Le dernier clip du chanteur russe Yaroslav Dronov, connu sous le nom de scène Shaman, suscite une vive controverse en ligne. Selon Euronews FR, l’artiste pro-Kremlin a utilisé des deepfakes générés par intelligence artificielle dans sa nouvelle vidéo intitulée « Mère Russie » (« Rossiya – Mama »), intégrant les portraits de personnalités russes exilées après l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Ce qu'il faut retenir
- Shaman, de son vrai nom Yaroslav Dronov, est un artiste russe connu pour son soutien public à l’invasion de l’Ukraine et ses liens avec le gouvernement russe.
- Son clip « Mère Russie » utilise des deepfakes IA de figures désignées comme « agents de l’étranger » par Moscou, dont l’humoriste Maxim Galkin ou le rappeur Noize MC.
- La vidéo, qui comporte un avertissement sur l’usage de l’IA, a relancé le débat sur la régulation des contenus générés artificiellement en Russie.
- Plusieurs personnalités mentionnées ont réagi, certaines dénonçant l’utilisation de leur image, tandis que d’autres y voient une forme de publicité.
- Shaman, sous sanctions de l’UE et du Canada, a vu ses plateformes officielles (Spotify, YouTube) fermées en Occident dès 2024.
Un artiste engagé aux côtés du pouvoir russe
Âgé de 34 ans, Yaroslav Dronov, alias Shaman, s’est fait connaître en participant aux versions russes de X Factor et The Voice. Son engagement en faveur de la politique du Kremlin est marqué : il a soutenu publiquement l’invasion de l’Ukraine et se produit régulièrement lors d’événements organisés par les autorités russes. En 2025, il a participé à Intervision 2025, une alternative à l’Eurovision promue par Vladimir Poutine, et a même donné un concert à Pyongyang, en Corée du Nord, en 2025.
Ces prises de position lui ont valu d’être inscrit sur les listes de sanctions de l’Union européenne, du Canada et de l’Australie. Dès 2024, ses canaux officiels en Occident, dont Spotify et YouTube, ont été fermés, limitant drastiquement sa diffusion en Europe et en Amérique du Nord.
Un clip controversé mêlant propagande et intelligence artificielle
Dans son clip « Mère Russie », Shaman utilise des photographies de personnalités russes ayant quitté le pays après le début de la guerre en Ukraine. Parmi elles figurent Maxim Galkin, l’humoriste et époux de l’opposante Ksenia Sobtchak ; les rappeurs Noize MC et Morgenshtern ; le journaliste et blogueur Iouri Douď, connu pour ses enquêtes critiques sur le pouvoir ; les hommes d’affaires Oleg Tinkov et Mikhaïl Khodorkovski ; ainsi que la politologue Ekaterina Schulmann.
Le clip montre Shaman épinglant leurs photos sur un tableau, avant que leurs visages, reconstruits par des algorithmes d’IA, ne se mettent à chanter en chœur. Un avertissement en début de vidéo précise que le contenu est généré artificiellement. Dans un message publié sur VK, la principale plateforme sociale russe, Shaman a commenté : « Pendant qu’eux [les “agents de l’étranger”] se produisent contre la Russie pour de l’argent, dans mon clip ils chantent pour la Russie gratuitement. »
Des réactions contrastées parmi les personnalités concernées
Les réactions des personnalités représentées dans le clip varient. Certaines, comme le blogueur Ilia Varlamov, ont ironisé en affirmant que Shaman était « l’un des leurs » et qu’il soutenait les droits de la communauté LGBTQIA+. D’autres, à l’instar de l’humoriste Maxim Galkin, n’ont pas réagi publiquement, tandis que d’autres encore, comme la chanteuse Monetochka (Ielizaveta Gyrdymova), ont exprimé leur déception de ne pas figurer dans la vidéo.
Monetochka, actuellement installée en Lituanie, a été désignée comme « agent de l’étranger » par le ministère russe de la Justice et fait l’objet d’une procédure pénale depuis 2024 pour « manquement à ses obligations d’agent ». Son exclusion du clip a été perçue comme une omission notable dans cette campagne symbolique.
Un débat relancé sur la régulation des deepfakes en Russie
Le clip de Shaman a ravivé les discussions sur la légalité des deepfakes générés par IA en Russie. Plusieurs experts juridiques estiment que des recours pourraient être envisagés en droit russe, à condition que les personnes concernées saisissent les tribunaux. Cependant, l’efficacité de telles actions reste incertaine, compte tenu des liens étroits entre Shaman et le gouvernement russe.
Face aux critiques, l’artiste a maintenu sa position dans un message provocateur : « Je n’ai pas le droit de cacher cette trahison. Je serai illuminé par la vérité comme une étoile du Kremlin. » À ce jour, aucun recours officiel n’a été engagé contre Shaman ou les plateformes ayant diffusé le clip.
La question de la propriété intellectuelle et du droit à l’image dans le contexte des deepfakes pourrait également devenir un sujet de débat plus large en Russie, alors que l’IA s’impose comme un outil de plus en plus présent dans la sphère médiatique et artistique du pays.
Shaman a expliqué dans un message sur VK que son intention était de montrer que, selon lui, ces personnalités « se produisent contre la Russie pour de l’argent », alors que dans son clip, elles « chantent pour la Russie gratuitement ». L’artiste a donc utilisé l’IA pour créer un effet de chœur vocal à partir d’images fixes, mêlant propagande et technologie.