C’est un succès symbolique pour l’Écosse et ses supporters à l’étranger. Le Massachusetts est devenu le premier État américain à légaliser temporairement le haggis, ce plat traditionnel écossais interdit depuis les années 1970 dans le pays. Une décision prise mercredi 18 juin par la gouverneure Maura Healey, qui a signé un « executive order » en ce sens, comme le rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Interdit depuis 50 ans : le haggis, contenant notamment du poumon de mouton, est banni aux États-Unis en raison de réglementations fédérales sur les abats.
  • Campagne écossaise : un boucher et un podcasteur ont mené une mobilisation pour lever l’interdiction avant la Coupe du monde.
  • 20 000 supporters : la « Tartan Army » a investi le Massachusetts pour le match d’ouverture de l’Écosse, un événement qui a accéléré la décision.
  • Effets collatéraux : des bars à sec, une loi prolongée pour les établissements, et des cônes de signalisation comme couvre-chefs importés de Glasgow.

Une interdiction fédérale, mais une victoire symbolique

Le haggis, ce mélange de viande de mouton, d’avoine et d’épices cuit dans une panse d’estomac, est interdit aux États-Unis depuis 1971. La raison ? La réglementation fédérale sur les abats, et plus précisément l’utilisation de poumon de mouton, qui représente jusqu’à 15 % de la recette traditionnelle. Pourtant, malgré cette interdiction, le plat reste un symbole fort de la culture écossaise.

C’est dans ce contexte qu’un boucher écossais renommé, Simon Howie Butchers, et un podcasteur, David McIntosh Jr, ont lancé une campagne pour lever l’interdiction avant la Coupe du monde. Leur argument ? Faire découvrir ce plat aux Américains lors de l’événement sportif le plus suivi au monde. Un pari en partie réussi, puisque le Massachusetts a finalement cédé, même si cette légalisation reste « non officielle », selon les termes mêmes de McIntosh Jr dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux depuis le State House de Boston.

La « Tartan Army » en force à Boston

La décision de Maura Healey s’inscrit dans un contexte plus large : l’arrivée de plus de 20 000 supporters écossais dans l’État pour soutenir leur équipe lors du premier match de Coupe du monde de l’histoire du pays depuis 1998. Une délégation qui a marqué les esprits par son enthousiasme, comme en témoigne la gouverneure : « La Tartan Army a apporté son énergie, sa joie et son enthousiasme au Massachusetts. C’est exactement cela, l’esprit de la Coupe du monde. »

Entre cornemuses, kilts et chants, les Écossais ont transformé Boston en une véritable enclave celtique. Une ambiance qui a séduit Maura Healey, déjà venue à leur rencontre : « Entre les cornemuses, les kilts et des milliers de supporters écossais qui font de Boston leur maison loin de chez eux, la Tartan Army a fait forte impression au Massachusetts. »

Quand l’Écosse exporte ses traditions… et ses excès

L’influence de la Tartan Army ne s’est pas limitée à l’ambiance festive. Les bars de Boston, pris d’assaut par les supporters, ont rapidement signalé des pénuries de bière. Une situation qui a poussé les autorités locales à adopter la semaine dernière la « Tartan Army Bill », une loi permettant à plus de 140 établissements de rester ouverts plus tard pour satisfaire la demande.

Autre tradition importée : les cônes de signalisation orange posés sur la tête des statues de la ville. Une habitude née à Glasgow dans les années 1980, où un cône trône en permanence sur la statue du duc de Wellington devant la Gallery of Modern Art. Depuis son arrivée à Boston, la Tartan Army a reproduit ce geste insolite, transformant les monuments en attractions touristiques improvisées.

Un plat emblématique, mais une légalisation encore fragile

Si l’executive order signé par Maura Healey marque un tournant symbolique, il ne signifie pas pour autant la fin définitive de l’interdiction du haggis aux États-Unis. Les États américains n’ont en effet pas le pouvoir de modifier les réglementations fédérales en matière de sécurité alimentaire et d’importation. « Même si les États pris individuellement n’ont pas le pouvoir de légaliser le haggis, les normes de sécurité alimentaire et d’importation relevant du niveau fédéral, c’est un début », a rappelé McIntosh Jr dans sa vidéo.

Reste que cette décision pourrait servir de levier pour une révision plus large de la réglementation. La gouverneure du Massachusetts, sensible à l’engouement des supporters, a d’ores et déjà montré son soutien à la cause écossaise. Une ouverture qui pourrait inspirer d’autres États, voire inciter le Congrès à reconsidérer l’interdiction du haggis sur l’ensemble du territoire américain.

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait venir du Congrès, où une révision de la réglementation sur les abats est régulièrement évoquée. Si le Massachusetts a ouvert la voie, d’autres États pourraient suivre son exemple en adoptant des mesures similaires, même symboliques. Reste à voir si cette légalisation temporaire du haggis servira de catalyseur pour une autorisation définitive aux États-Unis. Dans l’immédiat, les supporters écossais pourront déguster leur plat traditionnel lors de leur séjour à Boston, à condition de le préparer eux-mêmes – les restaurants locaux restant soumis aux restrictions fédérales.

En attendant, l’Écosse se prépare pour son prochain match, prévu samedi 20 juin contre le Maroc au Boston Stadium. Une rencontre cruciale pour la suite de la compétition, alors que l’équipe écossaise est actuellement en tête du groupe C après sa victoire contre Haïti et le match nul entre le Brésil et le Maroc.

Le haggis était interdit depuis 1971 en raison de l’utilisation de poumon de mouton, considéré comme un abat. La réglementation fédérale américaine interdit la consommation de certains abats pour des raisons de sécurité sanitaire.

Non. L’executive order signé par la gouverneure du Massachusetts est une mesure temporaire et symbolique. Une modification définitive nécessiterait une révision de la réglementation fédérale, ce qui reste incertain pour l’instant.