Une étude publiée le 4 juin 2026 dans la revue Science révèle que les bourdons sont capables d’utiliser des outils pour résoudre des problèmes complexes, une capacité cognitive jusqu’ici réservée, chez les insectes, à quelques rares espèces.

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs finlandais ont démontré que les bourdons utilisent des billes de polystyrène comme escabeaux pour atteindre une source de nourriture hors de portée.
  • Sur 23 bourdons testés sur 30, la majorité a réussi à faire rouler la bille sous une fleur artificielle pour y accéder.
  • L’expérience prouve que ces actions sont délibérées et non le fruit du hasard, remettant en cause certaines idées reçues sur les capacités cognitives des insectes.
  • Cette découverte souligne que des compétences avancées ne sont pas l’apanage des vertébrés à gros cerveau.

Selon Courrier International, des scientifiques finlandais ont mis en lumière une aptitude inattendue chez les bourdons : la capacité à utiliser des outils pour atteindre un objectif. L’expérience, décrite dans Science, s’appuie sur une observation simple mais révélatrice : comment un insecte peut-il accéder à une source de nourriture placée hors de sa portée ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont conçu une boîte en plexiglas circulaire contenant une bille de polystyrène. Au-dessus du dispositif, une fleur bleue artificielle était fixée à une hauteur inaccessible pour les bourdons. « La fleur, installée trop haut, était hors de portée sans aide extérieure, et la boîte, trop étroite, empêchait les insectes de prendre leur envol », explique la chaîne autrichienne Österreichischer Rundfunk (ORF). De plus, « les bourdons ne peuvent ni voler ni aspirer le nectar simultanément », précise le média.

Une stratégie délibérée, validée par des tests rigoureux

Les résultats de l’expérience, rapportés par Olivia Maule dans Science, montrent que la majorité des bourdons testés ont rapidement compris la solution : faire rouler la bille sous la fleur pour s’en servir d’escabeau. Pour écarter l’hypothèse d’un hasard, des expériences de contrôle ont été menées. « Les bourdons ont été placés dans une boîte rectangulaire, divisée en plusieurs compartiments par des parois opaques », détaille la revue. Dans cette configuration, chaque insecte pouvait observer, avant le début du test, de quel côté se trouvait la fleur. Mais une fois la bille déposée, « ils ne pouvaient plus voir directement la fleur depuis l’endroit où se trouvait la bille », souligne Olivia Maule.

Pour obtenir leur récompense, les bourdons devaient donc se souvenir de la bonne direction, retourner vers la bille et la faire rouler au bon endroit, « sans aucun indice visuel ». Malgré cette difficulté, « 23 bourdons sur 30 sont partis dans la bonne direction dès le premier essai », indique la chercheuse. Ces résultats suggèrent que les actions des insectes étaient « guidées par un objectif précis », et non par des automatismes liés à des stimuli sensoriels, comme le souligne l’étude.

« Faire rouler la bille sous la fleur, et s’en servir comme d’un escabeau. Derrière ces gestes se cachent des capacités remarquables : rester concentré sur un objectif, identifier les outils nécessaires, et mener un projet à terme. Le tout de manière instinctive. »
— Olivia Maule, revue Science

Des capacités cognitives qui bousculent les certitudes

Cette découverte, publiée par Courrier International, ne se contente pas d’élargir le spectre des compétences connues chez les insectes. Elle remet également en cause une idée reçue : celle selon laquelle des capacités cognitives aussi avancées seraient l’apanage des vertébrés dotés d’un cerveau de grande taille. « Jusqu’ici, on pensait que seules quelques espèces, comme les grands singes ou certains oiseaux, étaient capables de résoudre des problèmes par l’utilisation d’outils », rappelle la revue.

Les bourdons, avec leur cerveau de quelques milligrammes, prouvent le contraire. Leur capacité à planifier, mémoriser et adapter leur comportement face à une situation nouvelle ouvre de nouvelles perspectives dans l’étude de l’intelligence animale. « Cette étude montre que l’intelligence ne se mesure pas à la taille du cerveau, mais à sa capacité à s’adapter et à innover », commente un expert en éthologie cité par Courrier International.

Une expérience qui interroge l’évolution des comportements animaux

Les chercheurs finlandais, dont les travaux sont salués par la communauté scientifique, soulignent que cette aptitude pourrait être plus répandue qu’on ne le pense chez les insectes. « Il est possible que d’autres espèces, jusqu’ici sous-estimées, disposent de compétences similaires », indique l’un des auteurs de l’étude. Pour l’instant, les mécanismes exacts de cette capacité restent à éclaircir. « On ignore si cette compétence est innée ou acquise par apprentissage au sein de la colonie », explique Olivia Maule.

Par ailleurs, cette découverte pourrait avoir des implications dans d’autres domaines, comme l’étude des mécanismes de survie des espèces face aux changements environnementaux. « Comprendre comment les insectes résolvent des problèmes peut aider à anticiper leur capacité à s’adapter à des conditions climatiques de plus en plus hostiles », ajoute le chercheur.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à reproduire ces expériences avec d’autres espèces d’insectes pour déterminer si cette capacité est isolée ou plus largement partagée. Les chercheurs prévoient également d’étudier les mécanismes neuronaux sous-jacents à ces comportements. Une publication plus détaillée est attendue d’ici la fin de l’année 2026, ce qui pourrait permettre d’affiner les connaissances sur l’intelligence collective chez les hyménoptères.

Cette étude rappelle que la nature réserve encore bien des surprises. Elle invite surtout à revoir certaines idées reçues sur les capacités cognitives des espèces non vertébrées, et à approfondir les recherches dans un domaine où chaque découverte peut bouleverser les certitudes établies.