Selon Franceinfo - Santé, l'Assurance maladie envisage d'interdire à vie la vente de tabac à toute personne née après le 1er janvier 2009. Cette proposition, présentée comme une mesure choc pour créer une génération sans cigarette, suscite des réactions contrastées parmi les Français, les professionnels de santé et les buralistes. Alors que la consommation de tabac recule en France, elle reste responsable de 68 000 décès annuels, selon les dernières estimations disponibles.
Ce qu'il faut retenir
- Interdiction à vie pour les personnes nées après 2009, dès 2027 si la mesure est adoptée
- Objectif affiché : créer une génération sans tabac pour réduire les risques de dépendance et de maladies cardiovasculaires
- Les cardiologues y voient un levier majeur de prévention, tandis que les buralistes craignent une augmentation du trafic illégal
- Le Royaume-Uni a adopté une loi similaire en avril 2026, entrée en vigueur au 1er janvier 2027
- La mesure divise l'opinion publique, entre soutien à la santé publique et inquiétude sur les libertés individuelles
Une mesure inspirée par les données sanitaires et les expériences étrangères
Le tabac reste l'une des principales causes de mortalité évitable en France. Malgré une baisse régulière de la consommation depuis deux décennies, notamment chez les jeunes, les chiffres restent alarmants. « Plus on commence jeune à fumer, plus le risque de dépendance est élevé », a rappelé le Pr Daniel Thomas, cardiologue et porte-parole de la Société francophone de tabacologie, lors d'un entretien avec Franceinfo. Pour lui, « relever l'âge d'accès au tabac contribue à éviter que de nouveaux jeunes n'entrent dans le tabagisme ». La proposition de l'Assurance maladie s'appuie donc sur des données scientifiques solides, mais aussi sur des expériences menées à l'étranger.
Le Royaume-Uni a franchi le pas en avril 2026 en votant une loi interdisant la vente de tabac à toute personne née après le 1er janvier 2009. Cette mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2027. La France pourrait suivre cette voie, alors que le gouvernement multiplie les initiatives pour réduire la consommation de tabac, comme l'augmentation régulière des prix ou les campagnes de prévention ciblées. Autant dire que l'idée n'est pas sortie de nulle part, mais s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre le tabac.
Les Français partagés : entre soutien à la santé publique et craintes sur les libertés
Si la mesure séduit une partie de l'opinion publique, elle divise aussi les Français interrogés par Franceinfo. Certains y voient une avancée majeure pour la santé des jeunes. « Moi, je trouve que c'est une très bonne idée, a expliqué une passante. On sait depuis longtemps que le tabac n'est pas bon pour la santé, et les jeunes, c'est pile l'âge où ils ont envie d'explorer. Donc non, c'est très bien de leur interdire. » D'autres, en revanche, estiment que cette restriction est trop brutale et pourrait avoir des effets contre-productifs.
Un jeune interrogé par nos soins a confié : « Ceux qui sont nés après 2009 seront plus frustrés de ne pas pouvoir en consommer et auront envie de demander à des plus âgés qu'eux d'aller en acheter ailleurs. » Une crainte partagée par de nombreux buralistes, qui redoutent que cette interdiction ne pousse les jeunes vers le marché noir ou vers des achats à l'étranger. « Plutôt qu'augmenter les prix, ça peut être beaucoup plus restrictif. Pourquoi pas, mais ce n'est pas une bonne mesure », a estimé un passant interrogé par Franceinfo.
Les buralistes en première ligne face à cette mesure
Les professionnels du tabac ne cachent pas leur inquiétude. Pour eux, une interdiction à vie pour les jeunes générations pourrait fragiliser encore davantage leur activité, déjà menacée par la baisse de la consommation et les mesures anti-tabac successives. « Les personnes nées après 2009 pourraient se tourner davantage vers le trafic à la sauvette ou l'achat de cigarettes à l'étranger », a alerté un représentant du secteur. Une crainte qui rappelle celle exprimée lors des précédentes hausses de prix ou des restrictions publicitaires.
Les buralistes soulignent aussi que cette mesure pourrait accentuer les inégalités sociales. Les jeunes issus de milieux modestes, déjà plus exposés aux risques de santé, pourraient être davantage tentés par des solutions illégales et moins chères. « On risque de créer une génération de fumeurs clandestins plutôt que de non-fumeurs », a résumé un gérant de bureau de tabac en région parisienne. Pour autant, certains reconnaissent que la mesure pourrait avoir un effet dissuasif sur les plus jeunes, qui n'ont pas encore pris l'habitude de fumer.
Un débat qui dépasse les frontières françaises
La France n'est pas le seul pays à envisager une telle mesure. Le Royaume-Uni, pionnier en la matière, a déjà voté une loi similaire en avril 2026. D'autres pays européens, comme l'Irlande ou la Suède, étudient des projets comparables pour lutter contre le tabagisme chez les jeunes. Ces initiatives s'inscrivent dans le cadre des objectifs fixés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui vise une réduction de 30 % de la consommation de tabac d'ici 2030. Autant dire que cette question dépasse largement le cadre national.
En France, où le tabac représente un marché de plusieurs milliards d'euros, la mesure pourrait aussi avoir des répercussions économiques. Les recettes fiscales liées au tabac, estimées à plus de 15 milliards d'euros par an, pourraient être affectées à long terme. Pour autant, les défenseurs de la mesure rappellent que le coût social du tabac – en termes de santé publique et de productivité perdue – est bien plus élevé. « Agir maintenant, c'est investir dans la santé de demain », a souligné un membre de l'équipe de campagne anti-tabac.
Quelles alternatives pour les jeunes fumeurs actuels ?
Si la mesure devait aboutir, une question centrale se poserait : que faire des jeunes déjà fumeurs et nés avant 2009 ? Les associations de lutte contre le tabac plaident pour un accompagnement renforcé vers l'arrêt, avec des outils accessibles et des campagnes ciblées. « L'objectif n'est pas de punir, mais de protéger », a rappelé un responsable de Santé publique France. Des dispositifs comme les consultations en tabacologie ou les substituts nicotiniques pourraient être renforcés pour aider les jeunes dépendants à arrêter.
Parallèlement, des voix s'élèvent pour demander une réflexion plus large sur la prévention. « Interdire, c'est une chose, mais il faut aussi donner aux jeunes les outils pour résister à la tentation », a expliqué une psychologue spécialisée dans les addictions. Des programmes éducatifs en milieu scolaire ou des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux pourraient compléter cette approche.
Un pari sur l'avenir
La proposition de l'Assurance maladie marque une nouvelle étape dans la lutte contre le tabac en France. Si son adoption reste incertaine, elle reflète une volonté croissante de protéger les jeunes générations d'un produit responsable de trop de morts prématurées. Reste à savoir si cette mesure choc portera ses fruits, ou si elle sera perçue comme une atteinte aux libertés individuelles. Une chose est sûre : le débat est lancé, et il ne fera que s'intensifier dans les mois à venir.
Selon le Pr Daniel Thomas, cardiologue, « relever l'âge d'achat du tabac ne suffit pas à éviter que les jeunes ne commencent à fumer, car l'accès illégal reste possible. Une interdiction à vie pour une génération entière crée un effet dissuasif plus fort et réduit le risque de dépendance sur le long terme. »