Une vague conservatrice et sécuritaire déferle sur l’Amérique latine. Du Honduras au Chili, en passant par l’Équateur, le Paraguay et l’Argentine, une dizaine de pays ont élu ou porté au pouvoir des dirigeants aux positions radicales, souvent inspirés par le modèle salvadorien. Selon Le Monde, cette tendance, qui s’est accélérée depuis le début des années 2010, marque un tournant politique majeur dans une région historiquement marquée par les gouvernements progressistes.
Ce qu'il faut retenir
- Une dizaine de pays en Amérique latine ont basculé vers des gouvernements d’extrême droite ou de droite radicale ces dernières années, selon Le Monde.
- Ces dirigeants s’inspirent largement du président salvadorien Nayib Bukele, dont les méthodes de lutte contre les gangs ont suscité à la fois admiration et controverses.
- Au Salvador, l’éradication des maras (gangs criminels) s’est accompagnée d’atteintes graves à l’État de droit, notamment via des états d’urgence prolongés et des arrestations massives.
- Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mécontentement face à l’insécurité, à la corruption et à l’inflation, trois thèmes récurrents dans les campagnes électorales de ces candidats.
- Parmi les pays concernés figurent l’Argentine (Javier Milei), l’Équateur (Daniel Noboa), le Paraguay (Santiago Peña) et le Chili (José Antonio Kast, battu en 2021 mais dont l’influence persiste).
Bukele, l’icône controversée qui inspire une région
Au cœur de cette tendance se trouve le président salvadorien Nayib Bukele, réélu en février 2024 avec plus de 80 % des voix. Son succès repose sur une politique musclée contre les gangs, les maras, responsables de violences endémiques dans le pays. « Nous avons éliminé les maras, pas seulement dans la rue, mais dans l’esprit des Salvadoriens », a-t-il déclaré lors d’un discours en 2023. Ses méthodes, saluées par une partie de la population pour leur efficacité, ont aussi été critiquées par des organisations de défense des droits humains pour leurs excès : plus de 75 000 arrestations depuis 2022, souvent sans preuve, et des conditions carcérales qualifiées d’inhumaines par l’ONU.
Cette approche a séduit des électeurs lassés par l’insécurité et la corruption, mais elle a aussi alarmé les observateurs internationaux. « Bukele a réussi à inverser la perception de l’insécurité au Salvador, mais au prix d’un recul démocratique sans précédent », a souligné Mariana Carranza, politologue à l’université de San Salvador, citée par Le Monde.
Une droite radicale enracinée dans des contextes nationaux variés
L’adhésion à ce modèle n’est pas uniforme. En Argentine, Javier Milei, élu fin 2023, incarne une droite libérale radicale, prônant des réformes économiques drastiques et une réduction drastique de l’État. Son élection a été portée par un rejet massif de la crise inflationniste, qui a dépassé 200 % en 2023, et par une promesse de « désintoxication » du système politique. En Équateur, Daniel Noboa, au pouvoir depuis novembre 2023, mise sur un discours sécuritaire après une année 2023 marquée par une vague de violence sans précédent, avec plus de 4 500 homicides, un record.
Au Paraguay, Santiago Peña, proche des milieux économiques, a été élu en 2023 sur un programme axé sur la stabilité macroéconomique et la lutte contre le crime organisé. Ces exemples illustrent une diversité de profils, mais une constante : l’exaspération face à l’insécurité et à la gouvernance jugée inefficace.
Des méthodes radicales qui divisent les opinions
La généralisation des états d’urgence et des mesures d’exception s’accompagne d’un débat sur la durabilité de ces politiques. Au Chili, le candidat d’extrême droite José Antonio Kast, bien que battu en 2021, reste une figure influente, défendant une ligne dure sur l’immigration et la sécurité. Ses partisans, comme le député Gonzalo de la Carrera, affirment que « les démocraties doivent parfois choisir entre l’ordre et le chaos ».
Pourtant, les observateurs pointent les risques d’un affaiblissement des contre-pouvoirs. En Salvador, la Cour suprême a été largement remaniée par Bukele, et la presse indépendante fait face à des pressions croissantes. « On assiste à une normalisation des dérives autoritaires, justifiées par l’urgence sécuritaire », a rappelé Human Rights Watch dans un rapport publié en mars 2026.
Cette évolution interroge aussi l’influence des modèles étrangers. Le président argentin Javier Milei a multiplié les rencontres avec Bukele, évoquant une « alliance des réformateurs ». Pour autant, les défis économiques et sociaux pourraient freiner cette convergence, tant les recettes libérales radicales peinent à s’imposer face aux crises structurelles.
Une chose est sûre : l’Amérique latine, longtemps perçue comme un bastion de la gauche, est désormais un laboratoire politique où l’extrême droite redéfinit les contours du pouvoir.
Selon Le Monde, les pays concernés sont l’Argentine (Javier Milei), l’Équateur (Daniel Noboa), le Paraguay (Santiago Peña), le Salvador (Nayib Bukele), ainsi que des figures influentes comme José Antonio Kast au Chili. D’autres pays, comme le Guatemala ou le Honduras, ont également basculé vers des gouvernements conservateurs ces dernières années.