Le musée d'Orsay a ouvert mardi 5 mai un espace d'exposition consacré aux œuvres récupérées en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, dont une partie avait été spoliée à leurs propriétaires légitimes. Selon Franceinfo - Culture, cette initiative vise à sensibiliser le public à l'histoire de ces biens culturels, souvent liés à des destins brisés par la Shoah.
Ce qu'il faut retenir
- 225 œuvres toujours conservées sur les quelque 2 200 confiées aux musées français dans le cadre du programme MNR (« Musées Nationaux Récupération »).
- Parmi elles, des tableaux de Renoir, Degas et Boudin, ainsi que d'autres peintres moins connus.
- Plus de 100 000 biens culturels ont été déclarés spoliés pendant l'Occupation, dont 60 000 retrouvés et rendus à leurs propriétaires.
- Une salle intitulée « À qui appartiennent ces œuvres ? » interroge sur la mémoire, l'enquête et la quête de justice.
- Le processus de traçabilité s'appuie désormais sur l'intelligence artificielle et les archives en ligne.
- Un tableau de Modigliani a été restitué début avril par la justice américaine à son héritier, un agriculteur français en Dordogne.
Une salle pour questionner l'histoire
Le musée d'Orsay a inauguré mardi 5 mai un espace dédié aux œuvres spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le titre « À qui appartiennent ces œuvres ? ». Cette initiative, annoncée dans un communiqué publié lundi, s'inscrit dans une démarche de transmission historique et de réflexion sur la justice post-conflit. Comme l'a expliqué Annick Lemoine, présidente du musée spécialisé dans le XIXe siècle, « derrière cette question simple, se dresse une interrogation parfois douloureuse, qui convoque à la fois la mémoire, l'enquête et l'espoir de justice ».
Un héritage complexe : les œuvres MNR
Le musée conserve encore 225 œuvres sur les quelque 2 200 confiées aux musées français dans le cadre du programme MNR, créé pour gérer les biens culturels récupérés après la guerre. Ces pièces n'ont pas été restituées à leurs propriétaires légitimes, souvent décédés ou introuvables. Parmi elles figurent des tableaux de grands maîtres comme Renoir, Degas et Boudin, mais aussi des œuvres d'artistes moins connus. Soixante mille des 100 000 biens déclarés spoliés ont été retrouvés et rendus, tandis que l'État a vendu une partie des autres au début des années 1950.
Les défis de la traçabilité
François Blanchetière, conservateur en chef pour la sculpture au musée d'Orsay, a souligné les difficultés persistantes dans le repérage des propriétaires : « Plus de 80 ans après la fin de la guerre, le repérage des propriétaires est de plus en plus difficile ». Pour pallier ce problème, les recherches s'appuient désormais sur des outils numériques, notamment l'intelligence artificielle. Une trentaine de dossiers sont actuellement en cours d'examen en France. « C'est un véritable travail d'enquête, parfois très complexe », a confirmé Inès Rotermund-Reynard, chargée du dossier à Orsay. Elle cite en exemple les recherches autour du *Souper au bal*, un tableau d'Edgar Degas acheté par un collectionneur juif déporté à Auschwitz, revendu à une date inconnue avant d'être acquis par un musée allemand.
Des restitutions récentes et symboliques
Les efforts de restitution portent parfois leurs fruits, comme en témoigne l'affaire du tableau de Modigliani. Début avril 2026, la Cour suprême de l'État de New York a ordonné la restitution d'une œuvre spoliée pendant la guerre à un antiquaire juif britannique. L'héritier légitime, un agriculteur français installé en Dordogne, a ainsi récupéré l'œuvre après des décennies de recherches. Ce cas illustre les enjeux juridiques et humains liés à ces spoliations, dont certaines ne se résolvent que des décennies plus tard.
« C'est un véritable travail d'enquête, parfois très complexe. »
— Inès Rotermund-Reynard, chargée du dossier à Orsay
Des outils modernes pour des dossiers anciens
Face à l'ampleur de la tâche, les musées français et internationaux collaborent avec des experts en archivistique et en technologies numériques. L'utilisation de l'intelligence artificielle permet d'analyser rapidement des milliers de documents, tandis que les bases de données en ligne facilitent les échanges entre institutions. Cependant, malgré ces avancées, de nombreux obstacles persistent, notamment la disparition des archives ou le manque de témoignages directs. « Les procédures peuvent prendre des années, voire des décennies », précise un responsable du musée d'Orsay.
Le musée d'Orsay, qui abrite l'une des plus riches collections d'art du XIXe siècle au monde, joue ici un rôle clé dans la préservation de cette mémoire. En exposant ces œuvres, il rappelle que l'histoire des spoliations ne se limite pas à une page sombre du passé, mais continue de hanter les familles et les institutions aujourd'hui. Une réflexion qui dépasse largement le cadre muséographique pour toucher à des questions éthiques et juridiques toujours d'actualité.