Le 3 octobre 1971 restera comme une date charnière dans l’histoire de l’informatique. Ce jour-là, Ray Tomlinson, ingénieur américain, envoie le premier e-mail de l’histoire entre deux machines situées dans la même pièce. Mais ce qui rend cet événement encore plus remarquable, c’est le symbole qu’il utilise pour séparer le nom de l’utilisateur de celui de sa machine : le « @ ». Un signe aujourd’hui omniprésent, mais dont l’adoption ne devait rien au hasard. Journal du Geek revient sur cette anecdote méconnue qui a pourtant façonné l’ère numérique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 3 octobre 1971, Ray Tomlinson envoie le premier e-mail de l’histoire entre deux machines d’ARPANET, le précurseur d’Internet.
  • Il y utilise pour la première fois le symbole « @ », alors quasi-invisible dans le monde de l’informatique.
  • Ce signe, vieux de cinq siècles, s’impose rapidement comme une norme mondiale pour les adresses électroniques.
  • Tomlinson a choisi ce symbole pour sa lisibilité et sa simplicité d’utilisation sur les claviers de l’époque.

Un symbole chargé d’histoire, presque abandonné

Le « @ » n’est pas une invention récente. Apparu au XVe siècle sous la plume de marchands italiens, il servait initialement à indiquer un prix unitaire – « 3 pommes @ 10 centimes » signifiant « 3 pommes à 10 centimes pièce ». Au fil des siècles, son usage s’est diversifié, passant par les comptes de douane espagnols au XVIIe siècle, où il désignait un tonneau, avant de devenir un symbole administratif en France au XIXe siècle. Pourtant, en 1971, il était considéré comme un reliquat du passé, presque invisible dans les milieux techniques.

Ray Tomlinson travaillait alors pour Bolt, Beranek and Newman, une entreprise spécialisée dans les systèmes de communication pour l’armée américaine, plus précisément pour le réseau ARPANET, ancêtre d’Internet. Il cherchait un moyen simple et efficace de distinguer le nom de l’utilisateur du nom de la machine dans une adresse électronique. Après avoir testé plusieurs symboles – comme les deux-points ou la virgule –, il opte pour le « @ », disponible sur les claviers de l’époque et facile à reconnaître, même sur les terminaux rudimentaires de l’époque. « C’était un choix purement pratique, mais qui a tout changé », a-t-il déclaré bien plus tard, selon Journal du Geek.

De l’anonymat à l’omniprésence : l’ascension d’un signe discret

À l’époque, le « @ » était si peu utilisé que Tomlinson aurait pu choisir un autre symbole sans que personne ne s’en aperçoive. Pourtant, son adoption s’est imposée naturellement. D’abord parce que les programmeurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET ont trouvé cette notation intuitive. Ensuite, parce que les systèmes de messagerie électronique, comme SendMail, ont intégré cette syntaxe dès les années 1980, la rendant indispensable.

Bref, ce qui n’était qu’un détail technique est devenu un élément central de notre vie quotidienne. Aujourd’hui, le « @ » figure dans près de 4,6 milliards d’adresses e-mail actives dans le monde, selon les estimations de l’Union internationale des télécommunications. Il a aussi investi les réseaux sociaux, où il sert à mentionner un utilisateur, et s’est étendu à des domaines aussi variés que la finance, le marketing ou même la politique. « Sans le choix de Tomlinson, Internet tel qu’on le connaît n’existerait peut-être pas », souligne Journal du Geek.

Un héritage technique et culturel

L’histoire du « @ » illustre la manière dont des décisions apparemment mineures peuvent avoir des conséquences monumentales. Tomlinson lui-même a souvent minimisé son rôle, expliquant que le symbole existait déjà et qu’il n’a fait que le réutiliser. Pourtant, sans son intervention, l’adresse électronique aurait pu adopter une autre forme, plus complexe ou moins intuitive. Les chercheurs de l’époque explorant les protocoles de communication n’avaient pas anticipé l’importance que prendrait ce signe.

Côté..., son adoption a aussi posé les bases des standards modernes de l’e-mail. Les protocoles comme SMTP (Simple Mail Transfer Protocol), développés dans les années 1980, reposent sur cette syntaxe pour acheminer les messages à travers le monde. Sans le « @ », la structure des adresses aurait pu être radicalement différente, rendant l’e-mail moins accessible au grand public. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer un monde sans ce petit symbole en forme de « a » cerclé – preuve que les détails, même invisibles, façonnent notre quotidien.

Et maintenant ?

Alors que l’e-mail reste le principal canal de communication professionnelle et personnelle, avec plus de 306 milliards d’e-mails envoyés chaque jour dans le monde (source : Radicati Group, 2025), l’avenir du « @ » semble assuré. Les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle ou les messageries instantanées, pourraient en revanche réduire son usage dans certains contextes. Reste à voir si ce symbole, né d’un choix technique il y a plus de 50 ans, résistera à l’épreuve du temps ou si une nouvelle norme émergera pour le remplacer.

Une chose est sûre : l’anecdote de 1971 rappelle que les innovations les plus simples peuvent avoir l’impact le plus durable. Et dans un monde où les technologies évoluent à un rythme effréné, cette leçon reste plus pertinente que jamais.

Tomlinson a opté pour le « @ » car il était disponible sur les claviers de l’époque, facile à reconnaître et à utiliser sur les terminaux rudimentaires d’ARPANET. Il a testé d’autres symboles comme les deux-points ou la virgule, mais a finalement retenu le « @ » pour sa simplicité et sa lisibilité, selon les archives rapportées par Journal du Geek.