Le pape Léon XIV a clairement marqué une rupture avec l’approche de son prédécesseur François sur la question de l’immigration, lors d’une conférence de presse donnée jeudi soir à bord de l’avion le ramenant d’Afrique vers Rome. Selon Le Figaro, cette déclaration s’inscrit dans le cadre d’une tournée africaine engagée, où le souverain pontife a multiplié les prises de position sur les enjeux de justice sociale et de gouvernance. Autant dire que ce changement de cap théologique et politique marque un tournant dans l’histoire récente du Vatican.
Ce qu'il faut retenir
- Léon XIV reconnaît le droit légitime des États à contrôler leurs frontières, une position inédite dans la continuité de François.
- Il appelle les pays riches à soutenir les nations pauvres pour limiter les migrations forcées, en ciblant notamment la corruption et les inégalités structurelles.
- Le pape américain insiste sur le respect dû aux migrants, quel que soit leur statut, tout en exigeant des pays du Sud qu’ils assument leurs responsabilités.
- Cette déclaration intervient lors d’une visite officielle en Afrique, continent où Léon XIV a multiplié les discours sur la bonne gouvernance.
- Le Vatican rompt ainsi avec une doctrine migratoire centrée sur l’accueil inconditionnel, initiée par François en 2013.
Une doctrine migratoire redéfinie lors d’un déplacement en Afrique
Lors de sa tournée en Angola, le pape Léon XIV a profité de chaque intervention pour souligner l’importance de la stabilité politique et économique en Afrique, un continent qu’il a parcouru en quelques jours seulement. Selon Le Figaro, il a répété à plusieurs reprises que la lutte contre la corruption et l’exploitation des ressources naturelles devait primer pour éviter que les populations ne soient contraintes à l’exil. « Les pays du Nord ont un rôle à jouer dans cette équation », a-t-il indiqué, sans pour autant détailler les mécanismes concrets de cette aide.
Cette position tranche avec celle de François, qui avait fait de l’accueil des migrants un pilier de son pontificat, notamment lors de la crise migratoire de 2015. Léon XIV, élu en 2025, semble privilégier une approche plus pragmatique, où la souveraineté des États et la responsabilité des gouvernements locaux priment. — Cette vision s’inscrit dans une logique de partenariat plutôt que de subvention passive, a-t-il expliqué lors de la conférence de presse.
Contrôle des frontières et justice sociale : les deux piliers de la nouvelle doctrine
Le pape américain a rappelé à plusieurs reprises que le droit des États à réguler leurs flux migratoires était « légitime et nécessaire ». Une affirmation qui contraste avec les appels répétés de François à ouvrir les frontières, notamment en Europe. Léon XIV a précisé que cette reconnaissance ne remettait pas en cause « le respect dû à la dignité humaine » des migrants, mais qu’elle devait s’accompagner de mesures structurelles pour éviter les départs massifs. Côté africain, il a pointé du doigt les « élites corrompues » qui, selon lui, maintiennent leurs peuples dans la pauvreté en détournant les ressources nationales.
Interrogé par une journaliste espagnole sur les conséquences concrètes de cette nouvelle doctrine, le souverain pontife a répondu que les pays riches devaient « investir dans l’éducation et les infrastructures locales plutôt que de financer des camps de réfugiés en Europe ». Il a également insisté sur la nécessité pour les gouvernements africains de « prendre leurs responsabilités » plutôt que de compter uniquement sur l’aide extérieure. — La charité ne doit pas servir de pansement à l’injustice, a-t-il lancé.
Un tournant théologique et géopolitique pour le Vatican
Cette prise de position s’inscrit dans une volonté affichée de repositionner le Vatican comme un acteur clé des relations Nord-Sud, plutôt que comme une institution moralisatrice sur la question migratoire. Léon XIV, premier pape américain de l’histoire, semble vouloir ancrer son action dans une logique de « développement durable » plutôt que dans un discours humanitaire classique. Selon Le Figaro, cette approche a été bien accueillie par plusieurs chefs d’État africains, qui y voient une opportunité de négocier des partenariats plus équilibrés avec l’Occident.
Pour autant, cette doctrine divise déjà au sein même de l’Église catholique. Certains théologiens, comme le cardinal italien Matteo Zuppi, ont salué un « réalisme nécessaire », tandis que d’autres y voient une trahison des valeurs de solidarité portées par François. — L’Église ne peut pas fermer les yeux sur les souffrances des migrants, mais elle ne peut pas non plus ignorer les réalités politiques, a tempéré un observateur du Vatican sous couvert d’anonymat.
En attendant, la tournée africaine de Léon XIV se poursuit en Mozambique, où il doit s’exprimer sur les enjeux de paix et de réconciliation dans une région marquée par des conflits armés récurrents. Une nouvelle occasion de marteler son message : sans justice sociale, la question migratoire restera un sujet explosif pour des décennies.
La différence fondamentale réside dans l’approche : François prônait un accueil inconditionnel des migrants et une ouverture des frontières, tandis que Léon XIV reconnaît le droit des États à les contrôler, tout en insistant sur la nécessité de régler les causes profondes des migrations, comme la corruption ou le manque de développement.
Plusieurs chefs d’État africains ont salué cette approche, la qualifiant de « réaliste » et « équilibrée ». Cependant, des ONG locales critiquent un discours qui, selon elles, pourrait servir à justifier un durcissement des politiques migratoires en Europe sans garantie suffisante sur les aides promises.