Le pape Léon XIV a béni, le 10 juin 2026, la tour de Jésus-Christ de la Sagrada Familia à Barcelone, marquant le centenaire de la mort de son architecte, Antoni Gaudí. Cet événement solennel, marqué par une messe en espagnol, catalan et latin, a réuni quelque 9 000 personnes à l'intérieur et autour de la basilique, selon Franceinfo - Culture.

La Sagrada Familia, dont la construction a débuté en 1882, s'élève désormais à 172,5 mètres, ce qui en fait l'église la plus haute du monde. Elle attire chaque année des millions de visiteurs, devenant ainsi le monument payant le plus fréquenté d'Espagne. Voici les éléments essentiels à retenir sur ce joyau architectural encore en travaux.

Ce qu'il faut retenir

  • La Sagrada Familia culmine à 172,5 mètres depuis l'achèvement de la tour de Jésus-Christ en février 2026, devenant ainsi l'église la plus haute du monde.
  • Le pape Léon XIV a célébré une messe le 10 juin 2026 pour bénir cette tour, exactement un siècle après la mort d'Antoni Gaudí.
  • Quelque 9 000 personnes ont assisté aux cérémonies, tandis que des milliers d'autres suivaient depuis l'extérieur du périmètre sécurisé.
  • Le chantier, lancé en 1883 sous la direction de Gaudí, reste inachevé et dépend désormais de financements issus des entrées payantes des visiteurs.
  • La tour de Jésus-Christ, couronnée d'une croix en céramique émaillée blanche et en verre, mesure 17 mètres de haut pour 13,5 mètres de large.
  • Le monument, commandé en hommage à la Sainte Famille, est un mélange d'influences byzantines, gothiques et grecques, conçu comme une « antichambre du paradis ».

Un chef-d'œuvre architectural et spirituel

La Sagrada Familia, dont le nom complet est Temple Expiatori de la Sagrada Família, est dédiée à la Sainte Famille : Jésus, Marie et Joseph. Conçue comme un hommage à la foi chrétienne, sa construction a débuté le 19 mars 1882, jour de la Saint-Joseph, sur un projet initial de l'architecte diocésain Francisco de Paula del Villar. Celui-ci, évincé dès 1883 pour des désaccords techniques et financiers, laisse place à Antoni Gaudí, qui en fera son œuvre de toute une vie.

Inspiré par les cathédrales byzantines et gothiques, Gaudí a imaginé un édifice en dix-huit tours : quatre dédiées aux Évangélistes, une à la Vierge Marie, douze aux apôtres, et la tour centrale, celle de Jésus-Christ, la plus haute. Chaque élément architectural est pensé pour refléter une dimension spirituelle, comme en témoignent les colonnes intérieures évoquant une forêt et les façades représentant les étapes clés de la vie du Christ : Nativité, Passion et Gloire.

La tour de Jésus-Christ, apogée d'un siècle de travaux

La tour de Jésus-Christ, achevée en février 2026, culmine à 172,5 mètres, un record mondial pour une église. Elle est surmontée d'une croix tridimensionnelle en céramique émaillée blanche et en verre, conçue pour briller de jour comme de nuit. À l'intérieur de cette croix, une sculpture de l'Agnus Dei, réalisée par l'artiste italien Andrea Mastrovito, complète l'ouvrage. « Cette croix brille le jour, en reflétant la lumière du soleil, et brille la nuit, en illuminant la ville comme un phare ouvert sur la Méditerranée », a déclaré le pape Léon XIV lors de son homélie.

La croix, haute de 17 mètres et large de 13,5 mètres, est éclairée par des projecteurs installés sur les tours voisines. Elle est entourée de quatre tours dédiées aux Évangélistes, reliées entre elles par des passerelles, et de la tour de la Vierge Marie, connectée intérieurement à la tour centrale. Gaudí avait souhaité que l'édifice ne dépasse pas les 177 mètres de la colline de Montjuïc, « l'œuvre de Dieu », selon ses propres mots.

Gaudí, l'architecte mystique et son héritage inachevé

Né en 1852 dans une famille catholique, Antoni Gaudí (1852-1926) a consacré quarante-trois ans de sa vie à la Sagrada Familia, reprenant le projet à partir de 1883. Sa carrière, marquée par des commandes prestigieuses, a basculé après une crise existentielle en 1894, consécutive à la perte de proches. Gaudí adopte alors un mode de vie austère, quasi mystique, ce qui lui vaut aujourd'hui le titre de « vénérable » depuis 2025. Le Vatican étudie par ailleurs un éventuel miracle en vue de sa béatification.

Gaudí meurt le 10 juin 1926, renversé par un tramway alors qu'il se rendait à l'église pour prier. À l'époque, seule la façade de la Nativité, avec son clocher dédié à l'apôtre Barnabé, était achevée. Ses disciples, dont Domènec Sugranyes, ont poursuivi son œuvre en s'appuyant sur les plans et instructions laissés par l'architecte. Depuis, le chantier avance par étapes, comme Gaudí l'avait lui-même prévu : « Si l'on parvient à laisser une partie achevée, il sera plus difficile d'abandonner le projet ».

Un monument en perpétuelle évolution

La construction de la Sagrada Familia a connu de nombreux rebondissements. Les travaux ont été interrompus entre mars et octobre 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, repoussant l'objectif initial d'achèvement en 2026. Aujourd'hui, les principaux travaux pourraient s'achever d'ici une dizaine d'années, mais plusieurs obstacles subsistent. Le plus épineux concerne la façade de la Gloire, entrée principale encore en projet, dont la réalisation impliquerait la démolition de plusieurs immeubles d'habitation. Cette perspective a suscité l'opposition des riverains, contraignant la mairie à arbitrer un compromis.

Les financements, issus à plus de 80 % des recettes des entrées payantes, sont également un enjeu majeur. En 2025, la Sagrada Familia a accueilli plus de 4,7 millions de visiteurs, ce qui en fait le monument payant le plus visité d'Espagne. Pourtant, les coûts de construction restent élevés, et le chantier dépend étroitement de la fréquentation touristique. Un équilibre fragile, alors que Barcelone doit également faire face à une crise du logement dans le centre-ville.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront de la résolution des conflits autour de la façade de la Gloire et de la stabilité des financements. Si les travaux de la tour centrale et des façades principales avancent, l'édification des accès définitifs pourrait prendre plusieurs années. La mairie de Barcelone devra trancher sur la question des relogements, tandis que la commission médicale du Vatican pourrait rendre son verdict sur le miracle nécessaire à la béatification de Gaudí d'ici 2027.

La Sagrada Familia reste, un siècle après la mort de son architecte, un symbole à la fois artistique, spirituel et économique pour Barcelone. Son achèvement définitif, prévu dans une décennie, marquera l'aboutissement d'un projet initié il y a plus de 140 ans – et qui continue, chaque jour, d'écrire son histoire.

La construction, initialement prévue pour durer quelques décennies, a été ralentie par les deux guerres mondiales, la guerre civile espagnole et, plus récemment, la pandémie de Covid-19. Antoni Gaudí lui-même savait que le monument ne pourrait être achevé de son vivant et avait conçu les plans pour que les générations futures puissent poursuivre son œuvre. Aujourd'hui, les travaux dépendent aussi des financements issus des entrées des visiteurs, ce qui impose un rythme adapté à la fréquentation touristique.