Depuis le début du mois de mai 2026, l’Allemagne subit une série d’attaques et de pressions d’origine russe, s’inscrivant dans ce que les experts qualifient désormais de guerre hybride. Selon Le Figaro, Moscou multiplie les moyens pour déstabiliser Berlin, profitant de sa dépendance énergétique et de son poids économique en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Le pipeline Droujba, approvisionnant l’est de l’Allemagne en pétrole kazakh, a été coupé par la Russie le 1er mai 2026, officiellement pour des « raisons techniques ».
  • La raffinerie de Schwedt (Brandebourg), qui dépend à 90 % de ce pétrole, risque une pénurie dès le mois prochain, menaçant l’approvisionnement des stations-service et du kérosène de Berlin.
  • Les services de renseignement européens alertent sur l’usage croissant d’« agents jetables » par Moscou pour des opérations d’espionnage et de sabotage.
  • Cette stratégie s’ajoute aux cyberattaques et à l’influence politique, ciblant particulièrement le parti AfD, proche de Moscou.

Le pétrole, nouvelle arme de pression russe

Le 1er mai 2026, la Russie a interrompu l’approvisionnement en pétrole du Kazakhstan transitant par son territoire via le pipeline Droujba. Officiellement, Moscou invoque des « raisons techniques », une justification déjà utilisée avant l’invasion de l’Ukraine en 2022 pour réduire les livraisons de gaz via Nord Stream. À Schwedt, en Brandebourg, les réservoirs sont encore remplis, mais le remplacement de ce pétrole lourd, riche en soufre et idéal pour le diesel et le kérosène, s’avère complexe.

« Lourd, acide et fortement chargé en soufre, il est idéal pour la production de diesel et de kérosène », a expliqué le directeur de la raffinerie. Les conséquences pourraient être immédiates : 90 % des stations-service de l’est du pays et 80 % du kérosène de l’aéroport de Berlin dépendent de cette production. Vladimir Poutine, ancien espion du KGB stationné à Dresde, n’ignore rien de ces vulnérabilités.

Espionnage et sabotage : l’ombre de Moscou sur l’Allemagne

Cette coupure énergétique s’inscrit dans un contexte plus large de pression hybride. Selon Le Figaro, les services de renseignement d’un pays de l’Union européenne révèlent que la Russie renforcerait ses services de sécurité face à des menaces de coup d’État, avec une attention particulière portée à d’anciens ministres. Parallèlement, Berlin accuse Moscou de recruter des « agents jetables » — des individus peu exposés, chargés de missions d’espionnage ou de sabotage.

Ces méthodes rappellent les opérations d’influence menées ces dernières années, notamment à travers des cyberattaques ciblant les infrastructures critiques, ou des campagnes de désinformation visant à saper la cohésion européenne. L’Allemagne, en raison de son histoire et de sa position centrale, reste une cible privilégiée.

L’AfD dans le viseur du Kremlin

Le parti Alternative für Deutschland (AfD), connu pour ses positions pro-russes, fait l’objet d’une attention particulière de la part des services russes. D’après les services de renseignement cités par Le Figaro, Moscou chercherait à instrumentaliser certains de ses membres pour diffuser sa propagande ou influencer la politique allemande. Une stratégie qui se heurte, depuis peu, à un revirement au sein même du parti, l’AfD prenant désormais ses distances avec Donald Trump et, par extension, avec une partie de l’alliance pro-russe traditionnelle.

« L’Allemagne paie aujourd’hui le prix de sa dépendance énergétique et de sa position géopolitique. Moscou utilise tous les leviers à sa disposition, du pétrole aux cyberattaques, en passant par l’influence politique. »

Un analyste en sécurité européen, cité par Le Figaro

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour Berlin. Les autorités allemandes tentent de sécuriser des alternatives d’approvisionnement, notamment via le port de Rostock ou l’oléoduc polonais de Gdansk. Pour autant, la transition prendra du temps, et une pénurie de carburant dans l’est du pays n’est pas exclue dès le mois de juin. Côté renseignement, une intensification des opérations de contre-espionnage est attendue, tandis que l’UE pourrait durcir ses sanctions contre les réseaux russes d’influence.

Une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE est prévue le 15 mai 2026 pour coordonner une réponse collective. Autant dire que la pression sur l’Allemagne ne devrait pas faiblir dans les semaines à venir.

Face à cette escalade, Berlin a rappelé son ambassadeur à Moscou pour consultations, une décision symbolique qui illustre l’ampleur de la crise. Pour l’heure, aucune riposte militaire n’est envisagée, mais l’Allemagne, pilier de l’OTAN, pourrait solliciter un soutien accru de ses partenaires européens et américains.

L’Allemagne est la première économie européenne, ce qui en fait une cible stratégique pour Moscou. Son histoire récente — avec une forte dépendance au gaz russe avant 2022 — et sa position centrale en Europe en font un maillon clé. Les services russes exploitent ces faiblesses pour affaiblir l’UE et tester sa résilience.

Berlin explore plusieurs pistes : l’importation via le port de Rostock (Baltique) ou l’oléoduc polonais de Gdansk. Cependant, ces solutions restent limitées en volume et coûteuses. La raffinerie de Schwedt pourrait aussi réduire sa production, mais cela impacterait directement l’approvisionnement en carburant de l’est du pays.