Avec un chiffre d’affaires de 34 milliards d’euros en 2025, dont 54 % générés par l’activité colis, La Poste accélère sa mutation pour atteindre 40 milliards d’euros en 2031. Ce plan, présenté mardi 7 juillet 2026 par sa directrice générale Marie-Ange Debon, s’appuie sur une stratégie centrée sur trois piliers : le colis, la banque et l’assurance. Selon BFM Business, cette ambition s’inscrit dans un contexte de déclin structurel du courrier, dont les volumes ont chuté de 18 milliards de plis en 2008 à 5 milliards en 2025.
Ce qu'il faut retenir
- La Poste a réalisé 34 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, dont 54 % issus des colis.
- L’objectif est d’atteindre 40 milliards d’euros en 2031, soit une croissance de 18 % sur cinq ans.
- Le groupe détient 150 000 points de retrait en France et vise 190 000 d’ici 2031 pour la livraison hors domicile.
- La Poste investira 10 milliards d’euros pour moderniser ses infrastructures et outils numériques.
- Les volumes de courrier devraient passer de 5 milliards en 2025 à 3 milliards en 2031.
Marie-Ange Debon, nommée à la tête du groupe fin 2025, a résumé l’état d’esprit de cette nouvelle étape lors d’une conférence de presse : « On en a sous le pied ». Elle a détaillé, la veille, le plan stratégique « Réussir ensemble – Ambitions 2031 » devant le conseil d’administration de La Poste. Détenue à 66 % par la Caisse des Dépôts et à 34 % par l’État, l’entreprise publique mise sur ses activités les plus porteuses pour compenser l’effondrement du courrier, un déclin qui coûte chaque année « 500 millions d’euros » de chiffre d’affaires à La Poste.
Un virage stratégique centré sur le colis et la logistique
Pour concrétiser ses ambitions, La Poste entend consolider sa position de leader en France et en Europe dans le secteur du colis et de la logistique souveraine. L’un des objectifs majeurs consiste à devenir le deuxième acteur européen de la livraison hors domicile, c’est-à-dire dans des consignes automatiques ou chez des commerçants partenaires. Actuellement troisième sur ce marché, derrière les groupes polonais InPost et allemand DHL, l’entreprise prévoit d’augmenter ses volumes de colis livrés de 2,7 à 3,6 milliards par an d’ici 2031. Parallèlement, elle souhaite étendre son réseau de points de retrait de 150 000 à 190 000, afin de couvrir davantage de territoires et de faciliter l’accès aux services pour les particuliers.
Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement des investissements industriels. La Poste a annoncé un plan de 10 milliards d’euros sur cinq ans pour moderniser ses outils de production et ses infrastructures numériques. Ces dépenses visent à améliorer l’efficacité de la chaîne logistique, tout en réduisant les coûts liés à la baisse continue des envois postaux traditionnels. « La logique de présence systématique, souvent sous-utilisée, doit laisser place à une logique de service postal utile à la population », précise le communiqué du groupe.
Bancassurance et service public : des leviers de croissance complémentaires
Outre le colis, La Poste mise sur sa filiale bancaire et d’assurance pour soutenir sa croissance. Le groupe entend « conjuguer numérique et proximité humaine » dans son modèle de bancassurance, tout en diversifiant les canaux de distribution de ses produits en Europe. Cette approche vise à compenser partiellement les pertes liées au courrier, tout en répondant aux besoins d’une clientèle de plus en plus exigeante en matière de services financiers accessibles et adaptés aux territoires ruraux.
Cependant, cette transition s’inscrit dans un cadre complexe pour La Poste, dont les missions de service public – comme le service universel postal, la distribution de la presse ou l’accessibilité bancaire – sont sous-financées par l’État. « Les missions de service public sont sous-compensées », a souligné Marie-Ange Debon, rappelant que la baisse des volumes de courrier, passée de 18 milliards de plis en 2008 à 5 milliards en 2025, devrait se poursuivre jusqu’à 3 milliards en 2031. Cette évolution impose à La Poste de repenser son réseau de bureaux, en privilégiant la mutualisation des services et les partenariats avec les services publics locaux et les commerçants.
Un défi industriel et territorial
La Poste n’est pas seule à affronter ce bouleversement. Le secteur postal européen est en pleine recomposition, avec une concurrence accrue entre acteurs traditionnels et nouveaux entrants, notamment les géants du e-commerce qui développent leurs propres solutions logistiques. En misant sur la logistique souveraine, La Poste cherche à se positionner comme un acteur incontournable de la chaîne d’approvisionnement en France et en Europe, tout en répondant aux enjeux de souveraineté industrielle.
Cette orientation s’accompagne d’une refonte de son modèle économique. Le groupe, dont les activités bancaires et d’assurance représentent déjà une part significative de ses revenus, entend capitaliser sur sa notoriété et son ancrage territorial pour développer de nouveaux services. Cela passe par une modernisation de ses outils numériques, mais aussi par une réorganisation de son réseau physique, afin de le rendre plus agile et mieux adapté aux attentes des usagers.
En 2031, le paysage postal européen aura probablement bien changé. Pour La Poste, l’enjeu sera de transformer cette mutation en levier de pérennité, tout en préservant son rôle historique de service public. La route s’annonce exigeante, mais le groupe mise sur ses atouts – sa marque, son réseau et sa capacité d’adaptation – pour relever ce défi.
Outre la poursuite du déclin du courrier, qui représente une perte annuelle de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, La Poste doit faire face à une concurrence accrue dans le secteur du colis et de la logistique. Les acteurs comme DHL ou InPost disposent de moyens importants pour conquérir des parts de marché, tandis que les géants du e-commerce développent leurs propres réseaux de livraison. Par ailleurs, la modernisation des infrastructures et la transformation du réseau de bureaux nécessitent des investissements massifs, dont la rentabilité n’est pas garantie à court terme.