La rentrée universitaire de Sciences Po Paris a débuté ce mercredi 2 septembre 2026 sur le campus parisien, marquée par une leçon inaugurale donnée par la sociologue et essayiste Eva Illouz. Invitée à s’exprimer devant les étudiants de première année, cette figure intellectuelle a choisi d’aborder la question du rôle des intellectuels dans la vie publique, en particulier leur rapport à la vérité. Selon Libération, qui rapporte l’événement, Eva Illouz a insisté sur l’importance de l’humilité et du courage comme conditions essentielles à une pensée libre et critique.

Ce qu'il faut retenir

  • Eva Illouz a prononcé la leçon inaugurale de la rentrée 2026 à Sciences Po Paris ce 2 septembre 2026.
  • Elle a abordé le rôle des intellectuels dans la sphère publique et leur rapport à la vérité.
  • La sociologue a mis en avant l’humilité et le courage comme fondements d’une pensée libre.

Une leçon inaugurale centrée sur la responsabilité intellectuelle

Assise dans l’amphithéâtre Boutmy, Eva Illouz a livré une réflexion sur la place de l’intellectuel dans une société en crise. Comme le rapporte Libération, elle a souligné que la quête de vérité ne peut se passer de deux vertus cardinales : l’humilité, pour reconnaître les limites de son propre savoir, et le courage, pour affronter les idées reçues et les pressions idéologiques. « Seul l’humilité permet de questionner ses propres certitudes, tandis que le courage donne la force de résister aux dogmes », a-t-elle déclaré devant un public composé principalement de jeunes étudiants. Elle a rappelé que cette double exigence est d’autant plus cruciale dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés et où la désinformation se propage rapidement.

La chercheuse, connue pour ses travaux sur les émotions et les mutations sociales, a également pointé du doigt les risques d’une instrumentalisation de la science et de la pensée par les pouvoirs politiques ou médiatiques. « Quand la vérité devient un enjeu de pouvoir, l’intellectuel doit choisir son camp : celui de la lucidité ou celui de la soumission », a-t-elle affirmé. Son discours a résonné comme un plaidoyer pour une université indépendante, où la liberté académique reste un pilier intangible.

Un appel à la résistance intellectuelle dans un monde en tension

Eva Illouz a rappelé que la mission de l’intellectuel n’est pas de se plier aux attentes du moment, mais de chercher, coûte que coûte, à éclairer les zones d’ombre de notre époque. D’après Libération, elle a cité des exemples historiques où des penseurs ont payé le prix de leur indépendance, comme Hannah Arendt ou Raymond Aron, pour illustrer l’idée que la vérité exige parfois des sacrifices. « Penser librement, ce n’est pas une sinécure, c’est un acte de résistance », a-t-elle précisé. Son intervention s’inscrit dans une période où les universités françaises sont régulièrement pointées du doigt pour leur supposée « dérive idéologique » ou leur manque de neutralité.

La sociologue a aussi évoqué les défis spécifiques rencontrés par les jeunes générations, souvent tiraillées entre les réseaux sociaux, les algorithmes et une information de plus en plus fragmentée. « Vous avez entre vos mains des outils puissants, mais aussi des pièges redoutables, a-t-elle lancé aux étudiants. À vous de cultiver votre esprit critique, car c’est le seul rempart contre la manipulation. » Son message, à la fois pédagogique et engagé, a semblé trouver un écho particulier dans un amphithéâtre où se côtoient des profils aux sensibilités politiques et sociales variées.

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait consister en une publication des actes de cette leçon inaugurale, voire en un débat public organisé par Sciences Po ou d’autres institutions universitaires. Reste à voir si les propos d’Eva Illouz inspireront des initiatives concrètes, comme des cycles de conférences sur l’éthique intellectuelle ou des ateliers dédiés à l’esprit critique. La rentrée 2026 pourrait ainsi marquer le début d’une réflexion collective sur le rôle de l’université dans une démocratie.

Dans les couloirs de Sciences Po, les réactions des étudiants étaient partagées entre admiration pour la clarté du discours et interrogations sur sa mise en pratique. Certains ont salué un « rappel nécessaire à l’heure des fake news et des polarisations », tandis que d’autres ont exprimé des réserves sur l’applicabilité de ces principes dans un environnement académique parfois soumis à des pressions extérieures. Ce qui est certain, c’est que l’intervention d’Eva Illouz a relancé un débat plus large sur les missions de l’enseignement supérieur à l’ère des réseaux sociaux.

Eva Illouz, professeure à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et à l’université hébraïque de Jérusalem, est notamment connue pour ses recherches sur les émotions dans la sphère publique, comme en témoignent ses ouvrages « Pourquoi l’amour fait mal » (2012) ou « La Fin de l’amour » (2021). Ses travaux explorent la manière dont les sentiments façonnent les rapports sociaux et politiques, une approche qu’elle a pu mobiliser pour analyser les défis contemporains de la vérité et de la liberté de pensée.