Selon Libération, la région de la Jézira, autrefois considérée comme le grenier à blé du Soudan, subit une crise sans précédent en raison de l’état de son système d’irrigation, délibérément saboté par les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire qui a occupé la zone pendant près d’un an. Ce réseau, essentiel à l’agriculture locale, reste aujourd’hui paralysé, aggravant une crise humanitaire déjà critique dans ce pays d’Afrique de l’Est.

Ce qu'il faut retenir

  • La Jézira, région agricole majeure du Soudan, voit son système d’irrigation détruit par les Forces de soutien rapide, selon Libération.
  • Les infrastructures hydrauliques, pillées et endommagées, restent inutilisables après un an d’occupation militaire.
  • Cette paralysie aggrave la crise alimentaire et économique dans une région autrefois prospère.
  • Les FSR, accusés de violations systématiques, maintiennent une pression militaire malgré leur retrait partiel.

Une région stratégique mise à genoux par la guerre

La Jézira, située entre le Nil Bleu et le Nil Blanc, s’étend sur plus de 30 000 km² et représente traditionnellement l’un des poumons agricoles du Soudan. Autrefois exportatrice de céréales, cette région a vu son économie s’effondrer depuis le début du conflit entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide, en avril 2023. « L’âme de cet endroit, c’est l’eau », a rappelé un agriculteur local cité par Libération. Sans irrigation, les champs de sorgho, de blé et de légumineuses ne produisent plus rien, plongeant des milliers de familles dans la précarité.

Un réseau d’irrigation systématiquement ciblé

Les canaux d’irrigation, les pompes et les stations de relevage de la Jézira ont été méthodiquement pillés ou endommagés par les FSR pendant leur occupation. Selon des rapports locaux, au moins 80 % des infrastructures hydrauliques sont aujourd’hui hors service. Les miliciens ont notamment détruit les vannes de régulation et volé les équipements électriques, rendant toute remise en route impossible sans investissements massifs. « On ne peut même plus pomper l’eau du Nil pour nos cultures », a expliqué un responsable agricole sous couvert d’anonymat.

Des conséquences humanitaires et économiques désastreuses

La paralysie du système d’irrigation a des répercussions en cascade. Les prix des denrées alimentaires locales ont explosé, tandis que les stocks de semences s’épuisent. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que près de 18 millions de Soudanais souffrent aujourd’hui d’insécurité alimentaire aiguë. « Sans eau, il n’y a pas de récolte, et sans récolte, il n’y a pas de survie », a souligné un expert en agriculture à Khartoum, contacté par Libération. Bref, la Jézira, qui fournissait autrefois 40 % de la production céréalière du pays, est aujourd’hui un désert agricole.

Et maintenant ?

Les autorités soudanaises, soutenues par des partenaires internationaux, prévoient de lancer un plan de réhabilitation des infrastructures hydrauliques d’ici la fin de l’année 2026. Cependant, les risques de nouveaux sabotages par les FSR ou de pénuries de pièces détachées pourraient retarder ces travaux. Une mission d’évaluation conjointe entre l’ONU et des ONG locales doit se rendre sur place en mai pour identifier les besoins prioritaires. Reste à savoir si la communauté internationale mobilisera les fonds nécessaires pour éviter une famine généralisée.

Un conflit qui dépasse les frontières

La crise de la Jézira s’inscrit dans un contexte plus large de déstabilisation régionale. Les FSR, dirigées par le général Mohamed Hamdan Daglo, sont accusées de crimes de guerre au Darfour et dans d’autres régions. Leur stratégie de terre brûlée, incluant la destruction des systèmes d’irrigation, vise à affamer les populations civiles pour affaiblir le gouvernement de transition. Selon des diplomates européens interrogés par Libération, cette tactique rappelle les pires heures des guerres civiles africaines des années 1990.

Pour l’instant, aucune solution politique n’est en vue. Les négociations de paix, suspendues depuis des mois, peinent à reprendre, tandis que les violences entre factions armées s’intensifient dans le Darfour et le Kordofan. Dans l’immédiat, c’est la survie de millions de Soudanais qui dépend de la remise en service d’un réseau d’irrigation devenu, en temps de guerre, une cible stratégique.

Selon Libération, cette tactique s’inscrit dans une stratégie délibérée de « terre brûlée » pour affamer les populations civiles et affaiblir le gouvernement de transition. En détruisant les systèmes d’irrigation, les FSR privent les agriculteurs de leurs moyens de subsistance, tout en rendant le contrôle de la région plus facile après leur retrait.