Depuis des millénaires, le Soleil et la Lune ont façonné les croyances, rythmé les saisons et inspiré les arts. Cette fascination universelle trouve un écho contemporain à Londres, où la Saatchi Gallery présente jusqu’au 8 septembre 2026 l’exposition « The Sun and The Moon: Art Inspired by the Celestial ». Selon Euronews FR, cette manifestation ambitieuse rassemble plus de 170 artistes sur neuf salles réparties sur deux étages, transformant la galerie en un parcours immersif de 24 heures.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition conçue comme un cycle journalier : chaque salle correspond à un moment clé de la journée, de l’aube à la nuit.
  • Plus de 170 artistes internationaux exposés, dont des pièces historiques et des créations contemporaines.
  • Helios, une installation monumentale de 6 mètres réalisée par Luke Jerram, composée de 400 000 photographies du Soleil.
  • Moon Landing, une œuvre collaborative de Margot Selby et Helen Caddick, rend hommage aux femmes navajos et aux ouvrières de l’usine Raytheon ayant contribué aux missions Apollo.
  • Des installations immersives impossibles à photographier signées teamLab, explorant la perception de la lumière.
  • Une programmation jusqu’au 8 septembre 2026 à la Saatchi Gallery, Londres.

Cette exposition s’inscrit dans la continuité de la série dédiée à l’influence du monde naturel sur l’art, après le succès de « FLOWERS - Flora in Contemporary Art and Culture » en 2025. Selon Katherine Benson, commissaire de l’exposition, l’objectif est clair : « C’est un véritable voyage de 24 heures à travers les yeux des artistes et des créateurs. Ces constantes célestes accompagnent nos vies depuis toute l’histoire de l’humanité, et nous voulions explorer toutes les façons dont elles ont inspiré les artistes », a-t-elle déclaré à Euronews FR lors de la présentation à la presse.

Un parcours conçu comme une journée entière

L’exposition s’ouvre sur des œuvres de Patrick Caulfield, Barbara Hepworth et Sinta Tantra, avant de plonger les visiteurs dans une première salle intitulée « Dawn ». Celle-ci retrace la manière dont les premières cultures percevaient le Soleil et la Lune comme des forces cosmiques. Parmi les pièces exposées figurent un buste celtique de Sol Invictus (Ier siècle av. J.-C.), une réplique du disque céleste de Nebra et un textile indien du XVIIe siècle représentant le Soleil. Ces artefacts, présentés aux côtés de costumes de l’Opéra royal, illustrent la diversité des interprétations culturelles du ciel.

Au fil du parcours, les salles explorent tour à tour le rôle du Soleil dans la mesure du temps et l’agriculture, les rituels estivaux ou encore la charge émotionnelle du coucher de soleil. Le point d’orgue du parcours se situe au cœur de l’exposition avec « Helios », une sphère lumineuse de six mètres de diamètre réalisée par l’artiste britannique Luke Jerram. Composée de 400 000 photographies du Soleil fournies par l’astrophotographe Dr Stuart Green et complétées par des données de la NASA, cette installation invite les visiteurs à s’allonger sur des chaises longues pour contempler l’œuvre qui s’illumine progressivement. Une bande-son ambient, spécialement composée par Duncan Speakman et Sarah Anderson, accompagne l’expérience.

« J’espère que cette œuvre suscitera l’émerveillement et incitera les visiteurs à réfléchir à l’importance du Soleil dans nos vies : pour la lumière, la chaleur, l’énergie de notre planète, et à la façon dont notre étoile la plus proche a inspiré la culture et la religion à travers l’histoire. »
— Luke Jerram, artiste britannique, dans une déclaration rapportée par Euronews FR

La Lune, entre science et récits méconnus

La seconde partie de l’exposition se concentre sur la Lune, depuis ses phases historiques jusqu’à l’héritage des missions Apollo. La salle « Walking on the Moon » met en lumière des contributions souvent oubliées, comme celles des femmes navajos qui ont tissé les circuits intégrés ou des ouvrières de l’usine Raytheon ayant câblé les mémoires des modules d’Apollo 11. L’œuvre phare, « Moon Landing », est une collaboration entre l’artiste textile Margot Selby et la compositrice Helen Caddick. Leur création repose sur une structure binaire, où la musique pour deux harpes, deux violoncelles et deux violons reproduit les motifs du tissage.

Le textile lui-même, tissé par Selby et six membres de son atelier pendant quatre mois, compte plus de 30 000 fils et répond directement aux six sections de la partition. « Le choix des couleurs est instinctif, mais les rythmes et les motifs sont entièrement dictés par la musique », a expliqué Margot Selby à Euronews FR. Un extrait de la composition de Helen Caddick est disponible en ligne pour les visiteurs souhaitant approfondir l’expérience.

Des voix contemporaines et des traditions oubliées

L’exposition donne également la parole à des artistes moins représentés. L’artiste britannico-zambien Kay Gasei, lauréat du Soho House Art Prize en 2021, présente « Moonlight Series Number Four: Boy by the Pool ». Cette toile, à la fois portrait de famille et récit mythologique, s’inspire de ses souvenirs d’enfance passés après la tombée de la nuit. « Il est question d’espièglerie, de jeux nocturnes », a-t-il expliqué. « J’ai fugué plus d’une fois quand j’étais enfant. On m’a déclaré disparu pendant quelques heures, mais moi, je savais très bien où j’étais. »

Par ailleurs, la créatrice sakha Aina Petrova expose « URSUUNA », une réinterprétation contemporaine des lunettes de neige arctiques, parmi les plus anciens dispositifs de protection oculaire. Conçues pour prévenir la cécité des neiges, ces lunettes en bois et os sont ici réinventées en argent et en laiton. Une paire originale, vieille de près de 1000 ans, est exposée à leurs côtés. « Je voulais renouer avec mes racines et mes ancêtres. C’est ce qui me définit », a-t-elle confié à Euronews FR. Les visiteurs peuvent même essayer une paire, assure-t-elle : « On voit étonnamment bien à travers. »

Des installations qui défient la perception

Les dernières salles, « Midnight » et « The Darkest Hours », plongent les visiteurs dans un univers onirique et folklorique. Elles abritent des œuvres de Paula Rego et Joan Miró, menant à deux installations immersives du collectif artistique international teamLab. Ces créations, intitulées « Cognitive Sculpture », explorent la perception de la lumière et de l’espace sans support physique. « Il est assez difficile d’expliquer cela avec des mots. Le mieux est d’entrer dans l’espace », a souligné Takashi Kudo, directeur de teamLab.

Dans « Massless Suns and Dark Suns », des sphères lumineuses semblent flotter dans la galerie. Impossible à photographier, elles ne se révèlent que progressivement à l’observation. « Elles existent, même si vous ne pouvez pas les photographier. Vous ne pouvez en parler qu’avec d’autres personnes qui y sont allées », explique Takashi Kudo. Ces œuvres, qui naissent de l’interaction entre lumière et environnement, concluent l’exposition en invitant les visiteurs à vivre une expérience sensorielle unique.

Et maintenant ?

La Saatchi Gallery organise tout l’été des visites guidées et des ateliers en lien avec l’exposition. Une programmation spéciale est prévue pour le solstice d’été, le 21 juin 2026, avec des performances artistiques et des discussions sur l’astronomie. Les billets, disponibles en ligne, restent accessibles jusqu’à la fermeture de l’exposition, prévue le 8 septembre 2026. Les organisateurs espèrent que ce parcours céleste suscitera une réflexion sur notre place dans l’univers.

« Nous cherchons tous à nous situer dans le monde et dans l’univers. Voir comment le Soleil et la Lune ont inspiré les gens au fil de l’histoire peut, je l’espère, donner aux visiteurs le sentiment d’être davantage reliés – au monde et aux autres », a conclu Katherine Benson.

Pour les amateurs d’art et d’astronomie, cette exposition offre une occasion rare de mêler histoire, science et création contemporaine. Une plongée sensorielle et intellectuelle à ne pas manquer avant la rentrée.

Non, ces œuvres, appelées « Cognitive Sculpture », sont conçues pour être impossibles à photographier. Leur existence repose sur l’interaction entre lumière et environnement, ce qui les rend uniques à chaque visite.