À Lisbonne, le mois de juin rime avec livres et rencontres littéraires. Selon Euronews FR, la capitale portugaise accueille jusqu’au 14 juin sa 96e édition de la Foire du livre, un rendez-vous devenu incontournable pour les amateurs de littérature. Organisée chaque année dans le parc Eduardo VII, cette manifestation transforme la ville en une immense librairie à ciel ouvert, attirant en moyenne 850 000 visiteurs lors des cinq dernières éditions.
Ce qu'il faut retenir
- La 96e édition de la Foire du livre de Lisbonne se tient jusqu’au 14 juin 2026 dans le parc Eduardo VII.
- Cette année, l’événement accueille 350 stands répartis entre 128 participants, représentant quelque 900 marques éditoriales.
- Selon l’organisation, les cinq dernières éditions ont attiré en moyenne 850 000 visiteurs, un chiffre qui pourrait être dépassé cette année.
- Parmi les temps forts, la présence de Siri Hustvedt, venue présenter son livre Fantasmas, a attiré un public nombreux.
- L’événement met en avant plus de 1 100 auteurs, avec une diversité d’œuvres et de genres littéraires.
- L’exclusion de certains petits éditeurs indépendants, comme DNL Convergência, a suscité des critiques, malgré les explications de l’APEL.
Une manifestation historique qui résiste au temps
Depuis sa première édition en 1930, la Foire du livre de Lisbonne attire toujours autant de monde. Selon l’Association portugaise des éditeurs et libraires (APEL), qui pilote l’événement, cette édition 2026 confirme sa vitalité. Miguel Pauseiro, président de l’APEL, souligne que « ce n’est pas seulement une foire, mais une célébration du livre, un moment où celui-ci redevient central dans nos vies ».
Avec 350 stands répartis sur 128 participants, l’édition 2026 se distingue par une offre éditoriale particulièrement riche. Parmi les participants, 128 acteurs du secteur représentent quelque 900 marques éditoriales, un chiffre qui témoigne de la diversité du paysage littéraire portugais et international.
Une fréquentation en hausse malgré les critiques
Les organisateurs affichent une satisfaction mesurée. D’après les chiffres communiqués par l’APEL, les cinq dernières éditions ont attiré en moyenne 850 000 visiteurs. La coïncidence entre le jour férié du 4 juin 2026 et un temps ensoleillé a sans doute contribué à ce que ce seuil soit à nouveau atteint, voire dépassé cette année. Un succès qui contraste avec les discours sur le déclin de la lecture.
Pourtant, des tensions persistent. L’exclusion de certains petits éditeurs, comme DNL Convergência, a provoqué une réaction de leur part, qui a lancé une pétition pour protester contre leur absence. Miguel Pauseiro assure qu’il n’y a « ni acrimonie, ni animosité », tout en reconnaissant que l’espace logistique du parc Eduardo VII impose des choix difficiles. « Nous voulons davantage de maisons d’édition, davantage d’auteurs, davantage de titres », explique-t-il, avant d’ajouter : « Mais nous devons respecter les contraintes du parc. »
Un rendez-vous multigénérationnel et éclectique
Sur place, l’ambiance est à la fois studieuse et festive. La Praça Leya, cœur de l’événement, rassemble des auteurs de tous horizons : du Portugais Pepetela, lauréat du prix Camões en 1997, au duo germano-américain S.T. Ashman, en passant par des figures comme Carla Pais, dont le dernier roman, A Sombra das Árvores no Inverno, vient de paraître.
Carla Pais, écrivaine portugaise installée en France, se dit « agréablement surprise » par la diversité des publics. « On y trouve des enfants, des personnes âgées, des familles entières. Plusieurs générations se rencontrent autour d’une même passion », confie-t-elle à Euronews FR. Un constat partagé par de nombreux visiteurs, comme Paulo Santos, cadre de la fonction publique, venu échanger quelques mots avec Siri Hustvedt à l’occasion de la présentation de Fantasmas, son livre de souvenirs sur sa vie avec Paul Auster, décédé en 2024.
« Siri Hustvedt est l’un des liens qui maintiennent Paul Auster présent, au-delà de son œuvre immense. Après sa disparition, j’ai ressenti le besoin d’explorer son univers. Son écriture mêle mémoire, identité et réflexion, avec des points de contact avec Auster. »
Paulo Santos, lecteur assidu de Hustvedt et Auster
Des débats et des enjeux éditoriaux
Si la Foire du livre de Lisbonne reste avant tout un lieu de promotion culturelle, elle est aussi le théâtre de débats sur l’avenir du secteur. Miguel Pauseiro rappelle que les grands groupes éditoriaux – Leya, Porto Editora, Penguin et Presença – occupent une place importante, mais insiste sur le fait qu’ils sont « moins représentés que leur poids réel sur le marché ». Selon lui, « certains de ces groupes regroupent jusqu’à une quinzaine de marques, mais nous veillons à équilibrer la représentation ».
Côté exposants, cette édition accueille cinq nouveaux participants. En revanche, quatre n’ont pas renouvelé leur présence, et six demandes ont été rejetées – trois pour des raisons liées à la nature des produits proposés (jeux, objets non livresques), et trois autres pour des motifs non divulgués. Pour DNL Convergência, l’exclusion a été vécue comme une injustice, mais l’APEL promet d’œuvrer pour un retour dans les règles de l’art.
Pour l’heure, la Foire du livre de Lisbonne confirme son statut de rendez-vous culturel majeur, où se croisent passion des lecteurs, découvertes littéraires et débats sur l’avenir de l’édition. Un équilibre fragile, mais qui semble tenir bon depuis près d’un siècle.