C’est l’un des derniers secrets de Marilyn Monroe : sa relation avec Eunice Murray, sa gouvernante pendant neuf mois, pourrait détenir des réponses sur les circonstances troubles de sa mort, dans la nuit du 4 au 5 août 1962. À l’occasion du centenaire de la naissance de la star, prévue le 1er juin 2026, Laurent Morlet, producteur français installé à Los Angeles depuis vingt ans, publie La gouvernante de Marilyn (éditions Charleston), un premier roman qui retrace cette histoire à travers le regard d’Eunice Murray, une femme discrète mais au rôle central dans les derniers mois de la vie de l’icône hollywoodienne. Selon Franceinfo - Culture, cette biographie romancée interroge la véritable nature des liens entre les deux femmes et propose une relecture des derniers instants de Marilyn.

Ce qu'il faut retenir

  • Eunice Murray, veuve à l’éducation religieuse stricte, a partagé l’intimité de Marilyn Monroe de septembre 1961 à août 1962, une période charnière marquée par des crises et des tentatives de sevrage.
  • Le roman de Laurent Morlet, La gouvernante de Marilyn, s’appuie sur une lettre fictive qu’Eunice Murray aurait écrite à sa sœur défunte pour décrire la nuit du 4 août 1962.
  • Les deux sœurs Murray, séparées à l’adolescence en raison de la grippe espagnole, avaient une relation fusionnelle, Eunice ayant même épousé le veuf de sa sœur après sa mort.
  • Marilyn, qui avait nommé sa fille aînée Eunice en hommage à sa gouvernante, voyait en elle une figure maternelle, tandis qu’Eunice projetait sur elle une image de « fille » idéale.
  • Deux enquêtes officielles ont conclu à un suicide par overdose de barbituriques, mais des zones d’ombre persistent, notamment sur l’heure à laquelle Eunice Murray a découvert le corps de la star.

Une gouvernante au cœur d’une relation complexe

Eunice Murray, sexagénaire d’éducation rigoriste, a été engagée par Marilyn Monroe pour gérer le seul bien immobilier que la star s’est offert : une maison à Brentwood, en Californie. Entre septembre 1961 et août 1962, les deux femmes ont partagé un quotidien marqué par les luttes internes de Marilyn, alors en proie à des démons personnels et professionnels. « Si Eunice avait été mauvaise, Marilyn l’aurait congédiée assez rapidement », déclare Laurent Morlet dans un entretien avec Franceinfo. « Elle était peut-être fragile, mais elle n’était pas faible. » Cette relation, souvent décrite comme conflictuelle par l’entourage de Marilyn, est ici réévaluée par l’auteur, qui y voit plutôt une forme de soutien mutuel.

Laurent Morlet, producteur à Los Angeles depuis deux décennies, s’appuie sur des éléments biographiques avérés pour construire son récit. Il rappelle que Marilyn avait choisi de donner le prénom de sa gouvernante à sa fille aînée, née en 1954. « À l’époque, Eunice n’était pas un prénom courant, ce qui souligne l’importance que Marilyn accordait à cette femme », explique-t-il. Pourtant, l’entourage de la star, notamment son attachée de presse Pat Newcomb, considérait Eunice Murray comme une figure sournoise, alliée au psychiatre de Marilyn, Ralph Greenson. Une rivalité qui illustre les tensions récurrentes autour de la star.

Un roman construit autour d’une lettre fictive et de destins entrelacés

Pour donner vie à cette histoire, Laurent Morlet a imaginé une correspondance fictive entre Eunice Murray et sa sœur Carolyn, décédée en 1925. Cette sœur, séparée d’Eunice à l’âge de 15 ans en raison de la grippe espagnole, avait marqué la vie de la future gouvernante. Après avoir retrouvé sa sœur à sa majorité, Eunice a épousé le veuf de Carolyn, cherchant ainsi à recréer une forme de famille idéale. « Eunice a été très traumatisée par cette séparation », précise l’auteur. « Cette histoire est vraie, tout comme le fait qu’elle ait épousé le veuf de sa sœur après sa mort. »

L’écrivain explore également les parallèles entre les parcours d’Eunice et de Marilyn, deux femmes que tout oppose en apparence. « Marilyn a dû voir en Eunice une mère qu’elle n’avait pas eue », analyse-t-il. « Eunice, quant à elle, a probablement projeté sur Marilyn l’image d’une fille qu’elle n’avait pas pu avoir. » Cette dynamique, teintée de projection et de quête d’affection, ajoute une dimension psychologique au roman. Laurent Morlet souligne aussi l’étrangeté d’un destin partagé : la maison où vivait Marilyn avec Eunice avait été construite par cette dernière quinze ans plus tôt avec son premier mari.

Marilyn Monroe, Joe DiMaggio et Ralph Greenson : une relecture des derniers mois

Dans son livre, Laurent Morlet propose une vision nuancée des trois figures centrales de la fin de vie de Marilyn : Eunice Murray, Joe DiMaggio et Ralph Greenson. Si DiMaggio est souvent décrit comme un ex-mari possessif, l’auteur le présente sous un jour plus favorable, soulignant son rôle protecteur dans les derniers mois de la star. « Quand je place l’histoire de mon livre à la fin de la vie de Marilyn, en 1962, il se trouve que DiMaggio est présent », explique-t-il. « Il s’est énormément occupé d’elle ses dernières années. La seule personne qui a été appelée pour s’occuper du corps de Marilyn, parce que personne ne l’a réclamé, c’est lui. »

Ralph Greenson, le psychiatre de Marilyn, est également réhabilité dans le roman. Critiqué pour avoir intégré la star dans sa vie familiale, l’auteur défend l’idée que Greenson cherchait avant tout à aider Marilyn à se reconstruire. « Selon lui, les théories de Freud ne pouvaient pas convenir à Marilyn, déjà trop brisée », indique Laurent Morlet. « Il voulait lui montrer ce qu’était une famille normale, pour qu’elle se dise : ‘Moi aussi, je peux avoir ça.’ » Pourtant, cette proximité a pu brouiller les frontières entre le professionnel et le personnel, un point que l’auteur reconnaît sans jugement.

Le suicide de Marilyn Monroe : une question toujours ouverte

La mort de Marilyn Monroe, officiellement qualifiée de suicide par overdose de barbituriques, reste l’un des mystères les plus tenaces du XXe siècle. Dans La gouvernante de Marilyn, Laurent Morlet interroge la responsabilité d’Eunice Murray dans cette nuit du 4 août 1962. La gouvernante a menti sur l’heure à laquelle elle a découvert le corps de la star, ce qui soulève des interrogations sur la possibilité de l’avoir sauvée. « Pour moi, oui, Marilyn aurait pu être sauvée si Eunice était allée la voir plus tôt », déclare-t-il. « Tout l’entourage proche de Marilyn se sentait coupable de ne pas l’avoir protégée suffisamment. »

L’auteur établit un parallèle avec des cas contemporains, comme celui de Loana Petrucciani en France, pour illustrer l’incapacité de l’entourage à anticiper l’irréparable. « Tout le monde savait que Marilyn avait tendance à être déprimée les samedis soirs, souvent ivre ou sous l’emprise de médicaments », explique-t-il. « On s’est dit : ‘C’est un samedi soir de plus, on ne va pas se déplacer.’ » Cette négligence, volontaire ou non, pèse sur les dernières heures de la star, dont le corps n’a été réclamé que par Joe DiMaggio.

Et maintenant ?

Avec la publication de La gouvernante de Marilyn, Laurent Morlet relance le débat sur les circonstances de la mort de l’icône, sans trancher définitivement. Le roman, qui mêle fiction et réalité, pourrait susciter de nouvelles interprétations parmi les historiens et les fans de Marilyn Monroe. Les prochains mois pourraient également voir émerger de nouvelles analyses ou documentaires sur le sujet, à l’approche du centenaire de sa naissance.

Pour Laurent Morlet, l’essentiel réside dans la complexité des destins humains. « Ce qui a tué Marilyn et Norma Jean, c’est la dualité des deux personnages qui coexistaient dans un même corps », confie-t-il. « Marilyn était en lutte permanente avec Norma Jean. » Une analyse qui rappelle que, derrière l’image de la star hollywoodienne, se cachait une femme en quête d’équilibre, ballottée entre gloire et désespoir.

Eunice Murray était perçue comme une intrigante par une partie de l’entourage de Marilyn, notamment son attachée de presse Pat Newcomb. Accusée d’être alliée au psychiatre Ralph Greenson, elle était souvent décrite comme sournoise et manipulatrice. Pourtant, Laurent Morlet, dans son roman, la réhabilite en soulignant son rôle protecteur et sa relation fusionnelle avec Marilyn.

Deux enquêtes ont conclu à un suicide par overdose de barbituriques dans la nuit du 4 au 5 août 1962. Cependant, des zones d’ombre persistent, notamment sur l’heure à laquelle Eunice Murray a découvert le corps de la star et les circonstances exactes de sa mort.