Avec un taux d’emploi des 60-64 ans multiplié par quatre entre 2001 et 2025, la France enregistre une progression historique de l’activité professionnelle des seniors. Selon le Monde - Politique, cette tranche d’âge n’a jamais été aussi présente sur le marché du travail depuis un demi-siècle. Pourtant, malgré cette dynamique, le pays accuse un retard significatif face à ses voisins européens.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre fois plus de seniors en activité en 2025 qu’en 2001, avec un taux d’emploi passant de 15 % à près de 60 % pour les 60-64 ans.
  • La France reste derrière la moyenne européenne, où l’emploi des seniors dépasse souvent les 70 % dans plusieurs pays.
  • Cette progression s’explique en partie par la réforme des retraites, qui a repoussé l’âge légal et incité à prolonger l’activité professionnelle.
  • Les 60-64 ans ne sont pas les seuls concernés : le taux d’emploi des 65-69 ans a également fortement augmenté, bien qu’à un niveau inférieur.
  • Les écarts persistent entre secteurs : l’industrie et les services publics affichent des taux plus élevés que le commerce ou l’hôtellerie.

Une progression historique, mais contrastée

Le bond enregistré depuis 2001 marque un tournant dans la relation des Français à l’emploi après 60 ans. « On n’a jamais connu une telle dynamique sur une période aussi longue », explique un économiste interrogé par le Monde - Politique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2001, seulement 15 % des 60-64 ans exerçaient une activité professionnelle. En 2025, ce taux atteint près de 60 %, un niveau inédit depuis les années 1970. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de vieillissement actif, porté par des réformes successives des retraites et une meilleure santé des seniors.

Pour autant, cette avancée ne suffit pas à combler le retard accumulé face à l’Europe. Plusieurs pays nordiques, comme la Suède ou le Danemark, affichent des taux d’emploi des seniors dépassant les 70 %, tandis que l’Allemagne et les Pays-Bas se situent entre 65 % et 70 %. « La France part de loin », souligne un expert, qui rappelle que les politiques publiques françaises en faveur de l’emploi senior restent moins incitatives que chez ses voisins. Les dispositifs comme le cumul emploi-retraite ou les aménagements de fin de carrière y sont moins développés.

Des disparités sectorielles marquées

Tous les secteurs ne bénéficient pas de la même manière de cette hausse de l’emploi senior. Les industries manufacturières, souvent confrontées à des pénuries de main-d’œuvre, figurent parmi les plus dynamiques. « Dans l’automobile ou l’aéronautique, les entreprises poussent à l’embauche de seniors pour leur expérience », précise un responsable syndical. À l’inverse, des secteurs comme le commerce ou l’hôtellerie-restauration, où les conditions de travail sont plus pénibles, peinent à retenir leurs salariés âgés.

Les services publics, notamment la fonction hospitalière et l’éducation, affichent également des taux élevés, en partie grâce à des mesures spécifiques comme le maintien en poste ou les dérogations à la retraite. Pourtant, ces disparités soulèvent des questions sur l’équité d’un système qui favorise certains métiers au détriment d’autres. « On ne peut pas demander aux seniors de travailler plus longtemps sans leur offrir des conditions adaptées », alerte une sociologue spécialiste du vieillissement professionnel.

Et maintenant ?

Cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir, sous l’effet conjugué du vieillissement de la population et des réformes en cours. Les prochaines échéances législatives, notamment les discussions sur le financement des retraites prévues d’ici 2027, pourraient encore modifier la donne. Une chose est sûre : la question de l’emploi senior restera au cœur des débats économiques et sociaux.

Un débat plus large sur le vieillissement actif

Au-delà des chiffres, cette évolution interroge sur la place des seniors dans la société. Si la réforme des retraites a joué un rôle clé, elle n’explique pas tout. Les mentalités ont également changé : les générations nées dans les années 1960, habituées à une vie active plus longue, sont moins enclines à prendre leur retraite dès 60 ou 62 ans. « Les seniors d’aujourd’hui ne veulent plus être considérés comme des retraités, mais comme des actifs à part entière », observe un responsable d’entreprise.

Pourtant, des défis persistent. Le chômage de longue durée touche davantage les seniors après 55 ans, et leur accès à la formation professionnelle reste limité. Des pistes sont à l’étude, comme le développement du mentorat intergénérationnel ou l’adaptation des postes de travail. Reste à savoir si ces mesures suffiront à réduire l’écart avec l’Europe.

En attendant, une chose est certaine : la France a encore du chemin à parcourir pour aligner ses pratiques sur celles de ses voisins les plus performants.

Selon les données disponibles, la Suède, le Danemark, l’Allemagne et les Pays-Bas figurent parmi les pays où le taux d’emploi des 60-64 ans dépasse les 65 %. La Suède, en tête du classement, atteint près de 75 % pour cette tranche d’âge.