Une amende de 890 millions d'euros infligée à Google par l'Union européenne la semaine dernière devient un levier juridique pour de nombreuses entreprises européennes qui réclament des dommages et intérêts. Selon Euronews FR, cette sanction, première prononcée au titre du Digital Markets Act (DMA), renforce les actions privées intentées contre le géant américain dans plusieurs pays du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • L'amende de 890 millions d'euros sanctionne Google pour deux types de pratiques : l'autopréférence dans ses résultats de recherche et les restrictions imposées aux développeurs d'applications sur Google Play.
  • En Allemagne, Idealo a obtenu 465 millions d'euros en novembre 2025, tandis que Producto GmbH a reçu 107 millions d'euros pour le même préjudice.
  • En Italie, Moltiply réclame 2,97 milliards d'euros via sa filiale 7Pixel pour son comparateur Trovaprezzi.it.
  • En Suède, PriceRunner, propriété de Klarna, a obtenu 1,7 milliard d'euros en juillet 2026.
  • Bruxelles accuse Google de favoriser ses propres services (achats en ligne, hôtellerie, transport, résultats sportifs) au détriment des concurrents dans ses pages de recherche.
  • La nouvelle sanction pourrait permettre aux entreprises de réclamer des dommages pour des préjudices plus récents, en plus des périodes déjà couvertes par les anciennes affaires.

Une amende historique au titre du Digital Markets Act

L'Union européenne a infligé à Google une amende de 890 millions d'euros, la première appliquée dans le cadre du règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA). Cette sanction s'articule autour de deux griefs majeurs. D'une part, Bruxelles estime que Google continue de favoriser ses propres services — achats en ligne, hôtellerie, transport et résultats sportifs — au détriment des offres concurrentes dans ses résultats de recherche. Cette pratique, qualifiée d'autopréférence, fausse la concurrence et réduit la diversité des résultats proposés aux internautes.

D'autre part, la Commission européenne reproche à Google d'avoir limité la possibilité pour les développeurs d'applications de rediriger les utilisateurs de Google Play vers des options de paiement moins coûteuses en dehors de l'application. Une décision qui, selon Bruxelles, renforce encore davantage la position dominante de l'entreprise.

Des réactions contrastées entre Bruxelles et Google

Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission pour une transition propre, juste et compétitive, a souligné que « les produits doivent s'imposer par leurs qualités, et non en fonction de celui qui contrôle le moteur de recherche ». Une déclaration qui résume la position de l'UE : la concurrence doit reposer sur le mérite, et non sur des pratiques abusives.

De son côté, Google conteste ces accusations. Kent Walker, président des affaires mondiales du groupe, a affirmé que l'entreprise est contrainte de « supprimer » des fonctionnalités appréciées des utilisateurs, comme l'affichage en temps réel des prix et des disponibilités d'hôtels et de vols. Il estime que cette décision aboutit à une « dégradation des produits » plutôt qu'à une concurrence loyale.

Les actions en dommages et intérêts se multiplient en Europe

Cette amende européenne agit comme un catalyseur pour les entreprises qui, depuis plusieurs années, intentent des actions en justice pour obtenir réparation. La majorité de ces dossiers s'appuient sur la décision Google Shopping rendue en 2017 par la Commission européenne, qui avait déjà jugé Google coupable d'autopréférence sur le fondement de l'article 102 du TFUE (abus de position dominante).

En Allemagne, le tribunal de Berlin a accordé 465 millions d'euros à Idealo en novembre 2025. Bien que ce montant soit très inférieur aux 3,3 milliards d'euros réclamés par l'entreprise — détenue par Axel Springer —, Idealo a annoncé qu'elle maintenait sa demande. Son cofondateur, Albrecht von Sonntag, a déclaré : « Les abus de marché doivent avoir des conséquences et ne doivent pas se transformer en modèle économique lucratif. »

Dans la même affaire, une décision parallèle a octroyé environ 107 millions d'euros à Producto GmbH, exploitant du site Testberichte.de, contre une demande initiale de 290 millions.

En Italie, la filiale 7Pixel du groupe Moltiply a déposé en mai 2025 une action en dommages et intérêts de 2,97 milliards d'euros pour le préjudice subi par son comparateur Trovaprezzi.it. Dans une communication réglementée, Moltiply a précisé que ce montant reflétait « les effets structurels de l'abus et les intérêts », selon les calculs d'experts indépendants.

En Suède, le comparateur PriceRunner, propriété de Klarna, a obtenu en juillet 2026 une indemnisation d'environ 1,7 milliard d'euros devant un tribunal de Stockholm.

Pourquoi cette amende change la donne

La quasi-totalité des actions en cours précède cette nouvelle amende. Il s'agit d'actions dites « de suivi », qui s'appuient sur la décision Google Shopping de 2017. Comme l'infraction avait déjà été établie par Bruxelles, les plaignants n'ont pas eu à la démontrer devant les juridictions nationales. Ils se sont concentrés sur le chiffrage du préjudice subi.

La nouveauté réside dans le fait que cette amende cible des comportements plus récents : la poursuite de l'autopréférence dans les résultats de recherche et les restrictions anti-redirection sur Google Play. Elle ne rouvre pas les anciens dossiers, mais elle fragilise un argument de défense utilisé par Google lors des procès. Le groupe avait en effet souvent plaidé que les modifications apportées en 2017 avaient corrigé le problème et que tout préjudice n'avait été que temporaire.

Or, le constat que les mêmes pratiques ont persisté plusieurs années plus tard rend cet argument difficile à défendre. Par ailleurs, cette amende pourrait élargir le champ des demandes. En documentant des manquements plus récents, elle offre aux entreprises la possibilité de réclamer des dommages pour ces années supplémentaires, en plus de la période antérieure à 2017 déjà couverte par les anciennes affaires. Une dynamique qui devrait conduire à la fois à des réclamations plus élevées et à de nouveaux recours.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient voir une intensification des actions en justice contre Google, notamment dans les pays où les comparateurs de prix et les plateformes concurrentes sont fortement implantés. Les décisions attendues dans ces affaires pourraient non seulement alourdir la facture pour le géant américain, mais aussi inciter d'autres entreprises à engager des procédures similaires. Reste à voir si cette dynamique conduira à une modification des pratiques de Google ou si elle se traduira simplement par une multiplication des condamnations financières.

Pour l'heure, Google maintient sa contestation, tandis que la Commission européenne considère que cette amende marque une étape importante dans la régulation des géants du numérique. La question reste entière : ces sanctions suffiront-elles à rétablir une concurrence équitable sur le marché européen ?

Le Digital Markets Act (DMA), ou règlement sur les marchés numériques, est une loi européenne entrée en vigueur en 2023. Elle vise à réguler les pratiques des grandes plateformes numériques considérées comme « contrôleurs d'accès » (gatekeepers), comme Google, Apple, Meta ou Amazon. Son objectif est de garantir une concurrence équitable en limitant les abus de position dominante et en imposant des obligations de transparence et d'interopérabilité.

Google a déjà annoncé qu'il ferait appel de cette décision. L'entreprise dispose de deux mois pour déposer un recours devant la Cour de justice de l'Union européenne. En attendant, elle devra s'acquitter de l'amende, tout en continuant à adapter ses pratiques pour se conformer au DMA. Par ailleurs, d'autres enquêtes et sanctions pourraient suivre, notamment dans le cadre d'autres procédures ouvertes par la Commission européenne.