morceaux. « Il y a beaucoup d’écoute passive, et je ne pense pas que ces gens-là se soucient vraiment que ce soit ou non de l’IA », estime-t-elle. À l’inverse, les auditeurs les plus engagés – ceux qui assistent aux concerts, achètent des albums physiques ou suivent les artistes sur les réseaux – restent attachés à une création 100 % humaine. « Ils se soucient vraiment de savoir que tout cela est fait par des humains », souligne-t-elle.
Pour Joe Bennett, une meilleure identification des contenus générés par IA est indispensable. Aujourd’hui, seule la plateforme Deezer les désigne systématiquement parmi les grandes plateformes de streaming. « Il y a une demande pour des contenus non-IA », assure-t-il.
Les défenseurs d’une country « à l’ancienne »
Malgré l’inquiétude ambiante, Kassie Jordan voit émerger une nouvelle vague d’artistes country qui misent sur l’émotion et l’authenticité. « Une nouvelle vague émerge, qui fait les choses plutôt à l’ancienne, met de l’émotion, ce qui sera plus difficile à répliquer par l’IA », espère-t-elle. Elle estime que ces musiciens pourraient « sauver le genre » en recentrant l’attention sur une création humaine.
Pourtant, le phénomène des artistes virtuels ne semble pas près de s’essouffler. Sans cadre réglementaire strict, les plateformes continuent de promouvoir ces contenus, souvent plus rentables à produire. « On est dans une logique où la quantité prime sur la qualité », résume un observateur du secteur sous couvert d’anonymat.
D’ici 2027, l’industrie musicale américaine doit publier un rapport sur l’impact de l’IA dans la création artistique. Une échéance qui pourrait accélérer les débats sur la propriété intellectuelle et la rémunération des artistes humains face à la concurrence des machines.
La country moderne repose sur des structures musicales répétitives et des codes bien établis (instruments, mélodies, thèmes lyriques), ce qui facilite leur reproduction par des algorithmes. « Un modèle d’IA peut devenir très bon pour les répliquer du fait de ces contraintes stylistiques », explique Joe Bennett, professeur de musicologie au Berklee College of Music, cité par Le Figaro.
À ce jour, seule Deezer désigne systématiquement les morceaux créés par intelligence artificielle parmi les grandes plateformes de streaming. Aucune autre major (Spotify, Apple Music, YouTube) ne propose actuellement ce type de balisage, selon Le Figaro.