Un reportage en Ukraine qui tourne au fiasco, une arrestation en Moldavie aux motifs flous, et une plongée dans les désillusions d’un grand reporter : c’est sur ce terreau que Nicolas Delesalle a construit « L’art du ricochet », un roman tragi-comique publié aux éditions Lattès. Selon Franceinfo - Culture, cette œuvre mêle avec justesse l’intimité d’une enfance marquée par les déconvenues et l’horreur d’un conflit dont l’auteur a été le témoin privilégié.
Ce qu'il faut retenir
- Nicolas Delesalle, grand reporter pour Paris Match, s’inspire d’un reportage en Ukraine où tout a déraillé, y compris son arrestation en Moldavie.
- Son roman explore « ce que les échecs font de nous et ce qu’on en fait », selon ses propres mots.
- L’ouvrage alterne entre tragédie — celle de la guerre, des civils ukrainiens et des prisonniers russes — et comédie, grâce à une narration autodérusive et poétique.
- L’auteur y dépeint des figures glaçantes, comme des snipers néo-nazis ou des mercenaires russes réduits à l’état de chair à canon.
- La chronique de Franceinfo souligne la « magnifique leçon de résilience » offerte par ce texte, où se mêlent passé et présent, peur et audace.
Un récit nourri par l’expérience du terrain
Nicolas Delesalle n’est pas un romancier comme les autres. Grand reporter de guerre pour Paris Match, il a couvert des conflits dans les zones les plus dangereuses du globe. C’est donc naturellement que son premier roman, « L’art du ricochet », puise dans son vécu. « À l’origine de mon livre, il y a un reportage en Ukraine pendant lequel rien ne se passe comme prévu, jusqu’à la fin, avec une arrestation en Moldavie pour des raisons que j’ignore », explique-t-il. Un récit qui, dès ses prémices, oscille entre l’imprévu et l’inattendu.
Pour l’auteur, ce texte est avant tout une réflexion sur la notion d’échec. « C’est un livre sur les échecs, ce qu’ils font de nous, ce qu’on fait d’eux », précise-t-il. Une quête de sens qui prend la forme d’un « art du ricochet » : chercher des étoiles quand la nuit est noire, transformer chaque revers en opportunité de rebond. Une métaphore qui donne son titre à l’ouvrage.
Entre tragédie et comédie : la double facette d’un conflit
Sur le plateau du 20 heures de France Télévisions, lundi 6 avril 2026, la journaliste Anne-Marie Revol a analysé l’œuvre sous un angle double. D’un côté, la tragédie : celle d’une guerre vue de l’intérieur, avec ses snipers néo-nazis, ses prisonniers russes réduits à l’état de « chair à canon », et ces civils ukrainiens qui tentent, désespérément, de faire entendre raison à leurs homologues russes. De l’autre, la comédie, portée par une narration teintée d’autodérision et de poésie, où l’enfance de l’auteur se dessine comme un enchaînement de déconvenues et de surprises, parfois drôles.
— « Ce livre est porté par une très belle plume, c’est une succession, vous l’aurez compris, de ricochets entre le présent et le passé, entre la France et l’Ukraine, entre la joie et la tristesse, entre la peur et l’audace. » —
Anne-Marie Revol y voit « une magnifique leçon de résilience ». Un équilibre délicat que l’auteur parvient à tenir, malgré la gravité du sujet. Le roman devient ainsi un miroir tendu vers le lecteur, lui offrant à la fois un témoignage brut et une porte de sortie par l’humour et la métaphore.
Une plume qui explore les frontières entre reportage et fiction
Ce qui frappe dans « L’art du ricochet », c’est la fluidité avec laquelle Nicolas Delesalle navigue entre les genres. D’un côté, le reportage brut, où chaque détail semble puisé dans l’expérience vécue. De l’autre, une écriture romanesque qui transcende le réel pour en extraire une dimension universelle. « Un livre sur cette condition très humaine qui consiste à chercher des étoiles quand la nuit est noire », résume l’auteur. Une phrase qui résume à elle seule l’ambition du texte : transformer l’horreur en une quête poétique.
Les lecteurs y trouveront donc bien plus qu’un simple récit de guerre. C’est une plongée dans l’âme d’un homme confronté à l’absurdité du monde, qui cherche, coûte que coûte, à en tirer une forme de beauté. Entre deux lignes, on devine l’angoisse de l’enfermement, la peur de l’inconnu, mais aussi cette ironie salvatrice qui permet de garder la tête hors de l’eau.
Avec « L’art du ricochet », Nicolas Delesalle signe une œuvre ambitieuse, où se croisent la rigueur du journaliste et la sensibilité du romancier. Un livre qui, loin des clichés, ose aborder la guerre et ses conséquences avec une plume à la fois acérée et tendre. Pour le lecteur, l’enjeu est clair : accepter de se laisser porter par ces ricochets, entre rire et larmes, entre désespoir et espoir.
L’auteur explique ce choix par la métaphore du ricochet, qui symbolise la capacité à transformer les échecs en opportunités. « C’est une condition très humaine : chercher des étoiles quand la nuit est noire », déclare-t-il. Le titre reflète ainsi la résilience face à l’adversité, un thème central dans son récit.
