Selon Franceinfo - Sport, la rentrée 2026 confirme une tendance lourde chez les adolescents : l’engouement massif pour les salles de sport. Portés par les réseaux sociaux et les influenceurs comme Tibo in Shape, les 16-17 ans sont de plus en plus nombreux à s’inscrire, parfois jusqu’à cinq ou six fois par semaine, pour sculpter leur physique. Mais cette pratique, souvent encadrée par les parents, soulève des questions sur les dérives possibles, notamment l’usage de compléments alimentaires comme la créatine, dont les effets sur des corps encore en développement restent mal connus.
Ce qu'il faut retenir
- 13% des nouveaux abonnés en août 2026 dans une salle francilienne ont moins de 20 ans, dont une majorité de mineurs de 16 ou 17 ans.
- Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette tendance, avec des influenceurs comme Tibo in Shape (26 millions d’abonnés) qui promouvoient les abonnements et les compléments alimentaires.
- La créatine, vendue en libre-service, est déjà consommée par certains adolescents, malgré l’absence de recul scientifique sur ses effets à long terme.
- Les salles de sport deviennent un mode de vie pour ces jeunes, avec une hygiène de vie stricte (alimentation, absence de tabac, etc.).
- Les médecins du sport s’inquiètent : les études disponibles concernent principalement les adultes, et les risques pour les adolescents restent incertains.
Une génération en quête du corps « parfait »
En région parisienne, une salle de sport enregistre un afflux record de mineurs depuis le début de l’été. Les moins de 20 ans représentent désormais 13% des nouveaux abonnés du mois d’août 2026, selon les données internes du club. Parmi eux, des lycéens de 16 ou 17 ans, souvent inscrits par leurs parents à l’occasion de leur anniversaire, le seuil légal pour accéder aux équipements. Leur objectif ? Atteindre un physique idéalisé, inspiré des influenceurs fitness qui inondent les réseaux sociaux de leurs vidéos de transformation musculaire.
Dans ce même établissement, deux adolescents, François et Yanis, 17 ans, s’entraînent côte à côte. Yanis, dont la carrure trahit déjà des heures de musculation, confie : « Depuis le début des vacances, j’essaie d’y aller cinq, six fois par semaine. Au lieu de dormir le matin, on se retrouve et on fait une petite activité physique à deux, c’est cool. » Leur pratique est devenue un rituel, presque une seconde maison, où ils échangent conseils nutritionnels et défis sportifs. « L’idée, c’est de ressembler à ces mecs hyper musclés qu’on voit sur Instagram ou TikTok », explique François. « Prendre du muscle au niveau de mes épaules et de mon buste, je serais mieux, quoi. »
L’influence des réseaux sociaux et des « clean boys »
Pour ces deux jeunes, la salle de sport n’est pas qu’un loisir : c’est un mode de vie. « On a cette volonté de mieux manger, de consommer de la protéine et des fibres, de faire du sport, d’être en bonne santé », détaille Yanis. Leur transformation physique, passée par une phase de surpoids, les a convaincus de l’efficacité de leur routine. « Forcément, ça influence. Il y a une période où on était gras, sans muscle, et franchement, il y a eu une vraie transformation », ajoute-t-il.
Cette quête de perfection corporelle s’accompagne d’un rejet des habitudes perçues comme néfastes : pas de cigarette, très peu d’alcool, et des sorties réduites au minimum. Les deux adolescents se définissent désormais comme des « clean boys », un terme popularisé par la communauté fitness en ligne. Leur engagement est tel que leurs parents, initialement réticents, ont fini par accepter leurs choix. « Mes parents n’étaient pas du tout d’accord au début, mais petit à petit, ils ont accepté », raconte François.
Les dérives des compléments alimentaires et le manque de recul scientifique
Pourtant, cette rigueur a un revers. Dans le même club, les distributeurs à l’entrée proposent des boîtes de protéines en poudre et des compléments comme la créatine, vendus sans ordonnance. Le youtubeur Tibo in Shape, star du fitness français, en fait régulièrement la promotion, avec des sachets à moins de 20 euros. François et Yanis en consomment déjà, malgré les mises en garde. « C’est naturel dans la viande ou le poisson, mais en poudre, c’est plus pratique », justifie Yanis.
Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Véronique Lebar, médecin du sport et nutritionniste, ancienne directrice médicale de l’Agence française de lutte contre le dopage, met en garde : « Les ados sont un panel peut-être intéressant pour les boîtes qui vendent la créatine, mais au niveau santé, je ne risquerais pas. On ne sait pas ! » Elle souligne que la majorité des études sur la créatine portent sur des adultes. « Actuellement, on ne sait pas vraiment l’impact sur un corps en construction. C’est la pochette-surprise. » Son conseil ? Attendre 20-25 ans et consulter un médecin avant toute supplémentation.
Les salles de sport, un phénomène en progression constante
Selon la profession, la France compte désormais un Français sur dix abonné à une salle de sport, un chiffre en hausse depuis plusieurs années. Les mineurs représentent une part croissante de cette clientèle, dopée par l’accessibilité des abonnements familiaux et l’influence des réseaux sociaux. « Ça fait 40 ans que je suis dans le circuit, et c’était rare de voir des jeunes à 16 ans. Maintenant, tout le monde veut être en forme et avoir un joli corps », observe Fabrice, 58 ans, coach dans la salle fréquentée par François et Yanis.
Pour lui, cette tendance a des aspects positifs : « Ça peut inciter les jeunes à avoir une meilleure hygiène de vie, et c’est mieux que d’aller dans un troquet. » Cependant, il reconnaît que certains excès méritent d’être surveillés. « Il y en a où vraiment, leur vie ne tourne qu’autour de ça. Et tout ça a un coût… », glisse-t-il en désignant les distributeurs de compléments.
Reste à savoir si cette obsession du corps parfait se traduira par des bénéfices durables pour la santé des adolescents, ou si elle ouvrira la porte à des dérives encore méconnues.
À ce jour, aucune étude scientifique ne garantit l’innocuité de la créatine prise sous forme de compléments par des adolescents. Les effets à long terme sur un corps en développement restent inconnus, selon Véronique Lebar, médecin du sport. Les risques potentiels incluent des perturbations rénales ou une déshydratation, bien que ces effets n’aient pas été clairement documentés chez les jeunes. La docteure recommande d’attendre au moins 20-25 ans avant d’envisager une supplémentation, et de consulter un professionnel de santé.