La longue histoire commune entre l’homme et le chat domestique vient d’être revisitée par une étude génétique majeure, publiée le 10 juin 2026 dans la revue Science. Selon Futura Sciences, les travaux menés par une équipe internationale de chercheurs révèlent que la domestication du chat moderne n’aurait débuté que voici environ 2 000 ans, et non il y a 9 000 ans comme on le croyait jusqu’à présent. Cette découverte, basée sur l’analyse de 70 génomes de chats anciens et 17 de chats sauvages, remet en cause près de deux décennies de certitudes scientifiques.

Ce qu'il faut retenir

  • La domestication du chat moderne remonterait à il y a 2 000 ans seulement, et non à l’époque néolithique comme on le pensait.
  • Les premiers chats domestiques sont issus des chats sauvages d’Afrique du Nord, et non de l’Anatolie ou du Levant.
  • Les spécimens turcs étudiés jusqu’ici étaient en réalité des chats sauvages européens, distincts des lignées modernes.
  • Un crâne de chat vieux de 2 200 ans, découvert dans la péninsule italienne, a permis d’identifier les premiers vrais chats domestiques.
  • Dès le Ier siècle avant notre ère, ces félins se sont répandus à l’intérieur des frontières de l’Empire romain, jusqu’en Grande-Bretagne.

Des indices archéologiques trompeurs

Pendant des années, la communauté scientifique s’est appuyée sur deux éléments pour dater l’apparition du chat domestique. D’une part, une sépulture humaine découverte à Chypre, contenant les restes d’un chat, datant de 7 500 ans. D’autre part, des analyses génétiques réalisées sur des félins turcs vieux de 6 000 ans, suggérant une domestication précoce au Proche-Orient. Pourtant, ces indices se sont révélés fallacieux, comme l’explique Marco de Martino, chercheur au Département de biologie de l’Université de Rome Tor Vergata et coauteur de l’étude : « J’étais convaincu d’analyser les plus anciens génomes domestiques, mais je me suis complètement trompé. »

La confusion provenait de la similitude entre les squelettes de chats sauvages et domestiques, rendant impossible toute distinction morphologique. Les analyses génétiques récentes ont cependant levé le doute : aucun des spécimens néolithiques étudiés ne présentait les marqueurs génétiques des chats domestiques modernes. Les félins turcs, par exemple, appartenaient à une espèce de chats sauvages européens, aujourd’hui éteinte, distincte des ancêtres de nos compagnons de salon.

Un tournant avec un chat de l’époque romaine

La percée décisive est venue de l’étude d’un crâne de chat vieux de 2 200 ans, découvert sur le territoire de l’actuelle Italie. Ce spécimen présentait des caractéristiques génétiques identiques à celles des chats domestiques actuels, confirmant que la domestication avait bel et bien débuté à cette époque. « Ce crâne a tout changé », souligne Marco de Martino. Contrairement aux croyances antérieures, les chats domestiques ne sont pas nés en Anatolie ou au Levant, mais en Afrique du Nord, où vivaient leurs ancêtres sauvages.

Les chercheurs ont ensuite retracé la diffusion de ces félins domestiqués. Dès le Ier siècle avant J.-C., ils étaient déjà présents aux confins de l’Empire romain, y compris dans les îles Britanniques. « En quelques décennies, on les trouvait partout à l’intérieur des frontières de l’Empire », précise de Martino. Leur présence s’est généralisée grâce à leur utilité — chasse aux rongeurs dans les greniers à grains —, leur proximité avec l’humain et, peut-être, leur tempérament naturellement sociable.

Une révision radicale de l’histoire féline

Cette étude marque un revirement complet dans la compréhension de la relation entre l’homme et le chat. « On repousse l’introduction des chats domestiques d’il y a 8 ou 9 000 ans à seulement 2 000 ans », résume Marco de Martino. Autrement dit, nos chats de salon actuels descendent tous de félins africains domestiqués à l’époque romaine, et non de ceux qui côtoyaient les premiers agriculteurs du Néolithique.

Pourtant, les humains avaient déjà commencé à interagir avec des félins bien avant cette date. Les chats sauvages d’Europe et du Proche-Orient cohabitaient avec les communautés humaines dès le Néolithique, attirés par les stocks de céréales et les rongeurs. Mais ces interactions ne constituaient pas une domestication au sens strict, où l’animal est intégré à la vie quotidienne et reproduit sous contrôle humain. Comme le rappelle l’étude, « la domestication implique une modification génétique liée à la sélection par l’homme ». Ce critère n’était pas rempli avant l’époque romaine.

Des implications pour l’archéologie et la biologie

Cette découverte soulève de nouvelles questions sur la manière dont les sociétés anciennes ont intégré les animaux dans leur quotidien. Si les chats n’ont pas été domestiqués pour accompagner les premières sociétés agricoles, leur rôle dans les dynamiques humaines reste à préciser. Leur adoption massive coïncide avec l’expansion de l’Empire romain, un contexte où le contrôle des denrées alimentaires — et donc des rongeurs — était stratégique.

Sur le plan biologique, cette étude met en lumière la résilience des espèces sauvages. Les chats africains, malgré leur apparente similitude avec leurs cousins européens, ont développé des traits génétiques distincts qui ont permis leur domestication. Ces différences, aujourd’hui bien documentées, expliquent pourquoi les chats domestiques modernes descendent tous de la lignée nord-africaine.

Et maintenant ?

Les chercheurs prévoient d’élargir leurs analyses à d’autres régions d’Afrique et d’Europe pour affiner la chronologie et la géographie de la domestication féline. Des fouilles archéologiques ciblées, combinées à des études génétiques, pourraient révéler d’autres foyers de domestication méconnus. Par ailleurs, cette révision de l’histoire du chat pourrait inspirer des travaux similaires sur d’autres espèces supposées domestiquées précocement. Les prochaines années s’annoncent riches en découvertes, à condition de remettre régulièrement en question les certitudes scientifiques.

Pour l’instant, une chose est sûre : nos chats de salon doivent leur existence à des ancêtres africains et à une adoption romaine, bien plus tardive qu’on ne l’imaginait. Une histoire bien plus récente, mais tout aussi fascinante.

Les erreurs précédentes s’expliquent par deux biais majeurs. D’abord, la similitude entre les squelettes de chats sauvages et domestiques rendait impossible toute distinction morphologique. Ensuite, les analyses génétiques réalisées sur des spécimens turcs vieux de 6 000 ans ont été mal interprétées : ces félins étaient en réalité des chats sauvages européens, distincts des ancêtres des chats domestiques modernes. Ce n’est qu’avec l’étude de génomes plus récents, comme celui d’un chat italien de 2 200 ans, que les chercheurs ont pu identifier les véritables marqueurs de la domestication.