En l’espace de quelques mois seulement, le Brésil s’est hissé en tête du classement des pays importateurs de véhicules chinois. Une montée en puissance qui place désormais le géant sud-américain devant la Russie, autrefois leader sur ce créneau. Cette évolution marque un tournant dans les échanges commerciaux entre Pékin et Brasilia, tout en illustrant l’influence croissante de l’industrie automobile chinoise sur les marchés émergents.
Selon RFI, cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des liens économiques entre la Chine et le Brésil. En 2025, les exportations chinoises de voitures vers le Brésil avaient déjà progressé de 40 % en glissement annuel, une tendance qui s’est accélérée en 2026. Les modèles électriques et hybrides, en particulier, séduisent une partie de la classe moyenne brésilienne, désormais sensible aux prix compétitifs et aux technologies avancées proposées par les constructeurs asiatiques.
Ce qu'il faut retenir
- Premier importateur mondial de voitures chinoises, le Brésil devance désormais la Russie depuis le début de l’année 2026.
- 40 % de croissance des exportations chinoises vers le Brésil en 2025, selon les données douanières chinoises.
- Modèles phares : les SUV électriques et hybrides, dont les prix souscutent largement ceux des marques occidentales ou japonaises.
- Stratégie chinoise : Pékin mise sur le Brésil pour contourner les barrières douanières en Amérique latine et renforcer son influence régionale.
- Réaction du marché local : les constructeurs brésiliens et leurs alliés (comme Volkswagen ou Fiat) voient leurs parts de marché menacées par cette concurrence.
Une percée commerciale liée à une stratégie économique ciblée
Le Brésil n’a pas choisi son rôle de premier importateur de voitures chinoises par hasard. Depuis 2024, Pékin a multiplié les accords bilatéraux avec Brasilia, incluant des réductions de droits de douane sur les véhicules électriques. En contrepartie, la Chine a obtenu des facilités pour exporter ses produits manufacturés, dont les automobiles. Cette symétrie dans les échanges reflète une volonté de Pékin d’ancrer davantage sa présence en Amérique latine, une région historiquement dominée par les États-Unis et l’Europe.
Les données douanières chinoises, relayées par RFI, montrent que les ventes de voitures chinoises au Brésil ont bondi de 120 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025. Les modèles BYD, Chery et Geely trustent désormais les premières places des immatriculations dans plusieurs États brésiliens, comme São Paulo ou Minas Gerais. Un succès qui s’explique aussi par une adaptation aux goûts locaux : les constructeurs chinois proposent des véhicules équipés de systèmes de climatisation adaptés aux températures tropicales et des motorisations flex-fuel, compatibles avec l’essence locale.
Un marché brésilien en mutation, entre opportunités et défis
Cette vague d’importations chinoises redessine le paysage automobile brésilien. D’un côté, les consommateurs bénéficient de prix inférieurs de 20 à 30 % par rapport aux véhicules européens ou japonais. De l’autre, les constructeurs locaux, comme Gurgel ou Troller, peinent à rivaliser, faute d’investissements suffisants dans l’électrique. Le gouvernement brésilien, dirigé par le président Luiz Inácio Lula da Silva, tente de trouver un équilibre entre ouverture commerciale et protection de son industrie nationale.
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Le Brésil doit profiter de cette transition vers l’électrique pour moderniser son secteur automobile, sans pour autant sacrifier ses emplois locaux», a déclaré le ministre de l’Industrie, Geraldo Alckmin, lors d’une conférence de presse en juillet 2026. Pourtant, les syndicats du secteur, comme la CNTM (Confederação Nacional dos Trabalhadores Metalúrgicos), tirent la sonnette d’alarme. Ils craignent que l’afflux de véhicules chinois ne provoque des licenciements massifs dans les usines brésiliennes, déjà fragilisées par la concurrence asiatique.
Cette dynamique soulève également des questions géopolitiques. Le Brésil, traditionnellement proche des États-Unis, semble désormais pencher vers Pékin sur le plan économique. Une évolution qui pourrait avoir des répercussions sur les alliances commerciales de l’Amérique latine dans les années à venir.