Le directeur de la publication du New York Times, Arthur Gregg Sulzberger, a livré un réquisitoire sans équivoque contre les géants de l’intelligence artificielle, lors du congrès mondial de la presse organisé par le WAN-IFRA à Marseille, ce lundi 1er juin 2026. Selon Le Figaro, il a pointé du doigt le « vol effronté de la propriété intellectuelle » dont seraient victimes les médias, tout en mettant en garde ses pairs contre les partenariats trop conciliants avec des entreprises comme OpenAI, Google, Perplexity, Microsoft ou Meta.
Dans un discours remarqué devant un auditorium comble, Sulzberger a estimé que « notre profession est trop silencieuse, trop passive et trop fragmentée face aux abus des entreprises qui dirigent la révolution de l’IA ». Une déclaration qui s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les éditeurs de presse et les acteurs technologiques, accusés de s’approprier le contenu journalistique sans compensation équitable.
Ce qu'il faut retenir
- Arthur Gregg Sulzberger, patron du New York Times, a critiqué lors du congrès du WAN-IFRA à Marseille les géants de l’IA pour leur exploitation de la propriété intellectuelle des médias.
- Il a qualifié l’IA générative de « péché originel » en raison de son « vol effronté » de contenus journalistiques, évoquant une « exploitation à une échelle sans précédent ».
- Le directeur du quotidien américain a pointé du doigt OpenAI, Google, Perplexity, Microsoft et Meta, lors de sa prise de parole.
- Sulzberger a appelé ses confrères à une mobilisation plus forte, estimant que la profession doit cesser d’être « passive et fragmentée ».
- Son intervention s’inscrit dans un débat plus large sur la survie économique des médias face à la révolution de l’intelligence artificielle.
Un réquisitoire cinglant contre les géants technologiques
Dans son allocution, Arthur Gregg Sulzberger n’a pas hésité à qualifier l’intelligence artificielle générative de « péché originel », en raison de son mode de fonctionnement basé, selon lui, sur un « vol effronté de propriété intellectuelle ». Il a expliqué que les sites d’information sont « exploités comme des mines à ciel ouvert » par ces entreprises, qui puisent dans leurs archives sans autorisation ni rémunération. Une pratique qu’il juge d’autant plus préoccupante qu’elle fragilise le modèle économique des éditeurs de presse, déjà mis à mal par la concurrence du numérique et la baisse des revenus publicitaires.
Pour illustrer son propos, Sulzberger a cité plusieurs acteurs majeurs du secteur, parmi lesquels OpenAI, Google, Perplexity, Microsoft et Meta. Ces entreprises, selon lui, « dirigent la révolution de l’IA » tout en bénéficiant sans contrepartie du travail des journalistes. Il a également rappelé que le congrès du WAN-IFRA, organisé à Marseille, est un espace privilégié pour évoquer les défis communs aux médias à l’ère du numérique.
Un appel à l’unité et à la mobilisation des médias
Face à cette situation, le directeur du New York Times a appelé ses homologues à « se réveiller » et à adopter une position plus offensive. « Notre profession est trop passive et trop fragmentée face à ces abus », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’une action collective pour défendre les droits des éditeurs. Il a mis en garde contre les accords signés avec les géants de la technologie, qu’il juge souvent déséquilibrés, et a appelé à une renégociation des termes de ces partenariats.
Sulzberger a également insisté sur la nécessité de financer l’information de qualité, alors que les revenus publicitaires s’effritent sous l’effet de la concurrence des plateformes numériques et de l’essor de l’IA. « Le déferlement de l’intelligence artificielle fragilise de façon inédite le modèle économique des éditeurs de presse », a-t-il rappelé, tout en soulignant que les médias doivent trouver des solutions pour préserver leur indépendance et leur viabilité financière.
Le contexte international et les enjeux de la régulation
Cette intervention s’inscrit dans un débat plus large sur la régulation de l’intelligence artificielle, alors que les gouvernements et les institutions internationales tentent de définir des cadres pour encadrer son développement. En Europe, par exemple, le règlement sur l’IA, adopté en 2024, prévoit des obligations pour les entreprises utilisant des systèmes d’IA à haut risque, mais son application reste un sujet de discussion.
Aux États-Unis, où le New York Times est basé, plusieurs médias ont déjà engagé des actions en justice contre les géants de la technologie pour violation du droit d’auteur. En décembre 2023, le quotidien new-yorkais avait notamment poursuivi Microsoft et OpenAI pour avoir utilisé ses articles afin d’entraîner leurs modèles d’IA sans autorisation ni compensation. Une procédure qui illustre les tensions croissantes entre les médias et les acteurs technologiques.
Pour les observateurs, la question centrale reste celle de l’équilibre entre innovation technologique et protection des droits des créateurs de contenu. Si les géants de l’IA continuent de s’appuyer sur les travaux des médias sans contrepartie, le risque est grand de voir disparaître une partie de la diversité de l’information, au profit d’un modèle économique contrôlé par quelques acteurs dominants.
Le patron du New York Times a explicitement nommé OpenAI, Google, Perplexity, Microsoft et Meta lors de son intervention au congrès du WAN-IFRA à Marseille.
Le quotidien new-yorkais a poursuivi Microsoft et OpenAI en décembre 2023 pour « violation du droit d’auteur », accusant ces entreprises d’avoir utilisé ses articles pour entraîner leurs modèles d’IA sans autorisation ni compensation.