Une chronique publiée dans le Süddeutsche Zeitung Magazin et reprise par Courrier International met en lumière le débat qui agite actuellement les amateurs de bonne chère : faut-il privilégier les assiettes à partager ou les plats individuels ? Une question qui touche autant à l’évolution des habitudes alimentaires qu’aux enjeux de convivialité en restauration.
Ce qu'il faut retenir
- Les assiettes à partager séduisent par leur diversité, proposant des spécialités venues d’Italie, d’Espagne, d’Éthiopie ou du Moyen-Orient.
- Cette pratique renoue avec des traditions culinaires anciennes, où le partage d’un même plat était la norme avant l’essor de l’individualisation des portions.
- Pour certains, ces assiettes sont une plaie, jugées trop petites ou peu pratiques, tandis que d’autres y voient une nouvelle forme de convivialité.
- La sociologue Eva Barlösius souligne que le choix individuel dans l’assiette est une évolution récente, liée à l’augmentation des richesses dans les sociétés occidentales.
- Les établissements proposant ces formules mettent en avant des cuisines du monde, offrant une expérience culinaire variée et collaborative.
Une tendance qui divise les clients et les professionnels
Selon la chroniqueuse, une femme qui aime manger et apprécie les repas généreux, les assiettes à partager peuvent rapidement devenir une source de frustration. « Je me sens lésée quand je dois me contenter de trois bouchées de chaque plat », confie-t-elle. Pourtant, cette formule, de plus en plus répandue dans les restaurants, séduit une clientèle en quête de découvertes et de partage. Autant dire que les avis sont partagés, entre ceux qui y voient une innovation bienvenue et ceux qui la considèrent comme une régression.
Côté restauration, certains établissements misent sur cette approche pour attirer une clientèle en quête d’originalité. Les mezzés syriens, les tapas espagnoles ou les injera éthiopiennes deviennent ainsi les vedettes de ces menus, où l’on pioche directement dans le plat central. Une façon de voyager à travers les saveurs, mais aussi de briser la rigidité des repas traditionnels.
Un retour aux sources culinaires ?
Pour comprendre cette tendance, il faut remonter le fil de l’histoire. Comme le rappelle la sociologue allemande Eva Barlösius, professeure à l’université de Hanovre et autrice de Soziologie des Essens (« Sociologie de l’alimentation »), le partage d’un même plat était autrefois la norme. «
Dans l’histoire de l’humanité, il est parfaitement normal de partager un même plat. La possibilité pour chacun de choisir le contenu de son assiette est une évolution tardive, notamment liée à l’accroissement des richesses.» Une observation qui éclaire d’un jour nouveau les débats actuels.
Si les assiettes individuelles ont longtemps symbolisé le progrès et la liberté de choix, elles ont aussi contribué à isoler les convives autour de leur propre assiette. À l’inverse, les assiettes à partager favorisent les échanges et la découverte collective. Un paradoxe qui explique pourquoi cette pratique séduit autant qu’elle irrite.
Entre praticité et plaisir, où se situe l’équilibre ?
Pour les défenseurs de cette formule, l’avantage réside dans la variété des saveurs et la possibilité de goûter plusieurs plats sans avoir à commander à tour de rôle. « On peut ainsi explorer des saveurs venues d’ailleurs sans se ruiner », explique un habitué des restaurants libanais à Paris. Un argument de poids dans un contexte où les prix des repas au restaurant ne cessent d’augmenter. Pourtant, pour d’autres, l’expérience reste incomplète : « Je viens pour un repas, pas pour un apéritif prolongé », confie un client agacé par des portions jugées trop réduites.
Le défi pour les restaurateurs est donc de trouver un juste milieu. Certains proposent désormais des formules hybrides, mêlant plats individuels et assiettes à partager, afin de contenter tous les profils. D’autres misent sur des menus dégustation, où chaque convive reçoit une portion adaptée, mais où le partage reste au cœur de l’expérience.
Une chose est sûre : le débat autour de cette pratique ne fait que commencer, et il reflète les tensions entre tradition et modernité qui traversent notre rapport à l’alimentation. Pour les amateurs de gastronomie, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre plaisir individuel et convivialité collective.
Les restaurateurs y voient une façon d’attirer une clientèle en quête de nouveautés et d’expériences sociales. Proposer des assiettes à partager permet aussi de valoriser des cuisines du monde et de réduire les coûts en limitant les quantités servies par personne.
Non. Certains plats, comme les soupes ou les plats en sauce, ne se prêtent pas facilement au partage. De même, les repas d’affaires ou les dîners formels privilégient souvent les plats individuels pour des raisons de praticité et d’hygiène.