Ce lundi 3 août, lors de l’émission Good Morning Market diffusée sur BFM Business, Jacques Lemoisson, fondateur de GATE Capital Management, a souligné deux mouvements majeurs impliquant la Chine : une intervention historique sur la devise japonaise et un accélérateur d’industrialisation de l’intelligence artificielle piloté par Pékin. Autant dire que les acteurs des marchés financiers ont été mis en alerte.

Ce qu'il faut retenir

  • Intervention historique de la Chine sur le yen japonais, selon l’analyste Jacques Lemoisson, fondateur de GATE Capital Management
  • Pékin accélère l’industrialisation de l’IA, un secteur stratégique pour son économie
  • L’entreprise chinoise Shanghai Yuliangsheng produit désormais en série des machines de lithographie, menaçant directement ASML, leader néerlandais du secteur
  • La division « Mode et Maroquinerie » de LVMH renoue avec la croissance
  • Safran revoit ses objectifs annuels à la hausse après des résultats semestriels très positifs
  • SAP enregistre une hausse de 18 % en Bourse, portés par ses performances technologiques

Autour d’Étienne Bracq, plusieurs experts se sont succédé pour décrypter ces évolutions. Florian Ielpo, responsable de la macroéconomie chez Lombard Odier IM, et Alexandre Baradez, chef analyste chez IG, ont analysé l’impact de ces annonces sur les stratégies d’investissement. « La Chine prend une longueur d’avance sur plusieurs segments technologiques, et cela se ressent sur les marchés », a précisé Lemoisson.

Une pression inédite sur le yen japonais

L’intervention chinoise sur le yen japonais marque un tournant dans les relations monétaires asiatiques. Selon Jacques Lemoisson, Pékin a agi de manière « coordonnée et massive » pour influencer la valeur de sa monnaie face au yen, dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec Tokyo. « Cela reflète une volonté de Pékin de stabiliser ses exportations tout en protégeant ses réserves en devises », a-t-il expliqué. La Banque populaire de Chine n’a pas encore commenté officiellement cette intervention, mais les analystes s’attendent à une réaction des autorités japonaises dans les prochains jours.

Sur le marché des changes, le yen a réagi immédiatement en s’affaiblissant face au dollar, tandis que les indices boursiers asiatiques ont enregistré des gains modérés. Les investisseurs restent prudents, craignant une escalade des tensions monétaires dans la région.

L’industrialisation de l’IA : Pékin mise sur la production locale

Autre annonce majeure : la Chine accélère son industrialisation de l’intelligence artificielle. Shanghai Yuliangsheng, une entreprise technologique chinoise, a annoncé le 28 juillet la production en série de ses premières machines de lithographie, une technologie clé pour la fabrication de semi-conducteurs. Cette avancée menace directement ASML, leader néerlandais du secteur, qui domine actuellement 80 % du marché mondial.

« Avec cette production industrielle, la Chine réduit sa dépendance aux importations et pourrait, à terme, devenir un acteur incontournable dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs », a souligné Laurent Chaudeurge, membre du comité d’investissement chez BDL Capital Management, lors de l’émission. Les analystes estiment que cette percée pourrait redessiner la géopolitique des technologies à horizon 2027.

LVMH et Safran : deux géants français dans la tourmente et la croissance

Côté entreprises françaises, deux secteurs se distinguent : le luxe et l’aéronautique. La division « Mode et Maroquinerie » de LVMH a renoué avec la croissance, confirmant le rebond du groupe après une période de ralentissement. « Les ventes ont été portées par une demande asiatique résiliente et une reprise des voyages internationaux », a analysé Laurent Chaudeurge.

De son côté, Safran a revu à la hausse ses objectifs annuels après des résultats semestriels très positifs. « La demande en moteurs d’avion et en équipements spatiaux reste soutenue, notamment grâce à la reprise du trafic aérien », a précisé Louis de Fels, directeur général chez Gay-Lussac Gestion. Le groupe table désormais sur une croissance annuelle de 10 % sur ses activités aéronautiques.

SAP et la tech européenne en embuscade

Dans le secteur technologique, SAP a marqué les esprits en enregistrant une hausse de 18 % en Bourse depuis le début de l’année. Cette performance s’explique par la demande croissante des entreprises pour des solutions logicielles intégrant l’IA. Louis O’Connor, gérant de fonds chez Uzès Gestion, a souligné que « SAP a su se repositionner sur les enjeux de la transformation numérique, un créneau porteur en Europe ».

Cette dynamique contraste avec les difficultés persistantes de certains acteurs du Vieux Continent, comme la Compagnie des Alpes, dont la rentabilité a été révisée à la baisse en raison d’un ralentissement du tourisme après la pandémie.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Les marchés surveilleront de près la réaction des autorités japonaises à l’intervention chinoise, tandis que la production de machines de lithographie par Shanghai Yuliangsheng pourrait, d’ici la fin de l’année, se concrétiser par des commandes massives. Côté entreprises, les publications de résultats du troisième trimestre – notamment celles de LVMH, Safran et SAP – donneront un nouvel éclairage sur la résilience de l’économie française et européenne face aux tensions géopolitiques.

Reste à voir si la Chine parviendra à imposer ses nouvelles technologies sans déclencher de représailles commerciales majeures de la part des États-Unis ou de l’Union européenne.

En conclusion, la tech chinoise s’impose comme un acteur incontournable, bousculant les équilibres traditionnels. Entre industrialisation accélérée, pressions monétaires et performances contrastées des entreprises, les investisseurs devront naviguer avec prudence dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Selon Jacques Lemoisson, fondateur de GATE Capital Management, cette intervention vise à stabiliser la valeur du yen face au dollar et à protéger les exportations chinoises. Pékin cherche à éviter une appréciation trop forte de sa monnaie, qui pénaliserait ses ventes à l’étranger.