Jusqu’au 20 septembre 2026, le musée Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) accueille la treizième édition du festival de photographie contemporaine Monde en Commun. Parmi les artistes présentés, le Béninois Léonce R. Agbodjélou y expose une série de photographies consacrée aux Egungun, ces esprits des défunts au cœur de la tradition vodun, selon Libération.

Ce festival, qui se tient chaque année au sein de l’ancien domaine d’Albert Kahn – un site classé à l’inventaire des Monuments historiques –, met cette année à l’honneur des œuvres explorant les rapports entre mémoire collective et spiritualité. Agbodjélou, figure majeure de la photographie africaine contemporaine, y présente un travail réalisé au Bénin, où il a capturé les couleurs et les mouvements des cérémonies dédiées aux Egungun. Ces esprits, selon la cosmogonie vodun, incarnent les ancêtres et jouent un rôle central dans les rites de passage et de purification.

Ce qu'il faut retenir

  • Le festival Monde en Commun se déroule jusqu’au 20 septembre 2026 au musée Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
  • L’artiste béninois Léonce R. Agbodjélou y expose des photographies des Egungun, esprits des défunts dans la tradition vodun.
  • Ces clichés, réalisés au Bénin, documentent les cérémonies liées aux Egungun et leur importance dans les rites vodun.
  • Le musée Albert-Kahn, classé Monument historique, accueille ce festival dédié à la photographie contemporaine et aux questions mémorielles.

Un dialogue entre photographie et spiritualité vodun

Les œuvres d’Agbodjélou, exposées pour la première fois en France dans le cadre de ce festival, offrent un regard inédit sur les Egungun. Ces masques colorés, portés lors de rituels, symbolisent la présence des ancêtres et servent de médiation entre les vivants et l’au-delà. « Ces photographies ne sont pas de simples documents visuels, a expliqué l’artiste à Libération. Elles tentent de restituer l’énergie et la dimension sacrée de ces cérémonies, souvent mal comprises en Occident. » Son travail s’inscrit dans une démarche de préservation et de transmission, alors que les pratiques vodun restent parfois stigmatisées ou méconnues.

Le choix du musée Albert-Kahn n’est pas anodin : ce lieu, autrefois propriété du banquier et photographe Albert Kahn, abrite une collection exceptionnelle de photographies en couleur réalisées au début du XXe siècle. « Ce festival crée un pont entre l’histoire de la photographie et les cultures contemporaines, a souligné l’un des commissaires de l’exposition. Agbodjélou y apporte une dimension à la fois esthétique et anthropologique. »

Les Egungun, entre tradition et modernité

Les Egungun occupent une place centrale dans la religion vodun, notamment au Bénin, où cette pratique reste vivace. Ces esprits, considérés comme les gardiens de la mémoire collective, sont invoqués lors de fêtes annuelles comme le Gelede ou l’Eho, où les danseurs masqués incarnent les ancêtres. Agbodjélou a saisi ces moments éphémères, où les tissus vibrants et les mouvements des participants créent une chorégraphie sacrée.

Ces cérémonies ne sont pas de simples spectacles, rappelle l’artiste. Elles sont un rappel que la mort n’est pas une fin, mais une transition. Les Egungun veillent sur nous et nous rappellent nos devoirs envers ceux qui nous ont précédés. — Son approche photographique, à la fois respectueuse et immersive, évite tout folklorisme pour restituer la profondeur spirituelle de ces rites.

Et maintenant ?

Le festival Monde en Commun se poursuivra jusqu’au 20 septembre 2026, offrant aux visiteurs la possibilité de découvrir l’exposition d’Agbodjélou ainsi que d’autres œuvres interrogeant les liens entre art et mémoire. Une table ronde est prévue le 15 septembre pour discuter des enjeux de la représentation des spiritualités africaines dans l’art contemporain. Par ailleurs, certaines photographies d’Agbodjélou pourraient rejoindre les collections permanentes du musée Albert-Kahn, selon les organisateurs.

Cette exposition s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des cultures africaines en France, alors que les questions liées à la restitution du patrimoine et à la décolonisation des musées gagnent en visibilité. Pour Agbodjélou, ce travail est aussi une réponse à ceux qui réduisent le vodun à des stéréotypes : « La spiritualité vodun n’est pas une survivance du passé, a-t-il affirmé. Elle est une force vivante, qui s’adapte et se réinvente. »