Le musée de Grenoble consacre une rétrospective inédite à Léon Tutundjian (1905-1968), figure majeure mais longtemps oubliée de l’art moderne. Intitulée « Poétique du cosmos », cette exposition retrace la carrière d’un peintre et cofondateur du mouvement de l’art concret, dont les œuvres ont inspiré des artistes aussi renommés qu’Alexander Calder ou Jean Arp. Selon RFI, cette manifestation marque la première reconnaissance institutionnelle de Tutundjian en tant que chaînon essentiel de l’avant-garde du XXe siècle.
Ce qu'il faut retenir
- Léon Tutundjian, né en 1905 dans l’Empire ottoman, a survécu au génocide arménien (1915-1916) avant de s’installer en France.
- Il est l’un des cofondateurs du mouvement art concret, aux côtés de figures comme Theo van Doesburg.
- L’exposition « Poétique du cosmos » au musée de Grenoble lui rend hommage du 10 septembre au 12 décembre 2026.
- Son œuvre, à la fois abstraite et poétique, a influencé Alexander Calder pour ses mobiles et Jean Arp dans son approche de la forme.
- Cette rétrospective est la première du genre, soulignant son rôle clé dans l’évolution de l’art moderne.
Un artiste discret marqué par l’histoire
Né en 1905 dans l’actuelle Turquie, alors intégrée à l’Empire ottoman, Léon Tutundjian a connu une jeunesse bouleversée par le génocide arménien de 1915-1916. Sa famille ayant fui les persécutions, il se retrouve en France dans les années 1920, où il s’installe définitivement après 1929. Contrairement à nombre de ses contemporains, Tutundjian a toujours préféré l’ombre à la lumière, choisissant de rester une personnalité discrète malgré son appartenance à des cercles artistiques influents. Selon RFI, cette discrétion explique en partie l’oubli relatif dans lequel son œuvre est tombée après sa mort en 1968.
Son parcours artistique commence dans les années 1930, alors qu’il participe activement à la définition de l’art concret, un mouvement prônant une abstraction radicale fondée sur des formes géométriques pures et une réflexion sur l’espace. Avec des artistes comme Auguste Herbin ou Theo van Doesburg, il contribue à théoriser une approche où l’art ne cherche plus à représenter le réel, mais à exister par lui-même, dans une logique autonome.
Une rétrospective pour réhabiliter un pionnier
L’exposition « Poétique du cosmos », visible au musée de Grenoble jusqu’au 12 décembre 2026, se veut une plongée dans l’univers visuel de Tutundjian. L’accrochage met en lumière ses peintures, dessins et compositions où se mêlent rigueur géométrique et lyrisme abstrait. Le titre de l’exposition évoque cette dimension cosmique de son travail, où les formes semblent flotter dans un espace infini, préfigurant les mobiles de Calder ou les reliefs de Jean Arp. Comme le rapporte RFI, cette manifestation s’appuie sur des prêts de collections privées et publiques, dont le Centre Pompidou et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
Les commissaires de l’exposition ont également choisi de replacer Tutundjian dans son contexte historique. Une section dédiée évoque son exil forcé et son engagement, bien que discret, dans la communauté arménienne de France. Des archives, lettres et photographies inédites illustrent ainsi les multiples facettes de sa vie, entre traumatisme, création et intégration.
Une influence reconnue, mais longtemps méconnue
Si Tutundjian est aujourd’hui considéré comme un chaînon manquant de l’art moderne, son influence sur des artistes comme Alexander Calder ou Jean Arp n’a été que tardivement documentée. Dans les années 1930-1940, ses œuvres abstraites dialoguent avec celles de ses contemporains, tout en développant une signature visuelle immédiatement identifiable. Son usage de la couleur et des formes organiques, bien que moins systématique que chez Mondrian ou Malevitch, en fait une figure à part dans le paysage de l’abstraction.
« Tutundjian incarne cette capacité à transformer une expérience traumatique en langage universel. Son art concret n’est pas seulement une affaire de géométrie, mais une quête de sens à travers l’abstraction. »
— Commissaire de l’exposition, musée de Grenoble
Un héritage à redécouvrir
La rétrospective grenobloise s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de l’histoire de l’art du XXe siècle. Longtemps éclipsé par les grands noms de l’abstraction ou du surréalisme, Tutundjian fait désormais l’objet d’études approfondies. Des catalogues raisonnés et des recherches universitaires récentes ont permis de reconstituer son parcours, révélant des liens inattendus avec des mouvements aussi variés que le neoplasticisme ou le constructivisme russe. Comme le souligne RFI, cette exposition pourrait marquer un tournant dans la perception de son œuvre.
Pour les amateurs d’art, cette manifestation offre aussi l’opportunité de découvrir des pièces rares, souvent conservées dans des collections particulières. Le musée de Grenoble, qui possède déjà plusieurs œuvres de l’artiste, a profité de ce projet pour acquérir de nouveaux fonds, notamment des gouaches et des études préparatoires jamais exposées auparavant.
En attendant, les visiteurs grenoblois pourront donc (re)découvrir un artiste dont le génie, longtemps éclipsé, mérite enfin une place centrale dans le récit de l’art du XXe siècle.