Alors que les électeurs arméniens se rendent aux urnes ce dimanche pour renouveler leur Parlement, les autorités d’Erevan dénoncent une offensive de désinformation menée depuis Moscou. Selon France 24, ces opérations visent à discréditer le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian, coupable à leurs yeux de se rapprocher de l’Union européenne. Une stratégie qui s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre l’Arménie et la Russie.

Ce qu'il faut retenir

  • Des campagnes de désinformation massives en provenance de Russie ciblent l’Arménie avant les législatives de ce dimanche
  • Moscou s’oppose au rapprochement entre Erevan et Bruxelles sous la direction du Premier ministre Nikol Pachinian
  • Les opérations de déstabilisation incluent la diffusion d’infox et la manipulation de l’opinion publique

Un scrutin sous haute tension médiatique

Pour la première fois depuis des années, l’Arménie organise des législatives anticipées le 8 juin 2026. Mais ces élections se déroulent dans un climat de guerre de l’information. France 24 révèle que des comptes pro-russes, parfois relayés par des médias contrôlés par Moscou, diffusent massivement des fausses informations sur le gouvernement arménien. « Ces campagnes visent à semer le doute sur la légitimité des institutions arméniennes », explique un analyste cité par la chaîne. Parmi les thèmes récurrents : la corruption du pouvoir en place et son allégeance supposée à l’Occident.

Nikol Pachinian, Premier ministre depuis 2018, est particulièrement ciblé. Son gouvernement a multiplié les gestes en direction de l’Union européenne ces derniers mois, notamment en signant un accord de coopération renforcée. Une orientation qui irrite le Kremlin, pour qui l’Arménie reste un partenaire stratégique dans le Caucase du Sud.

Moscou en première ligne contre le virage européen d’Erevan

La Russie n’a jamais caché son opposition au rapprochement entre l’Arménie et l’UE. Depuis l’arrivée de Pachinian au pouvoir, les relations entre Moscou et Erevan se sont dégradées. En 2024, l’Arménie avait déjà réduit sa participation aux structures militaires russes, comme l’OTSC, avant de quitter définitivement le traité de sécurité collective en 2025. « La désinformation est devenue l’une des armes privilégiées du Kremlin pour maintenir son influence », souligne un expert en géopolitique interviewed par France 24.

Les réseaux sociaux russes, notamment Telegram et VKontakte, sont saturés de contenus hostiles au gouvernement arménien. Des sites d’infox locaux, souvent hébergés sur des serveurs russes, publient des articles accusant Pachinian de « trahison » envers son allié historique. Autant dire que la campagne électorale arménienne se déroule sous une pluie de messages hostiles, avec un risque avéré de manipulation du vote.

Erevan contre-attaque, mais la partie reste inégale

Face à cette offensive, les autorités arméniennes tentent de riposter. Le service de sécurité national (NSS) a annoncé avoir identifié et bloqué plusieurs réseaux de diffusion de fake news liés à des groupes pro-russes. « Nous avons renforcé nos capacités de détection des comptes automatisés et des campagnes de désinformation », a déclaré un porte-parole du NSS à France 24. Cependant, les moyens disponibles restent limités face à la puissance des outils employés par Moscou.

Le gouvernement arménien mise aussi sur une campagne de communication officielle pour contrer les narratifs russes. Des spots télévisés et des publications sur les réseaux sociaux rappellent les engagements du pays en faveur de la démocratie et de la souveraineté. Mais l’efficacité de ces mesures reste difficile à évaluer, d’autant que les électeurs les plus jeunes, principaux utilisateurs des réseaux sociaux, sont aussi les plus exposés aux fake news.

Et maintenant ?

Les résultats des législatives, attendus pour le 9 juin au soir, pourraient révéler l’ampleur de l’impact des campagnes de désinformation. Si le parti du Premier ministre, le Contrat civil, conserve la majorité, Pachinian devrait poursuivre sa politique pro-européenne. En revanche, une défaite électorale pourrait affaiblir sa position et relancer les tensions avec Moscou. Quoi qu’il en soit, l’Arménie devra composer avec une réalité géopolitique de plus en plus complexe, où l’information devient un champ de bataille à part entière.

Cette élection s’inscrit dans un contexte régional tendu, marqué par la guerre en Ukraine et les rivalités entre la Russie et l’Occident. Pour Erevan, l’enjeu est double : préserver sa souveraineté tout en évitant une rupture brutale avec son voisin russe. Les prochains mois diront si l’Arménie parvient à concilier ces impératifs.

Selon France 24, les campagnes de désinformation ciblent surtout deux axes : d’une part, l’accusation de corruption portée contre le gouvernement de Nikol Pachinian, et d’autre part, la remise en cause de sa loyauté envers la Russie. Des articles fantaisistes prétendent également que l’Arménie s’apprêterait à rejoindre l’OTAN, une affirmation démentie par Erevan.