Le Japon a officiellement tourné la page de la déflation, un phénomène économique qui a pesé sur son activité pendant près de trois décennies. Pourtant, selon Le Monde, cette sortie de crise n’est pas synonyme de reprise durable. La hausse des prix, observée depuis plusieurs mois, s’explique principalement par des chocs externes et la dépréciation marquée du yen, sans que les salaires ne suivent une progression suffisante pour stimuler la consommation et les investissements.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Japon a rompu avec la déflation, un phénomène qui l’a affecté depuis les années 1990
  • La hausse des prix actuelle est principalement liée à des facteurs externes et à la faiblesse du yen
  • Les salaires stagnent, limitant la capacité des ménages à consommer et des entreprises à investir
  • La consommation privée et les investissements restent fragiles malgré la fin de la déflation

Une sortie de déflation entachée de fragilités structurelles

Après des années de lutte contre la baisse continue des prix, le Japon a enfin enregistré une inflation positive. « Cette inflation est avant tout importée », a expliqué un économiste interrogé par Le Monde. Elle résulte notamment de la hausse des coûts des matières premières sur les marchés internationaux et de la dépréciation du yen, qui renchérit les importations. Autant dire que la situation n’est pas le fruit d’une reprise endogène de l’économie japonaise.

La Banque du Japon (BoJ) a joué un rôle clé dans cette dynamique. En maintenant une politique monétaire ultra-accommodante pendant des années, elle a contribué à affaiblir la monnaie nationale. Le yen, qui s’échangeait encore autour de 110 yens pour un dollar il y a deux ans, frôle désormais les 160 yens pour un dollar, selon les dernières cotations. Une dépréciation qui, si elle soutient les exportateurs, pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et le coût de la vie.

Des salaires en stagnation, un frein à la consommation

Le principal écueil reste la stagnation des salaires, un problème récurrent depuis des décennies. Les négociations salariales annuelles, ou *shunto*, ont une fois de plus abouti à des hausses modestes, bien en deçà de l’inflation actuelle. « Les entreprises hésitent à augmenter les salaires par crainte de perdre en compétitivité », a précisé un responsable syndical à Le Monde. Résultat : le pouvoir d’achat des Japonais recule, limitant leur capacité à dépenser et à relancer l’économie.

Cette situation contraste avec les promesses des autorités. En 2023, le gouvernement avait annoncé vouloir « inverser la tendance » en encourageant les entreprises à revaloriser les salaires. Pourtant, les données disponibles montrent que la progression moyenne des revenus a été inférieure à 1 % en 2025, contre une inflation annuelle de près de 3 %. Autant dire que les ménages japonais n’ont pas les moyens de consommer davantage, un cercle vicieux pour une économie dont la croissance repose à plus de 50 % sur la consommation privée.

Un yen faible, entre atout et menace

La faiblesse du yen est un sujet de débat parmi les économistes. Si elle favorise les exportateurs nippons en rendant leurs produits plus compétitifs à l’étranger, elle renchérit les importations de denrées alimentaires et d’énergie, aggravant la pression inflationniste. « Le Japon est pris entre deux feux », a souligné un analyste de la banque Nomura. D’un côté, une monnaie trop forte pénaliserait les exportations ; de l’autre, une monnaie trop faible alourdit la facture des importations et réduit le pouvoir d’achat.

Cette dualité explique pourquoi la Banque du Japon maintient une politique monétaire prudente. Malgré la fin de la déflation, les taux d’intérêt restent proches de zéro, une situation que peu de pays peuvent se permettre aujourd’hui. « Nous ne pouvons pas nous permettre un resserrement brutal », a rappelé le gouverneur de la BoJ lors d’une conférence de presse en juillet 2026. Une position qui illustre les limites de la marge de manœuvre des autorités japonaises.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir. Si la Banque du Japon décide d’assouplir sa politique monétaire pour soutenir la croissance, le yen pourrait se raffermir, ce qui soulagerait partiellement la pression inflationniste. À l’inverse, une hausse des taux pour attirer les capitaux étrangers risquerait d’étouffer une économie déjà fragile. Les prochaines négociations salariales de 2027 seront déterminantes : une revalorisation significative des salaires pourrait enfin briser le cercle vicieux de la stagnation. Reste à voir si les entreprises et le gouvernement parviendront à s’accorder sur une trajectoire commune.

Pour l’instant, le Japon reste dans une zone grise, entre une croissance retrouvée et des déséquilibres persistants. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si cette sortie de déflation marque le début d’une nouvelle ère ou simplement un répit éphémère.

La hausse des prix est principalement due à l’inflation importée (matières premières, énergie) et à la faiblesse du yen, qui renchérit les importations. Les salaires, eux, stagnent, ce qui limite le pouvoir d’achat des Japonais. Résultat : même avec des prix plus élevés, les ménages n’ont pas les moyens de consommer davantage.