L’agence américaine S&P Global Ratings a décidé ce vendredi 29 mai 2026 de maintenir la note de la dette souveraine française à A+, avec une perspective « stable ». Une décision qui intervient après la dégradation d’un cran intervenue en octobre 2025, lorsque l’agence avait abaissé la note de A à A+. Selon BFM Business, cette annonce était largement anticipée par les économistes, malgré un déficit public français toujours supérieur à la moyenne des autres pays européens notés A+.

Ce qu'il faut retenir

  • L’agence S&P conserve la note de la France à A+, avec perspective stable, après une dégradation en octobre 2025 (de A à A+).
  • Le déficit public français s’élève à 5,1 % du PIB en 2025, un niveau « très supérieur » à celui des autres pays européens notés A+, à l’exception de la Slovaquie.
  • Les prévisions de déficit pour 2026 ont été revues à la baisse : la Commission européenne et le FMI l’estiment désormais à 5,1 % et 4,9 % du PIB, respectivement, contre 5,3 % anticipé par S&P en octobre.
  • La croissance française pour 2026 est révisée à la baisse, avec des prévisions de 0,8 % (Commission européenne) et 0,9 % (FMI), après un recul de 0,1 % du PIB au premier trimestre.
  • Le gouvernement français a annoncé un plan d’économies de 6 milliards d’euros pour 2026, dont 4 milliards portés par l’État et 2 milliards par la Sécurité sociale.

Une décision attendue malgré des indicateurs économiques sous tension

L’agence S&P a justifié sa décision par une amélioration des perspectives budgétaires françaises par rapport à ses anticipations d’octobre 2025. À l’époque, elle craignait une aggravation du déficit à 5,3 % du PIB en 2026, ainsi qu’un ralentissement marqué de la croissance. Or, les dernières estimations de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI) suggèrent que le déficit se limitera à 5,1 %, voire s’améliorera à 4,9 % dans le scénario le plus optimiste. Côté croissance, après un premier trimestre en contraction (-0,1 %), les institutions internationales tablent sur une progression du PIB de 0,8 % à 0,9 % sur l’année, un rythme légèrement inférieur aux prévisions initiales mais « commun à tous les pays » affectés par les tensions géopolitiques, notamment le blocage du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz.

Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, une dégradation de la note française était « très peu plausible » dans ce contexte. « S&P avait indiqué en octobre qu’elle pourrait revoir sa décision à la baisse si la situation budgétaire se détériorait au-delà de ses prévisions ou si la croissance économique se dégradait sensiblement », rappelle-t-il. Or, ces deux scénarios ne se sont pas concrétisés, ce qui a conduit l’agence à opter pour le statu quo.

Une gestion budgétaire saluée par les économistes

Les experts soulignent également la rigueur affichée par le gouvernement dans sa gestion des finances publiques. Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l’institut Rexecode, estime que la France « est plus vertueuse que la moyenne » en matière d’aides face à la hausse des prix de l’énergie. « Dans le choc géopolitique actuel, c’est rarement une bonne idée d’amplifier un problème alors qu’on est déjà en période de tension », explique-t-il à BFM Business. Il ajoute : « Les grandes agences avaient dégradé la note française fin 2025 quand on était sorti du choc énergétique lié à la guerre en Ukraine. Maintenant, elles semblent privilégier la stabilité. »

Le gouvernement français, dirigé par Gabriel Attal puis François Bayrou (remplacé en janvier 2026 par David Amiel au ministère des Comptes publics), a présenté un plan d’économies de 6 milliards d’euros pour 2026. Ce dispositif vise à absorber, au moins partiellement, le surcoût du conflit au Moyen-Orient. La répartition des efforts est la suivante : 4 milliards seront portés par l’État, via la suppression de crédits gelés à hauteur de 3,2 milliards et l’annulation de 847 millions de dépenses. La Sécurité sociale contribuera à hauteur de 2 milliards. Parmi les mesures phares, on note le gel des allègements de charges patronales sur les bas salaires, malgré l’augmentation automatique du Smig de 2,4 % au 1er juin 2026, rendue obligatoire par une inflation annuelle supérieure à 2 %.

« Les caisses sont vides, et la France est quasiment le pays qui accorde le moins d’aides en Europe face à la hausse des prix du carburant. Ce serait un peu le monde à l’envers de sanctionner la France au moment où elle est plus vertueuse que la moyenne. »
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode

Un contexte économique marqué par les tensions géopolitiques

La décision de S&P intervient dans un environnement économique mondial toujours perturbé par les conséquences de la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, voie majeure pour les exportations de pétrole, reste un point de friction majeur, avec des répercussions sur les prix de l’énergie et, in fine, sur les finances publiques des États européens. Malgré ces défis, les institutions internationales estiment que la France parvient à limiter la casse, grâce à une gestion budgétaire prudente et à une croissance résiliente, bien qu’en léger ralentissement.

Les économistes interrogés par BFM Business s’accordent à dire que la note A+ reflète désormais un équilibre fragile : « La France reste dans une zone de confort relative, mais la marge de manœuvre est étroite », souligne Éric Dor. « Si les tensions géopolitiques s’aggravent ou si la croissance venait à décevoir davantage, les agences pourraient revenir sur leur position. »

Et maintenant ?

La prochaine échéance majeure pour la notation française interviendra d’ici la fin de l’année, lorsque S&P et les autres agences publieront leurs revues semestrielles. Les économistes surveilleront de près l’évolution du déficit public, qui reste le point noir de la France par rapport à ses voisins européens. Les prochaines prévisions de la Commission européenne, attendues en automne, pourraient donner une indication plus précise sur la trajectoire budgétaire du pays. Pour l’instant, le gouvernement mise sur la maîtrise des dépenses et une croissance modérée pour éviter une nouvelle dégradation.

Dans ce contexte, la France devra également composer avec les incertitudes liées à l’inflation, qui reste au-dessus de l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE), et aux tensions sur les marchés énergétiques. Les mesures d’économies annoncées pour 2026, bien que significatives, ne suffiront probablement pas à résorber totalement le déséquilibre structurel des finances publiques.

L’agence S&P a jugé que les prévisions de déficit pour 2026 s’étaient améliorées par rapport à ses anticipations d’octobre 2025, passant de 5,3 % à 5,1 % (Commission européenne) ou 4,9 % (FMI). De plus, la croissance, bien que faible, reste positive, et la gestion budgétaire du gouvernement est perçue comme rigoureuse par les économistes.

Les prochaines révisions de la note française par S&P et les autres agences (Moody’s, Fitch) sont attendues d’ici la fin 2026. Elles dépendront de l’évolution du déficit public, de la croissance et des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient.