Selon BFM Business, les autorités monétaires américaines et japonaises ont mené une opération conjointe inédite depuis près de trente ans pour soutenir le yen, dont la valeur a atteint des creux historiques en juillet dernier. Le Financial Times, cité par BFM Business, révèle que la Réserve fédérale américaine a procédé vendredi à une vente d’euros afin d’acquérir des yens pour le compte du Trésor des États-Unis. Une manœuvre exceptionnelle, réalisée par l’intermédiaire de banques d’affaires comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, marque un tournant dans la gestion des devises entre Tokyo et Washington.

Ce qu'il faut retenir

  • Le yen japonais a atteint en juillet 2026 son plus bas niveau depuis décembre 1986, selon le Financial Times.
  • La Fed a vendu des euros pour acheter des yens, une première en près de 30 ans, sur décision du Trésor américain.
  • L’intervention a été menée via Goldman Sachs et Morgan Stanley, selon deux sources anonymes citées par le quotidien.
  • Le yen s’échangeait à 160,53 yens pour un dollar vendredi, après avoir frôlé les 158 yens la veille.
  • Les analystes estiment que l’intervention japonaise pourrait avoir porté sur entre 6 000 et 8 450 milliards de yens (soit 37,5 à 52,8 milliards de dollars).
  • Les écarts de taux entre le Japon et les États-Unis alimentent le « carry trade », un mécanisme qui déprécie davantage le yen.

Un yen au plus bas depuis 40 ans

La monnaie japonaise a enregistré en juillet 2026 ses niveaux les plus faibles depuis près de quatre décennies, une situation qui s’explique principalement par l’écart persistant entre les taux d’intérêt japonais et américains. Alors que la Réserve fédérale américaine a relevé à plusieurs reprises ses taux directeurs ces dernières années, la Banque du Japon maintient une politique monétaire ultra-accommodante. Ce différentiel encourage les investisseurs à emprunter en yens pour placer leurs fonds dans des actifs libellés en dollars ou en euros, où les rendements sont plus attractifs. Résultat : une pression à la baisse sur le yen, qui a perdu plus de 20 % de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année.

« La devise japonaise a atteint des niveaux critiques, ce qui a poussé Tokyo et Washington à coordonner leurs efforts pour stabiliser le marché », explique un analyste interrogé par BFM Business. Selon le Financial Times, cette intervention conjointe intervient après une période de forte volatilité du yen, marqué par des rumeurs d’une action gouvernementale japonaise pour soutenir sa monnaie. Vendredi, le yen s’échangeait à 160,53 yens pour un dollar, après avoir brièvement touché les 158 yens jeudi, un niveau rarement observé depuis des décennies.

Une opération historique, mais aux effets incertains

Pour la première fois depuis près de trente ans, le Trésor américain et les autorités japonaises ont uni leurs forces pour acheter directement des yens sur le marché des changes. Cette opération, menée vendredi, s’est concrétisée par la vente d’euros détenus par la Fed, une manœuvre inhabituelle qui illustre l’urgence de la situation. « C’est la première fois en près de 30 ans que Tokyo et Washington coordonnent leurs actions pour soutenir la monnaie japonaise », souligne le Financial Times, qui cite trois sources anonymes proches des dossiers.

Les cambistes interrogés par le quotidien économique estiment que l’intervention japonaise pourrait avoir porté sur entre 6 000 et 8 450 milliards de yens, soit l’équivalent de 37,5 à 52,8 milliards de dollars. À titre de comparaison, le Nikkei évalue cette intervention entre 6 000 et 7 000 milliards de yens, tandis que le Financial Times évoque un montant plus élevé. « On ignore encore si Tokyo était réellement impliqué, mais l’évolution des cours présentait toutes les caractéristiques habituelles d’une intervention », a déclaré Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management, à le Financial Times.

Le « carry trade », un cercle vicieux pour le yen

La disparité des taux d’intérêt entre le Japon et les États-Unis joue un rôle clé dans la dépréciation du yen. Alors que la Fed a relevé ses taux à plusieurs reprises depuis 2022, la Banque du Japon (BoJ) maintient des taux proches de zéro pour soutenir une économie encore fragile. Cette situation favorise le « carry trade », une stratégie spéculative consistant à emprunter dans une devise à faible rendement (le yen) pour investir dans une monnaie à rendement plus élevé (le dollar ou l’euro).

« Plus les écarts de taux sont importants, plus les investisseurs sont incités à emprunter en yens, ce qui accentue la pression à la baisse sur la monnaie japonaise », explique un économiste interrogé par BFM Business. Les marchés anticipent d’ailleurs une nouvelle hausse des taux de la Fed avant la fin de l’année, ce qui pourrait aggraver la situation. « Chaque fois que la Fed envisage un nouveau resserrement monétaire, le yen est sous pression », précise-t-il. Cette dynamique illustre les défis auxquels est confrontée la BoJ, dont la politique monétaire restrictive peine à compenser l’attractivité des actifs américains.

Et maintenant ?

Les observateurs s’interrogent désormais sur l’efficacité à long terme de cette intervention. Si elle a permis un rebond temporaire du yen, les fondamentaux économiques – à savoir les écarts de taux et les anticipations de la Fed – continuent de peser sur la monnaie japonaise. Une nouvelle hausse des taux américains, prévue pour septembre ou décembre 2026, pourrait relancer la spéculation contre le yen. Les autorités japonaises pourraient alors être contraintes d’envisager des mesures supplémentaires, comme une hausse des taux ou une intervention plus massive sur les marchés. Reste à voir si cette opération conjointe avec les États-Unis suffira à inverser la tendance.

Par ailleurs, les investisseurs surveillent de près les prochaines décisions de la Banque du Japon. Une sortie progressive de sa politique ultra-accommodante pourrait atténuer la pression sur le yen, mais elle comporterait des risques pour une économie encore fragile. « Tout dépendra de la réaction des marchés et de la capacité de la Fed à rassurer sur l’ampleur de ses hausses de taux futures », estime un analyste.

Un yen sous pression, mais pas seul

Cette intervention conjointe entre les États-Unis et le Japon s’inscrit dans un contexte plus large de tensions monétaires mondiales. Plusieurs autres devises asiatiques, comme le yuan chinois ou le won sud-coréen, subissent également des pressions en raison des politiques monétaires divergentes entre les grandes économies. En Asie, la Chine et le Japon rivalisent pour maintenir la compétitivité de leurs exportations, tandis que les États-Unis cherchent à limiter l’impact d’un dollar trop fort sur leur croissance.

« Les banques centrales asiatiques sont désormais sous surveillance accrue, car elles doivent trouver un équilibre entre la stabilité de leur monnaie et la croissance économique », explique un expert en devises. Pour le Japon, l’enjeu est double : soutenir le yen sans étouffer une reprise économique encore timide. « Une monnaie trop faible pénalise les importations d’énergie et de matières premières, ce qui pèse sur les ménages et les entreprises », rappelle-t-il.

Dans ce contexte, les prochaines réunions de la Fed et de la BoJ, prévues respectivement en septembre et octobre 2026, seront cruciales. Les marchés attendent des signaux clairs sur l’orientation future des politiques monétaires, qui pourraient déterminer l’évolution du yen pour les mois à venir.

Pour l’instant, les autorités japonaises et américaines restent discrètes sur l’ampleur exacte de leur intervention. Si les chiffres avancés par les médias – entre 37,5 et 52,8 milliards de dollars – donnent une idée de l’effort consenti, leur impact réel dépendra de la réaction des marchés dans les prochaines semaines. Une chose est sûre : en l’absence d’un changement de cap des banques centrales, le yen pourrait rester sous pression, malgré les efforts des autorités.

Le yen a atteint des niveaux historiquement bas en 2026 en raison des écarts de taux d’intérêt entre le Japon et les États-Unis. La Réserve fédérale américaine a relevé ses taux à plusieurs reprises depuis 2022, tandis que la Banque du Japon maintient une politique monétaire ultra-accommodante pour soutenir la croissance. Cet écart incite les investisseurs à emprunter en yens pour placer leurs fonds dans des actifs en dollars ou en euros, où les rendements sont plus élevés, ce qui déprécie davantage le yen.

Le « carry trade » est une stratégie spéculative consistant à emprunter dans une devise à faible rendement (comme le yen) pour investir dans une monnaie à rendement plus élevé (comme le dollar ou l’euro). Cette pratique, qui s’est intensifiée en 2026 en raison des écarts de taux, exerce une pression à la baisse sur le yen, car les investisseurs vendent massivement la monnaie japonaise pour acheter des actifs plus rentables.