Le géant français des installations électriques Legrand annonce une restructuration majeure en France, avec la suppression de 178 postes d’ici 2028 et un investissement de 80 millions d’euros dans l’Hexagone. Selon BFM Business, cette réorganisation vise à faire face à une concurrence accrue, notamment venue d’Asie, et à adapter ses capacités de production aux nouveaux enjeux énergétiques et numériques.
Ce qu'il faut retenir
- Fermeture de quatre sites français d’ici 2028, réduisant le nombre d’usines de 20 à 14.
- 178 postes supprimés dans le cadre d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), avec des solutions de reclassement proposées.
- Investissement de plus de 80 millions d’euros, dont 20 millions pour moderniser les sites retenus et 60 millions pour les activités liées à la transition numérique et énergétique.
- Les usines concernées par les fermetures sont situées à Pont-en-Royans (Isère), Lagord (Charente-Maritime), Confolens (Charente) et Châlus (Haute-Vienne).
- Le groupe table sur une croissance de 10 % à 15 % de son activité en 2026, après un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros en 2025.
Une restructuration motivée par la concurrence asiatique et la crise du BTP
Legrand, dont le siège social se trouve à Limoges (Haute-Vienne), justifie cette réorganisation par un environnement économique difficile. Le marché de la construction en France reste « bien en deçà de l’avant-Covid », avec une concurrence « forte » de la part des acteurs asiatiques, explique Morgan Malecotte, directeur de Legrand France, à BFM Business. « On a beaucoup de petits sites, on va les regrouper pour créer des centres de compétences », précise-t-il, soulignant l’objectif de maintenir la compétitivité du « fabriqué en France ».
Cette restructuration s’inscrit dans un contexte de crise durable pour le secteur du bâtiment, qui pèse sur les activités traditionnelles de Legrand. Le groupe mise donc sur la transition énergétique et numérique, deux domaines où il prévoit d’investir 60 millions d’euros sur la période. « On a un domaine d’activité très large, entre l’arrivée de l’électricité et sa consommation », rappelle Michel Robert, délégué syndical central CFDT, « mais une multitude d’acteurs sur des domaines bien définis nous attaquent ».
Quatre sites concernés par les fermetures, 178 postes en jeu
La fermeture de quatre usines est programmée : Pont-en-Royans (Isère), Lagord (Charente-Maritime), Confolens (Charente) et Châlus (Haute-Vienne). Leurs activités seront progressivement transférées vers d’autres sites du groupe, notamment à Magré (Haute-Vienne), Sitel (Haute-Vienne) et Sillé-le-Guillaume (Sarthe). L’intégralité des salariés de l’usine de Pont-en-Royans sera affectée au site voisin de Saint-Marcellin (Isère).
Le plan prévoit la suppression de 178 postes d’ici fin 2028. Selon Morgan Malecotte, Legrand s’engage à proposer des solutions de reclassement interne, mais des licenciements pourraient intervenir si les postes proposés ne correspondent pas aux attentes des salariés. « Il y aura obligatoirement des licenciements, parce qu’il n’y aura pas de places pour tout le monde », estime Michel Robert, qui dénonce une « rupture totale avec les pratiques habituelles » du groupe. Il évoque aussi une « stupéfaction » face à cette décision, alors que Legrand avait mené une réorganisation similaire fin 2024 sans licenciement.
Un investissement ciblé pour moderniser les capacités de production
Sur les 80 millions d’euros investis en France, 20 millions seront consacrés à la modernisation des sites retenus pour accueillir les activités des usines fermées. L’objectif est de créer des « centres de compétences » plus compétitifs, capables de répondre aux besoins du marché. Le reste des fonds servira à développer les activités liées à la transition énergétique et numérique, deux secteurs porteurs pour Legrand.
Ces investissements s’ajoutent aux efforts déjà engagés par le groupe, qui emploie 5 000 personnes en France et exporte la moitié de sa production vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. En 2025, Legrand a enregistré un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros (soit 6,7 % de son chiffre d’affaires) et un chiffre d’affaires de 9,5 milliards d’euros (9,6 %), selon les données communiquées par le groupe.
Un plan social encadré par un PSE, avec des incertitudes pour les salariés
Le projet de restructuration est soumis à une procédure d’information-consultation des instances représentatives du personnel à partir du 23 juin 2026. Il prend la forme d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), ce qui signifie que des licenciements pourraient être prononcés si les solutions de reclassement ne suffisent pas à absorber les 178 postes concernés.
Morgan Malecotte assure que « on va pouvoir proposer des solutions de reclassement à tous ceux qui le souhaitent », tout en reconnaissant que l’attrition naturelle (départs en retraite) ne suffira pas à couvrir l’intégralité des suppressions. Michel Robert, de la CFDT, craint quant à lui que « les contraintes logistiques et géographiques » ne permettent pas un reclassement optimal pour tous les salariés.
Avec cette réorganisation, Legrand confirme sa volonté de recentrer ses activités en France autour de sites plus spécialisés et compétitifs. Le pari est double : réduire les coûts tout en investissant dans des domaines d’avenir, alors que le marché traditionnel du bâtiment peine à se relever.
Legrand indique qu’il proposera des solutions de reclassement interne aux salariés concernés, ainsi qu’un plan de départs volontaires à la retraite. Cependant, compte tenu du nombre de postes à supprimer (178), des licenciements pourraient intervenir si les postes proposés ne correspondent pas aux attentes ou si leur localisation géographique pose problème.