Le gouvernement tchadien a annoncé lundi sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), selon Le Figaro. Cette décision est l'aboutissement d'un examen approfondi du fonctionnement de la Cour pénale internationale, ainsi que de son bilan dont l'efficacité demeure limitée et à géométrie variable, a indiqué le gouvernement tchadien dans un communiqué.
Le Tchad estime que la CPI se concentre trop sur les pays africains. En effet, sur les treize enquêtes ouvertes par la Cour depuis son entrée en vigueur, neuf concernent des États africains, contre quatre ouvertes dans d'autres régions du monde mais sans avancées concrètes, a fustigé le porte-parole. À la même date, la Cour ne compte plus que sept personnes détenues, dont six sont poursuivies dans des situations africaines.
Ce qu'il faut retenir
- Le Tchad annonce son retrait de la Cour pénale internationale
- La CPI est accusée de se concentrer trop sur les pays africains
- Neuf des treize enquêtes ouvertes par la Cour concernent des États africains
- La décision du Tchad a été prise à l'incitation des États-Unis
- Le Tchad est membre de la CPI depuis 2006
Contexte
La Cour pénale internationale a pour mission de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis dans le monde, lorsque les pays n'ont pas la volonté ou la capacité de le faire eux-mêmes. Le Tchad en était membre depuis 2006. Les régimes militaires sahéliens du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont eux aussi annoncé leur retrait de la CPI début juillet, la qualifiant d'«instrument de répression néocoloniale aux mains de l'impérialisme».
Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, a expliqué que le Tchad ne se sentait plus en phase avec la Cour pénale internationale telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Il a appelé les autres pays africains membres de la CPI à réévaluer leur appartenance à l'institution. «Nous ne devons plus accepter d'être les victimes consentantes d'un système à double vitesse», a-t-il insisté.
Reactions
La décision du Tchad a été prise à la demande des États-Unis, selon un communiqué publié sur la page Facebook du ministre tchadien des Affaires étrangères. Franck Garcia, le sous-secrétaire d'État américain chargé des Affaires africaines, a exhorté le gouvernement tchadien à reconsidérer son adhésion à la CPI au cours d'un échange téléphonique avec le chef de la diplomatie tchadienne.
Les États-Unis ont lancé mi-juillet une offensive diplomatique majeure contre la CPI, leur bête noire, accusée de «menacer» les Américains, promettant de nouvelles sanctions et appelant leurs partenaires à s'en retirer. Le Venezuela, proche allié de Washington, a également annoncé son retrait de l'institution vendredi.
Conséquences
Le Tchad prend cette décision alors qu'il a été accusé par l'armée soudanaise et par plusieurs ONG de leur faciliter les envois d'armes venues des Émirats arabes unis (EAU) à destination des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui s'opposent depuis avril 2023 à l'armée soudanaise dans une guerre civile meurtrière.
«Cette décision compromet les perspectives de succès de plusieurs initiatives en cours, notamment le signalement que nous avons déposé en 2025, pour des ONG, concernant des faits présumés de complicité de crimes internationaux liés, entre autres, à l'acheminement d'armes en provenance des EAU au profit des FSR», a commenté l'avocat français Vincent Brengarth.
La situation reste à suivre de près, car les conséquences de cette décision pourraient être importantes pour la communauté internationale et pour les pays africains en particulier.