Les députés examinent à partir d’aujourd’hui, lundi 22 juin 2026, pour la troisième fois la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir. Selon Franceinfo - Politique, cette nouvelle lecture, prévue sur une semaine, pourrait être décisive avant un ultime vote solennel le 30 juin, puis une adoption définitive le 15 juillet au Parlement. Portée par l’exécutif, cette réforme vise à légaliser l’aide active à mourir pour les patients atteints de maladies graves et incurables, sous conditions strictes.
Ce qu'il faut retenir
- Une troisième lecture du texte commence aujourd’hui à l’Assemblée nationale, après deux votes favorables en mars 2025 et février 2026.
- L’écart entre les voix favorables et opposées s’est réduit, passant de 61 % en première lecture à 57 % en février.
- Parmi les indécis, certains élus ont basculé vers le rejet ou l’abstention, reflétant une fracture au sein de la représentation nationale.
- Le vote final est prévu pour le 30 juin, avant une possible adoption définitive le 15 juillet au Parlement.
Un texte en débat depuis plus de trois ans
La proposition de loi sur l’aide à mourir fait l’objet de discussions depuis le printemps 2023, avec trois lectures successives à l’Assemblée nationale et un passage au Sénat prévu début juillet. L’objectif affiché par le gouvernement est clair : permettre l’entrée en vigueur de cette réforme avant la fin du quinquennat, soit d’ici mi-2027. Cependant, le texte reste sensible et divise profondément les parlementaires, malgré son adoption en deuxième lecture par 299 voix pour et 226 contre.
Selon Franceinfo - Politique, l’écart entre les deux camps s’est resserré au fil des débats, passant de 106 voix en première lecture à seulement 73 voix en février. Cette tendance interroge : les députés indécis pourraient-ils faire basculer le vote lors de cette troisième lecture ? Certains observateurs estiment qu’un rejet reste peu probable, mais l’incertitude persiste.
Des députés tiraillés entre convictions et doutes
Parmi les élus ayant changé de position, le député Renaissance Daniel Labaronne illustre les hésitations croissantes. En première lecture, il s’était abstenu, invoquant des réserves personnelles malgré le soutien de son parti. En février, il a basculé vers le vote contre, après avoir été « horrifié » par des amendements visant à élargir l’accès à l’aide à mourir, notamment pour les mineurs. « Ces amendements n’ont pas été adoptés. Mais je suis désormais convaincu qu’une adoption de ce dispositif ouvrira la porte à des extensions futures », a-t-il expliqué à Franceinfo - Politique.
D’autres parlementaires, comme Anne-Cécile Violland (Horizons), ont vécu cette bascule comme un « dilemme douloureux ». Ancienne psychologue en soins palliatifs, elle partait initialement d’une position favorable, estimant que le texte répondait à des situations extrêmes de souffrance non soulagée. Pourtant, elle a fini par rejeter le texte en deuxième lecture, craignant un manque de garanties pour les personnes vulnérables. « Je pense à tous ces patients qui réclament de pouvoir choisir leur fin de vie, mais aussi à tous ceux qui ont besoin d’être protégés », a-t-elle déclaré.
Les craintes des opposants et les arguments des partisans
Les détracteurs du texte, regroupés autour de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs et de la Conférence des évêques de France, pointent une « fracture importante » au sein de la représentation nationale. Selon eux, le faible écart de voix ayant permis l’adoption du texte en deuxième lecture témoigne d’un clivage persistant. Leurs principales inquiétudes portent sur l’insuffisance des contrôles du discernement des demandeurs et sur la procédure jugée trop expéditive, avec un délai de réflexion de seulement deux jours après acceptation du dossier.
À l’inverse, certains élus, comme François Jolivet (Horizons), ont fini par se rallier au texte après avoir été sensibilisés par leurs électeurs. « Une dame assez âgée m’a dit : *Être libre de choisir, c’est bien. Donnez-nous ce droit, même si on ne l’utilise pas*. J’étais déjà sensible à cette notion de liberté de choix », a-t-il confié à Franceinfo - Politique. Pour lui, l’aide à mourir peut aussi devenir « une aide à vivre » : « Savoir qu’un refuge existe au bout du chemin peut aider à mieux avancer. »
Le rôle clé des abstentionnistes et des indécis
Le sort du texte pourrait bien se jouer entre les mains des abstentionnistes et des députés encore indécis, comme Laurent Mazaury (UDI). Favorable au texte en première lecture après avoir perdu son père dans de longues souffrances pendant la crise du Covid-19, il a depuis évolué. « Je suis toujours en train de cheminer, avec des virages et des revirements », a-t-il expliqué. Ses réserves portent sur le risque d’abus et de détournements, malgré la reconnaissance de la souffrance de certains patients.
Selon les observateurs, ces élus hésitants pourraient se déterminer en fonction des amendements qui seront proposés lors de la troisième lecture. Certains pourraient basculer en faveur du texte s’ils estiment que les garanties sont suffisantes, tandis que d’autres pourraient rejoindre les rangs des opposants si des élargissements du dispositif sont introduits.
Quoi qu’il en soit, cette réforme, si elle aboutit, marquera une étape majeure dans le paysage sociétal français, près de deux décennies après les premiers débats sur la fin de vie.
Le projet de loi limite l’accès à l’aide à mourir aux patients atteints de maladies graves et incurables, en souffrance réfractaire aux traitements, et dont le pronostic vital est engagé à court ou moyen terme. Les mineurs ne sont pas inclus dans le dispositif actuel.