Un arbre unique au monde, dernier représentant sauvage de son espèce, vient de bénéficier d’une opération de sauvegarde d’urgence. Selon Futura Sciences, des botanistes sont parvenus à récupérer plusieurs centaines de graines sur ce spécimen, accroché à une falaise volcanique de l’île Robinson Crusoé, au large du Chili. Une démarche qui pourrait éviter l’extinction définitive de Dendroseris neriifolia, une espèce menacée depuis plus d’un siècle par la destruction de son habitat naturel.
Ce qu'il faut retenir
- Un seul individu sauvage connu : Dendroseris neriifolia ne compte plus qu’un représentant à l’état naturel, maintenu par des cordes pour éviter qu’il ne bascule dans le vide.
- 4 heures de trajet et 2 heures d’escalade : l’accès à l’arbre, perché sur une paroi abrupte, nécessite une expédition technique chaque année lors de la maturation des graines.
- 29 graines envoyées à Kew : sur les 25 jugées viables par rayons X, sept ont déjà germé au sein de la Banque de semences du Millénaire, en Angleterre.
- Une espèce endémique du Chili : Dendroseris neriifolia ne pousse que sur l’archipel Juan Fernández, à 673 km des côtes chiliennes, un écosystème insulaire particulièrement vulnérable.
- Objectif : réintroduction dans la nature : les scientifiques espèrent produire de nouvelles graines à partir des jeunes plants d’ici quelques années pour tenter de restaurer l’espèce.
Une espèce au bord de l’extinction depuis plus d’un siècle
L’histoire de Dendroseris neriifolia illustre le déclin accéléré des espèces végétales insulaires. Selon les archives, cette plante était encore relativement abondante à la fin du XIXe siècle sur l’île Robinson Crusoé. Pourtant, dès cette époque, des extinctions locales étaient déjà signalées. « Le genre Dendroseris compte onze espèces, et toutes voient leurs populations décliner », a précisé Paulina Hechenleitner V., taxonomiste au Royal Botanic Garden d’Édimbourg, interrogée par Futura Sciences.
La disparition de son habitat, aggravée par l’érosion, les espèces invasives, le pâturage et les incendies, a réduit l’espèce à un seul individu. Une expédition menée en 1980 avait recensé sept arbres, mesurant au maximum cinq mètres de haut. Aujourd’hui, il n’en subsiste plus qu’un, sous surveillance étroite de la CONAF, l’agence forestière nationale chilienne.
Une récolte périlleuse pour sauver une lignée génétique
Chaque année, au mois de mars, lorsque les graines arrivent à maturité, une équipe de gardes forestiers et de botanistes se rend sur place pour une opération technique. L’accès à l’arbre, perché sur une falaise volcanique abrupte, nécessite deux heures d’escalade après quatre heures de trajet en bateau depuis le continent. Une fois sur place, les professionnels progressent le long du tronc à l’aide de cordes pour atteindre les branches fleuries et récolter les semences dans des filets.
« Pour les arbres très hauts ou inaccessibles comme celui-ci, l’escalade reste souvent la seule option », explique Alice Hudson, chargée des partenariats à la Banque de semences du Millénaire (Millennium Seed Bank) à Kew Wakehurst. Elle rappelle que d’autres méthodes existent, comme le lancer d’une corde sur une branche pour la secouer doucement, mais que celles-ci ne sont pas adaptées aux falaises escarpées. Les drones pourraient, à l’avenir, faciliter ce type d’intervention.
Une lueur d’espoir : sept plantules enracinées à Kew
Les 29 graines récoltées ont été expédiées en Angleterre, où elles ont été analysées par rayons X. Sur les 25 jugées viables, sept ont déjà germé et donné naissance à des plantules au sein de la Banque de semences du Millénaire, située dans le Sussex. L’objectif est désormais de les faire pousser jusqu’à l’âge adulte pour obtenir de nouvelles graines, une fois les plants en âge de fleurir.
Cette conservation ex situ joue un rôle clé : elle permet de sécuriser une lignée génétique en cas de disparition du dernier individu sauvage. « La banque de semences agit comme une assurance. Si l’arbre venait à disparaître, des protocoles de germination et des semences resteraient disponibles », souligne Alice Hudson. Elle permet également d’étudier les mécanismes de dormance et les exigences spécifiques à cette espèce, des connaissances indispensables pour toute tentative de réintroduction dans la nature.
Des obstacles biologiques persistants
Malgré cette avancée, les scientifiques restent prudents. La viabilité des graines ne garantit pas le succès de la réintroduction. Le principal risque réside dans le goulot d’étranglement génétique : avec un seul individu à l’état sauvage, la consanguinité pourrait affaiblir la fertilité et la production de graines. « Dendroseris neriifolia peut s’autoféconder, mais la production de graines risque de rester limitée si les branches fleuries se raréfient », explique la spécialiste de Kew Wakehurst.
Par ailleurs, les mécanismes de germination de cette espèce sont encore mal connus. Les graines conservées à Kew permettront d’étudier ces processus en conditions contrôlées. Les connaissances acquises seront transférées aux équipes chiliennes pour développer des protocoles de restauration adaptés, en complément des graines produites chaque année par le dernier arbre.
Un symbole de la lutte contre l’érosion de la biodiversité
Cette opération s’inscrit dans un contexte plus large de sauvegarde des espèces végétales menacées. Selon les dernières estimations, 30 % des espèces d’arbres dans le monde sont aujourd’hui en danger d’extinction, un chiffre qui souligne l’urgence d’agir. La Banque de semences du Millénaire, comme le Svalbard Global Seed Vault en Norvège, joue un rôle central dans cette stratégie de conservation à long terme. Ces infrastructures abritent des millions de semences, destinées à préserver la diversité génétique face aux menaces climatiques et aux activités humaines.
Pour Dendroseris neriifolia, le chemin vers la survie reste long et incertain. Mais grâce à cette récolte, l’espèce a désormais une seconde chance. Une lueur d’espoir pour ces « archives vivantes » que sont les espèces endémiques, souvent les premières à disparaître lorsque leur habitat est détruit.
L’unique individu sauvage de Dendroseris neriifolia pousse naturellement sur des falaises volcaniques de l’île Robinson Crusoé, un habitat qu’il a colonisé pour échapper à la pression des espèces invasives et des pâturages. Ce milieu escarpé, difficile d’accès, a paradoxalement protégé l’arbre des activités humaines pendant des décennies.
Les graines de cette espèce présentent une dormance marquée, ce qui signifie qu’elles ne germent pas immédiatement après leur récolte. Les sept plantules obtenues à Kew ont nécessité des conditions contrôlées et plusieurs mois de patience. Les scientifiques estiment qu’il faudra attendre au moins deux à trois ans avant que ces jeunes plants n’atteignent l’âge adulte et ne produisent à leur tour des graines.