Des touristes ont filmé, au large de l’Australie, d’Hawaï ou encore des Tonga, un comportement aussi spectaculaire que déroutant chez les baleines à bosse : une gueule grande ouverte, parfois juste devant les embarcations. Selon Futura Sciences, ce phénomène, surnommé « bâillement » par les chercheurs, intrigue la communauté scientifique, qui peine encore à en percer le sens. Une étude récente, publiée dans la revue Animal Behavior and Cognition, révèle que ce comportement a été documenté grâce à des dizaines de vidéos capturées par des observateurs du monde entier.
Ce qu'il faut retenir
- Des touristes ont filmé 66 cas localisés et datés de baleines à bosse ouvrant grand la gueule, un comportement rare et inexpliqué.
- Ce « bâillement » diffère de l’ouverture de la gueule lors de l’alimentation : il survient en dehors des zones de chasse et sans présence de proies.
- Les scientifiques envisagent plusieurs hypothèses : communication sociale, entretien musculaire ou interaction avec les humains.
- L’étude souligne l’importance de la science citoyenne, sans laquelle ces observations seraient restées méconnues.
- Les chercheurs excluent une explication physiologique classique, comme celle des humains, la gueule des baleines n’étant pas reliée à leurs poumons.
Un comportement distinct de l’alimentation, observé dans trois régions du monde
Les baleines à bosse sont connues pour ouvrir leur gueule de manière impressionnante lorsqu’elles chassent le krill ou de petits poissons dans les eaux polaires. Cette technique leur permet d’engloutir d’énormes quantités d’eau et de proies, avant de filtrer l’eau grâce à leurs fanons. Cependant, le comportement filmé par les touristes est radicalement différent : les animaux ouvrent grand leur gueule alors qu’aucune nourriture n’est visible à proximité. Mieux encore, ces scènes ont été observées à des milliers de kilomètres de leurs zones d’alimentation habituelles, notamment aux Tonga, à Hawaï et au large de l’Australie.
La docteure Vanessa Pirotta, de l’Université Macquarie, et son équipe ont analysé ces vidéos, recensant 66 cas clairement localisés et datés. « Les opérateurs touristiques et les citoyens scientifiques consacrent de nombreuses heures à l’observation des baleines », rappelle la chercheuse. Sans ces enregistrements amateurs, il aurait été presque impossible de rassembler suffisamment de données sur ce comportement inhabituel.
Une possible augmentation du phénomène, mais des biais à prendre en compte
Les chercheurs s’interrogent sur une éventuelle augmentation de ces « bâillements » chez les baleines à bosse. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette impression : la reconstitution des populations depuis la fin de la chasse commerciale, la popularité croissante de l’observation des baleines et la facilité à filmer ces scènes avec des smartphones. Pourtant, selon l’étude, cette hausse apparente semble trop importante pour être uniquement liée à ces biais.
Ce phénomène a été observé dans des régions très éloignées, comme les Tonga, Hawaï ou l’Australie. Or, certaines populations de baleines à bosse des hémisphères nord et sud ne se croisent quasiment jamais, excluant ainsi l’idée d’un comportement copié au sein d’un même groupe. « Les baleines observent les gens », souligne Vanessa Pirotta, sans pour autant affirmer qu’elles chercheraient volontairement à divertir les touristes. Certaines vidéos montrent même des comportements surprenants sous l’eau, comme le refermement brutal de la mâchoire pour produire un son ou des activités ludiques chez les jeunes individus.
Des hypothèses multiples, mais aucune certitude
Les scientifiques avancent plusieurs pistes pour expliquer ce comportement. L’une d’elles suggère un rôle social ou une fonction de communication entre individus, ce comportement étant systématiquement observé dans un contexte social. Une autre hypothèse évoque un simple entretien musculaire : les baleines à bosse se nourrissant très peu durant leurs longues migrations, ouvrir régulièrement leur gueule pourrait permettre de solliciter les muscles de leur mâchoire.
Enfin, certaines vidéos montrent que les baleines semblent attentives aux humains présents sur les bateaux. « Cela ne signifie pas qu’elles cherchent à divertir les touristes », précise Vanessa Pirotta. Les chercheurs écartent en revanche l’idée qu’il s’agisse d’un vrai bâillement, comme chez les humains. Contrairement à nous, la bouche des baleines n’est pas reliée à leurs poumons : ouvrir la gueule ne leur permet donc pas de mieux respirer.
« Ce comportement reste un mystère. Les baleines à bosse continuent de nous surprendre, malgré des décennies d’observation. »
— Vanessa Pirotta, Université Macquarie
Un rappel sur l’intelligence et la communication des cétacés
Ce mystère s’ajoute à d’autres découvertes récentes sur l’intelligence des baleines à bosse. Une étude publiée en 2025 a révélé que ces cétacés utilisent un système de communication structuré selon les mêmes principes que le langage humain, bouleversant ainsi notre compréhension de l’évolution du langage. Ces mammifères marins, capables de chants longs et mélodieux, de sauts spectaculaires et de frappes de nageoires puissantes, continuent de fasciner les scientifiques par leur complexité.
Les baleines à bosse produisent également des bulles dans de nombreux contextes, notamment pour chasser ou interagir au sein du groupe. Une recherche récente a même mis en évidence l’émission de bulles spéciales en présence d’humains, suggérant une forme de communication ciblée. Ces découvertes rappellent à quel point ces géants des mers conservent une part de mystère, malgré les avancées scientifiques.
Les scientifiques n’ont pas encore de réponse définitive. Plusieurs hypothèses sont avancées : communication sociale, entretien musculaire ou interaction avec les humains. Aucune de ces pistes n’a été confirmée à ce stade, selon l’étude publiée par Futura Sciences.
L’étude sur le « bâillement » des baleines à bosse rappelle une fois de plus que ces animaux, malgré leur taille et leur visibilité, recèlent encore bien des secrets. Leur observation attentive, combinée à la science citoyenne, pourrait bien être la clé pour percer de nouveaux mystères dans les années à venir.