D’après Futura Sciences, les aquariums ne sont plus de simples vitrines du monde marin, mais des laboratoires de conservation, des centres de recherche et des acteurs clés de la sensibilisation écologique. Réunis à Boulogne-sur-Mer par Nausicaá, les professionnels du secteur ont dressé le portrait de l’aquarium de demain lors du colloque « Aquarium du futur », organisé en juillet 2026.
Ce qu’il faut retenir
- 35 ans d’engagement pour l’océan : Nausicaá, premier site européen dédié à la découverte des océans, célèbre cette année trois décennies au service de la protection du milieu marin.
- Plus de 335 programmes de recherche et de conservation sont menés chaque année par les parcs zoologiques et aquariums français, pour un investissement de près de 5 millions d’euros.
- 468 espèces de poissons récifaux reproduites en captivité en 2023, une avancée majeure pour réduire la pression sur les populations sauvages.
- 26 millions de visiteurs par an en France fréquentent ces établissements, de plus en plus perçus comme des lieux d’éducation et d’action environnementale.
- Lancement de « L’Appel de Boulogne-sur-Mer », une feuille de route collective pour l’aquarium du futur.
Des lieux de conservation et de recherche, bien au-delà de l’émerveillement
Longtemps réduits à leur fonction de divertissement, les aquariums se transforment en acteurs scientifiques et écologiques. Selon Futura Sciences, leur rôle évolue vers trois missions principales : la conservation des espèces menacées, la production de connaissances et la transmission au grand public. Cette mutation s’appuie sur des infrastructures adaptées, comme le Blue Living Lab de Nausicaá ou les bassins dédiés à la reproduction en captivité. 900 000 visiteurs et 130 000 élèves fréquentent chaque année Nausicaá, où ils deviennent des « ambassadeurs de l’océan », selon les termes du site.
L’un des défis majeurs reste la maîtrise des cycles biologiques en captivité. Dominique Barthélémy, conservateur à Océanopolis et président de l’Union des conservateurs d’aquariums, souligne les progrès réalisés : « Pendant longtemps, la reproduction en captivité est restée un défi. Aujourd’hui, nous avons franchi un cap considérable. » En 2023, 468 espèces de poissons associés aux récifs coralliens ont ainsi été reproduites avec succès en aquarium.
Le bien-être animal, une priorité sociétale et scientifique
Le colloque a également mis l’accent sur le bien-être des animaux hébergés, un sujet devenu central dans le débat public. Pour Rodolphe Delord, directeur général du ZooParc de Beauval et président de l’Association française des parcs zoologiques, « nous n’en parlions peut-être pas suffisamment parce que, pour nous, c’était une évidence ». Les critiques persistent cependant sur la captivité des grands mammifères marins, poussant les professionnels à mieux expliquer leurs pratiques.
Les équipes de Nausicaá, dirigées par Sasha Le Bohec — première vétérinaire salariée d’un aquarium en France — illustrent cette évolution. Leur approche repose sur l’observation quotidienne des comportements, l’entraînement médical fondé sur la coopération volontaire avec les animaux, et l’utilisation d’outils d’évaluation du bien-être. « Le bien-être ne se limite pas à la santé, mais inclut la capacité à se mouvoir, interagir et évoluer dans des conditions adaptées », précise-t-elle. Ces méthodes permettent de détecter précocement des signes de détresse, comme des examens endoscopiques réalisés sans anesthésie générale sur des lions de mer.
La recherche scientifique, cœur de l’aquarium moderne
Les aquariums jouent désormais un rôle clé dans la recherche marine, en partenariat avec des institutions comme l’Ifremer ou des universités. À Boulogne-sur-Mer, des travaux menés avec l’Ifremer portent par exemple sur le développement des œufs et larves de harengs dans des conditions climatiques futures, incluant la hausse des températures et l’acidification des océans. Ces projets permettent d’anticiper les impacts du réchauffement climatique et de proposer des solutions concrètes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 335 programmes de recherche et de conservation sont menés chaque année par les parcs zoologiques et aquariums français, dans plus de 70 pays. Plus d’un tiers des animaux hébergés appartiennent à des espèces inscrites sur la Liste rouge de l’UICN, comme les tortues marines ou certains requins. Ces infrastructures offrent aux chercheurs une opportunité rare d’observer le vivant sur le long terme, dans des conditions contrôlées.
De la réintroduction en milieu naturel à la sensibilisation du public
Au-delà de la conservation en captivité, les aquariums développent des programmes de réintroduction, comme celui de la rainette verte en Wallonie (Belgique), mené par l’Aquarium-Muséum de Liège. Ce projet a permis de reconstituer progressivement des populations dans des sites où l’espèce avait disparu. Une démarche qui s’inscrit dans la volonté de créer des « populations d’assurance », pour préserver le patrimoine génétique des espèces menacées.
La transmission au grand public reste un pilier de cette évolution. Christophe Sirugue, directeur général de Nausicaá, explique : « Il faut faire entrer l’océan dans la vie des gens pour le rendre plus proche, plus concret. » Les aquariums se positionnent ainsi comme des interfaces entre la science et les citoyens, en proposant des outils éducatifs et des expériences immersives. Pierre Rigo, médiateur scientifique à l’Aquarium-Muséum de Liège, confirme : « Notre rôle est d’interpeller le public et de susciter sa curiosité pour créer un lien entre la recherche et les visiteurs. »
Vers l’aquarium du futur : un engagement collectif formalisé
Le colloque de Boulogne-sur-Mer s’est conclu par le lancement de « L’Appel de Boulogne-sur-Mer », un manifeste collectif définissant les grandes orientations de l’aquarium de demain. Ce texte souligne l’importance de concilier émerveillement, compréhension et action, pour répondre aux enjeux écologiques actuels. « L’enjeu n’est pas seulement d’informer, mais de permettre aux jeunes de comprendre qu’ils ont un rôle à jouer », déclare Guillaume Lheureux, chargé de projets internationaux pour Nausicaá.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large, où les aquariums deviennent des laboratoires d’idées et des catalyseurs de changements sociétaux. Leur capacité à fédérer autour de la protection des océans pourrait bien faire d’eux des acteurs majeurs de la transition écologique.
L’évolution des aquariums reflète une prise de conscience globale : la protection des océans ne peut plus être l’apanage des seuls scientifiques. Elle nécessite l’engagement de tous, des visiteurs aux décideurs politiques. À l’heure où l’océan couvre 71 % de la surface terrestre et régule le climat, leur rôle dépasse désormais le cadre des bassins et des espèces présentées.
D’après Futura Sciences, leur impact est déjà tangible. Les programmes de reproduction en captivité, comme ceux menés à Nausicaá ou Océanopolis, permettent de réduire la pression sur les populations sauvages. Par exemple, 468 espèces de poissons récifaux ont été reproduites avec succès en 2023, offrant une alternative aux prélèvements en milieu naturel. De plus, les projets de réintroduction, comme celui de la rainette verte en Wallonie, montrent que ces établissements peuvent jouer un rôle clé dans la restauration des écosystèmes.