Dans un pub londonien, six hommes se retrouvent chaque mardi soir après le travail, non pas pour regarder un match de football ou participer à un quiz, mais pour discuter d’un roman de science-fiction dystopique. Ce tableau, rapporté par Courrier International d’après le site Literary Hub, illustre une tendance encore méconnue : celle des clubs de lecture réservés aux hommes, où la fiction est au cœur des échanges.
Ce qu'il faut retenir
- Seuls 27,7 % des hommes américains ont lu un ouvrage de fiction en 2025, selon les données de la National Endowment for the Arts (NEA), en baisse de 7 points depuis 2015.
- Les clubs de lecture masculins, souvent animés par des professeurs, des diplomates ou d’anciens militaires, se multiplient pour répondre à un besoin de convivialité autour des livres.
- Le déclin de la lecture chez les hommes s’explique en partie par l’essor des réseaux sociaux, qui captent leur attention et réduisent leur temps consacré aux livres.
- Le roman Salvagia, de Tim Chawaga, est cité comme exemple de titre discuté dans ces cercles, reflétant un goût pour des récits à la fois exigeants et accessibles.
Des rencontres conviviales loin des stéréotypes
L’image des clubs de lecture reste souvent associée aux femmes, un cliché que démentent ces rassemblements informels. « Ce n’est pas facile de trouver des types qui aiment lire », confie Kristopher Jansma, auteur américain cité par Literary Hub. Ces groupes, qui se forment spontanément dans des bars, des librairies ou des salles communautaires, offrent un cadre détendu pour échanger sur des œuvres variées. Le choix des livres, parfois exigeant comme Salvagia, un roman policier de science-fiction se déroulant dans un Miami dystopique, montre que ces hommes recherchent des discussions stimulantes, bien loin des clichés sur la masculinité.
Ces clubs attirent aussi bien des cadres que des ouvriers ou des retraités, tous animés par une même passion : le plaisir de lire et de partager leurs impressions. « Autant dire que ces rencontres sont un exutoire autant qu’un loisir », précise Jansma. Pour certains, c’est même une façon de rompre avec l’isolement et de créer du lien social.
Un déclin de la lecture masculine qui s’accélère
Les chiffres de la NEA sont sans appel : en 2025, seulement 27,7 % des hommes américains ont lu au moins un roman ou une nouvelle au cours de l’année écoulée. Ce chiffre, en baisse constante depuis une décennie, contraste fortement avec celui des femmes, dont 46,9 % déclarent avoir lu de la fiction sur la même période. Les causes de ce recul sont multiples : la concurrence des écrans, le manque de temps, ou encore un désintérêt croissant pour les formats traditionnels.
Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans cette évolution. Entre les vidéos courtes, les jeux en ligne et les notifications incessantes, le temps consacré à la lecture a fondu. « Les hommes, en particulier les jeunes, privilégient désormais des contenus rapides et visuels », explique un spécialiste de la sociologie de la lecture, cité par Courrier International. Résultat : la fiction, souvent perçue comme exigeante, est de plus en plus délaissée au profit de formats plus accessibles.
Une réponse à un besoin de communauté et d’échange
Face à ce constat, les clubs de lecture masculins apparaissent comme une réponse à la fois sociale et culturelle. Ces espaces permettent aux participants de rompre avec la solitude tout en cultivant leur intérêt pour la littérature. Certains groupes organisent même des rencontres autour de thèmes précis, comme la philosophie ou l’histoire, montrant que la diversité des goûts est au rendez-vous.
« Ces clubs ne sont pas réservés à une élite intellectuelle », souligne un membre d’un groupe parisien, rencontré par Courrier International. « On y trouve des professeurs, des artisans, des retraités… L’essentiel, c’est l’envie de partager et de débattre. » Une diversité qui reflète aussi l’évolution des pratiques culturelles chez les hommes, de plus en plus en quête de sens et de connexion.
Une chose est sûre : ces clubs, loin d’être une simple mode, répondent à un besoin profond de convivialité et de partage intellectuel. Ils prouvent que, même dans un monde où les écrans dominent, le livre reste un outil de lien social et de réflexion.
Oui, ils commencent à émerger, notamment dans les grandes villes. Certains bars ou librairies organisent des rencontres dédiées aux hommes, souvent autour de genres littéraires comme le polar ou la science-fiction. Ces initiatives restent cependant moins médiatisées qu’aux États-Unis.