Selon Libération, une étude du ministère du Travail publiée ce jeudi 2 avril 2026 révèle que seuls 3 % des salariés du secteur privé ont pu accumuler des points sur leur compte personnel de prévention (C2P) en 2023. Pourtant, une part bien plus importante de ces travailleurs déclare subir des conditions de travail difficiles, notamment en raison de la pénibilité de leurs missions.
Cette sous-utilisation du dispositif, qui vise à reconnaître et à compenser les risques professionnels, touche particulièrement les femmes, souvent moins visibles dans les statistiques malgré des expositions répétées à des environnements de travail exigeants. Le ministère du Travail précise que cette disparité interroge sur l’efficacité réelle du C2P, conçu pour améliorer la protection des salariés exposés à des facteurs de pénibilité.
Ce qu'il faut retenir
- Seulement 3 % des salariés du privé ont acquis des points sur leur C2P en 2023, selon une étude du ministère du Travail publiée le 2 avril 2026.
- Cette faible utilisation contraste avec le nombre élevé de travailleurs déclarant des conditions de travail difficiles.
- Les femmes sont particulièrement concernées par cette sous-reconnaissance de la pénibilité.
Un dispositif sous-exploité malgré des besoins évidents
Le compte personnel de prévention (C2P), mis en place pour aider les salariés à cumuler des droits en matière de formation, de temps de repos ou de départ anticipé à la retraite, reste largement méconnu. Libération souligne que son usage très limité en 2023 pose question, d’autant que les enquêtes menées auprès des entreprises et des salariés montrent une réalité bien différente : des milliers de travailleurs seraient exposés à des risques professionnels non négligeables.
Parmi les critères retenus pour l’attribution des points, on trouve l’exposition à des produits chimiques, des postures pénibles, des horaires atypiques ou encore des contraintes physiques importantes. Pourtant, les données recueillies par le ministère indiquent que ces situations ne se traduisent pas systématiquement par une demande ou une attribution de points pour les salariés concernés.
Les femmes, premières victimes de l’invisibilisation de la pénibilité
Les écarts de genre dans l’accès au C2P sont frappants. Les métiers majoritairement exercés par des femmes, comme ceux du care, de la santé ou de la propreté, sont souvent associés à des charges physiques et psychologiques importantes. Pourtant, ces professions restent moins souvent reconnues comme pénibles dans les évaluations officielles. Le ministère du Travail note que les femmes sont deux fois moins susceptibles que les hommes de voir leurs points validés, en raison notamment de critères d’éligibilité qui ne reflètent pas toujours la réalité de leurs conditions de travail.
Cette situation alimente les critiques sur le système actuel, accusé de reproduire des inégalités structurelles. Une syndicaliste du secteur social, interrogée par Libération, a déclaré : « Le C2P est un outil utile, mais il est conçu pour des métiers masculins. Les femmes, dont le travail est souvent moins visible et moins valorisé, se heurtent à des barrières administratives et culturelles. »
Un système à bout de souffle ?
Au-delà des chiffres, c’est la conception même du C2P qui est remise en cause. Le dispositif, complexe à mettre en œuvre pour les employeurs comme pour les salariés, nécessite une démarche proactive de leur part. Or, beaucoup ignorent son existence ou renoncent à en faire la demande, faute de temps ou par méconnaissance des procédures.
Le ministère du Travail a indiqué dans son rapport qu’il envisageait de simplifier les critères d’attribution et de mieux informer les salariés sur leurs droits. Une réforme pourrait être discutée d’ici la fin de l’année 2026, mais aucune décision concrète n’a encore été annoncée. Pour l’instant, le C2P reste un symbole des limites de la reconnaissance de la pénibilité au travail en France.
Pour l’heure, les salariés concernés par des conditions de travail difficiles doivent se tourner vers les services de prévention des risques professionnels de leur entreprise ou vers les représentants du personnel pour faire valoir leurs droits. Une démarche qui, en l’état actuel du système, reste souvent indispensable.
