La plateforme ARTE propose à partir de ce mercredi 10 mai 2026 une nouvelle série intitulée « Etty », réalisée par Hagai Levi, créateur de la série « En Thérapie ». Cette fiction, inspirée du journal intime d’une jeune Néerlandaise, plonge le spectateur dans le quotidien d’Etty Hillesum, une étudiante juive dont le parcours tragique croise celui d’Anne Franck, tout en offrant une réflexion contemporaine sur la résistance et l’humanité en temps de guerre. Selon Franceinfo - Culture, cette œuvre se distingue par son approche moderne, loin des reconstitutions historiques traditionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • La série « Etty », diffusée à partir du 10 mai 2026 sur ARTE, retrace le destin d’Etty Hillesum, une jeune femme juive aux Pays-Bas sous l’Occupation nazie.
  • Le récit s’appuie sur le journal intime d’Etty Hillesum, publié bien après celui d’Anne Franck, et connu pour son style moderne et ses réflexions spirituelles.
  • Le réalisateur Hagai Levi a choisi une approche contemporaine pour rendre palpable l’actualité des thèmes abordés, malgré le contexte historique.
  • Le journal d’Etty Hillesum, plus complexe que celui d’Anne Franck, a suscité des débats en raison de ses références chrétiennes et de l’absence d’identité juive affirmée.
  • La série met en scène Julia Windischbauer, qui incarne avec intensité le personnage d’Etty Hillesum.

Une fiction inspirée d’un destin réel et méconnu

En 1941, aux Pays-Bas occupés par les nazis, une jeune étudiante juive nommée Etty Hillesum tient un journal intime où elle consigne ses pensées, ses doutes et ses espoirs. D’après Franceinfo - Culture, cette œuvre littéraire, publiée bien après la guerre, reste moins connue que celui d’Anne Franck, bien qu’elle offre un éclairage tout aussi poignant sur la condition humaine en temps de barbarie. Le récit d’Etty Hillesum se distingue par sa profondeur philosophique et spirituelle, mêlant résignation et révolte face à l’oppression.

La série « Etty » s’ouvre sur cette jeune femme éprise d’amour et de liberté, insouciante en apparence, mais progressivement confrontée à la réalité brutale de l’Occupation. Autour d’elle, les signes de la répression se multiplient : couvre-feux imposés, vélos confisqués, convocations à la police ou internements dans des camps. Pourtant, Etty refuse de croire à l’irréversible. Son idéalisme la pousse même à vouloir se rendre dans les camps pour y apporter son soutien aux déportés. Un choix qui scellera son destin.

Une approche moderne pour un récit intemporel

Le réalisateur Hagai Levi a fait le choix audacieux d’une mise en scène contemporaine pour aborder cette histoire tragique. Comme il l’explique, « J’ai toujours l’impression, quand on voit un film historique sur cette période, qu’on se sent éloigné des personnages. On a l’impression que ce sont des personnes du passé, avec leurs coutumes et leurs coiffures, et on ne ressent pas assez ce qu’elles ont traversé. » Pour éviter cet écueil, il a opté pour une esthétique moderne, afin de rendre les émotions et les dilemmes d’Etty Hillesum plus accessibles au public contemporain.

Cette approche se justifie d’autant plus que le journal d’Etty Hillesum lui-même, rédigé entre 1941 et 1943, dégage une modernité frappante. « On a l’impression qu’il parle totalement de notre époque », souligne Levi. Le texte, publié pour la première fois en 1981, soit près de quarante ans après sa rédaction, est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature testimoniale. Pourtant, son contenu a suscité des débats parmi la communauté juive, en raison de ses références aux enseignements chrétiens et de l’absence d’une identité juive affirmée chez son auteur.

Un portrait de femme entre idéalisme et résilience

Au cœur de la série se trouve le personnage d’Etty Hillesum, interprété avec une intensité remarquable par Julia Windischbauer. Franceinfo - Culture souligne la performance de l’actrice, qui incarne avec justesse la complexité de cette jeune femme : tour à tour amoureuse, spirituelle, tourmentée et résiliente. Son parcours, à la fois intime et universel, interroge sur la capacité de l’individu à préserver son humanité dans l’adversité.

La série ne se contente pas de retracer les événements historiques. Elle explore aussi les contradictions d’Etty Hillesum, dont le journal révèle une quête de sens profonde. Contrairement à Anne Franck, qui exprime une identité juive assumée, Etty Hillesum, bien que juive, s’interroge sur sa place dans le monde et sur la religion. « Le journal d’Etty est plus complexe, commente Hagai Levi. Il n’a pas été facilement accepté par tout le monde, il est plus controversé. » Cette dimension spirituelle, mêlant judaïsme, christianisme et philosophie, ajoute une couche supplémentaire de réflexion à l’œuvre.

Une série apolitique, mais qui interroge notre présent

Bien que « Etty » ne soit pas une œuvre militante, son réalisateur reconnaît que la série soulève des questions troublantes sur la proximité entre le passé et le présent. « Je ne me suis pas lancé dans une série politique, qui dirait que cela peut se reproduire. Pourtant – et c’est une conséquence indirecte de la série –, quand on la regarde, on conçoit que cette histoire nous semble beaucoup plus proche. » D’après Franceinfo - Culture, cette observation reflète l’intention de Levi : montrer que les mécanismes de l’oppression et de la résistance ne sont pas figés dans le temps, mais peuvent resurgir sous des formes renouvelées.

La série évite délibérément la violence explicite à l’écran. À la place, elle mise sur des détails symboliques – comme les vélos confisqués ou les convocations administratives – pour évoquer l’atmosphère étouffante de l’Occupation. Cette discrétion renforce l’impact émotionnel du récit, en mettant l’accent sur l’intériorité des personnages plutôt que sur les scènes de souffrance.

Et maintenant ?

La diffusion de « Etty » sur ARTE intervient à un moment où les questions mémorielles et historiques occupent une place centrale dans le débat public. Si la série ne prétend pas apporter de réponses définitives, elle pourrait contribuer à raviver l’intérêt pour le journal d’Etty Hillesum, dont l’œuvre reste moins médiatisée que celle d’Anne Franck. Les prochaines semaines pourraient également voir émerger des discussions autour de la représentation de la Shoah dans la fiction, un sujet toujours sensible. Pour les spectateurs, l’enjeu sera de tirer les leçons de ce passé sans tomber dans le piège de l’anachronisme ou de la simplification.

Avec six épisodes au total, « Etty » s’impose comme une œuvre à la fois respectueuse de l’Histoire et résolument tournée vers le présent. En choisissant une esthétique moderne pour raconter une histoire ancienne, Hagai Levi propose une réflexion sur la mémoire et son rôle dans nos sociétés contemporaines. Une initiative qui, selon Franceinfo - Culture, mérite d’être saluée pour son audace et sa pertinence.

Plusieurs facteurs expliquent cette différence de notoriété. D’abord, le journal d’Anne Franck a été publié dès 1947, tandis que celui d’Etty Hillesum n’est paru qu’en 1981. Ensuite, le contenu du journal d’Etty, plus spirituel et moins ancré dans une identité juive affirmée, a suscité des débats au sein de la communauté juive. Enfin, son style introspectif et philosophique peut apparaître moins accessible au grand public que le récit plus narratif d’Anne Franck.