Le cinéaste israélien Nadav Lapid, installé en France depuis cinq ans et connu pour ses prises de position critiques envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu, a dénoncé lundi 8 juin un appel au boycott qui l’a contraint à renoncer à sa participation au Festival international du documentaire et du film de court-métrage (FID) de Marseille. Selon Franceinfo - Culture, qui relaie l’AFP, le réalisateur a qualifié cette initiative de « très, très moche, perverse, très cruelle et violente ».

Ce qu'il faut retenir

  • Nadav Lapid, lauréat de l’Ours d’or en 2019, a annulé sa venue au FID Marseille après avoir été visé par un appel interne au boycott lancé par des cinéastes sélectionnés au festival.
  • Une dizaine de films se sont retirés parmi les 120 programmés, après que Lapid a renoncé à sa participation pour protester contre les pressions exercées à son encontre.
  • Le festival a condamné le boycott, affirmant qu’il était « parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable de la politique de son gouvernement ».
  • L’appel au boycott est lié au financement partiel du dernier film de Lapid, « Oui » (2025), par un fonds public israélien indépendant, et non par le gouvernement Netanyahu.
  • Une tribune signée par plus de 350 personnalités du cinéma, dont Arthur Harari et Claire Denis, soutient Lapid et dénonce une assimilation abusive entre son œuvre et une « ambassade culturelle israélienne ».

Un boycott interne au FID Marseille

Le FID Marseille, qui promeut le cinéma indépendant à travers fictions et documentaires, a été le théâtre d’un mouvement de rejet inédit. Selon les explications de Tsveta Dobreva, la directrice du festival, contactée par l’AFP, un appel au boycott a été lancé en interne par des cinéastes sélectionnés au festival. Ceux-ci refusaient initialement la présence de Lapid au jury, avant de s’en prendre finalement à la projection de son film « Le Policier » (2011), que le réalisateur devait présenter. C’est dans ce contexte que Lapid a décidé de se retirer lui-même, par mesure de principe.

Le bilan de ce mouvement est lourd : une dizaine de films se sont désistés sur les 120 initialement programmés. Une décision qui a pris de court l’organisation, d’autant que le FID défend une ligne artistique ouverte au débat et à la diversité des points de vue. Dans un communiqué, le festival a déploré cette dynamique, soulignant qu’elle privait le public d’un dialogue essentiel.

Nadav Lapid, figure controversée mais engagée

Nadav Lapid, dont le dernier film « Oui » (2025) a été présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, incarne une voix dissidente au sein du paysage cinématographique israélien. Son œuvre dépeint une société israélienne « défigurée par la soif de vengeance » après les attaques du 7 octobre 2023 et marquée par une indifférence envers les victimes palestiniennes à Gaza. Installé en France depuis cinq ans pour protester contre la politique de Netanyahu, Lapid vit mal cette exclusion, qu’il perçoit comme une remise en cause de sa légitimité artistique.

« Quand j’ai vu les pressions par rapport à ma participation au festival, je me suis dit que peut-être je n’avais pas ma place en France », a-t-il déclaré à l’AFP. « Si ma présence est inacceptable et si on peut juste m’effacer ou me balayer d’un événement du cinéma, je ne sais pas ce que je vais foutre ici en fait. » Une déclaration qui illustre son sentiment de vulnérabilité, renforcé par son statut d’exilé politique. Lapid a précisé qu’il ne cherchait pas à « s’apitoyer sur son sort », mais à alerter sur les dérives d’un mouvement qui, selon lui, étouffe le débat.

Un financement public israélien au cœur de la polémique

Les tenants du boycott reprochent à Lapid d’avoir bénéficié, pour son film « Oui », d’une subvention publique israélienne. Une critique que la productrice du film, Judith Lou Lévy (Films du Bal), rejette catégoriquement. Selon elle, cette aide, représentant 12 % du budget total, provient d’un fonds indépendant et non gouvernemental, souvent attaqué par le gouvernement Netanyahu. « En aucun cas, il n’y a eu de contrepartie », a-t-elle affirmé à l’AFP, ajoutant que le film était « extrêmement critique de la politique israélienne ».

Pour la productrice, l’appel au boycott aggrave surtout un « manque d’espace de discussion » nécessaire pour lever les malentendus sur la production du film, réalisé en France et sans lien avec une quelconque propagande étatique. Une position partagée par le FID, qui a rappelé dans son communiqué que les artistes comme Lapid, critiques envers leur gouvernement, devaient être « accueillis et écoutés », même si leurs récits sont ensuite contestés.

Une mobilisation artistique en soutien à Lapid

Face à cette situation, plus de 350 personnalités du cinéma français et international ont signé une tribune intitulée « Le cinéma n’est pas une ambassade ». Publiée lundi dans Le Monde, elle dénonce l’assimilation abusive entre Nadav Lapid et une « ambassade culturelle israélienne », alors qu’il « a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza ». Parmi les signataires figurent des réalisateurs comme Arthur Harari, Louis Garrel ou Claire Denis, ainsi que la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF) et l’écrivain palestinien Elias Sanbar.

Le FID a fait savoir qu’il souscrivait « pleinement » à cette tribune, réaffirmant son attachement à la liberté artistique et à la diversité des voix. Pour les organisateurs, cette affaire révèle une tendance inquiétante : la volonté de certains milieux de censurer des artistes au nom de leurs origines ou de leurs positions politiques, au détriment du débat démocratique.

Et maintenant ?

Alors que le FID Marseille s’achève ce week-end, la polémique pourrait avoir des répercussions sur les prochaines éditions du festival, dont la programmation repose sur l’audace et l’ouverture. Pour Nadav Lapid, cette affaire soulève une question plus large : celle de la place des artistes exilés ou critiques dans un paysage culturel de plus en plus polarisé. Reste à voir si cette mobilisation signale un tournant dans la défense de la liberté artistique, ou si elle restera isolée face à la montée des pressions idéologiques.

Dans l’immédiat, le festival a choisi de maintenir son engagement en faveur du débat, tout en condamnant les appels au boycott. Quant à Lapid, il a indiqué qu’il continuerait à travailler sur de nouveaux projets, malgré le climat délétère. Une chose est sûre : cette affaire a braqué les projecteurs sur les tensions qui traversent aujourd’hui le monde du cinéma, entre engagement politique et liberté créatrice.

L’appel au boycott a été lancé en interne par des cinéastes sélectionnés au festival, qui refusaient initialement la présence de Lapid au jury, avant de s’en prendre à la projection de son film « Le Policier ». Le réalisateur, connu pour ses critiques envers le gouvernement Netanyahu, a finalement renoncé à sa participation pour protester contre ces pressions, qualifiées de « cruelles » et « violentes ».

Le film « Oui » (2025) a bénéficié d’une subvention publique israélienne représentant 12 % de son budget, provenant d’un fonds indépendant et non gouvernemental. Les tenants du boycott ont utilisé ce financement comme argument pour justifier leur exclusion, mais la productrice Judith Lou Lévy a précisé qu’il n’y avait « aucune contrepartie » politique et que le film était « extrêmement critique de la politique israélienne ».