Le directeur de recherche au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) de Montpellier, rattaché au CNRS, s’exprime dans les colonnes de Libération pour mettre en lumière un phénomène écologique aussi surprenant que prometteur. Selon lui, les éponges, ces organismes hybrides à mi-chemin entre l’animal et le végétal, disposent d’une capacité insoupçonnée : stocker efficacement le carbone.

Ce qu'il faut retenir

  • Les éponges, organismes à la fois animaux et végétaux, jouent un rôle méconnu dans la capture du carbone.
  • Le directeur de recherche du CNRS au CEFE de Montpellier souligne leur « surprenante capacité » à stocker cet élément.
  • Cette découverte s’inscrit dans le cadre des recherches menées sur les écosystèmes marins et leurs mécanismes de régulation climatique.

Une capacité écologique sous-estimée

Longtemps reléguées au rang d’organismes marins ordinaires, les éponges suscitent désormais l’intérêt des scientifiques. D’après les travaux du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) de Montpellier, ces êtres vivants composites – ni tout à fait animaux, ni tout à fait végétaux – possèdent une propriété remarquable. Leur structure poreuse et leur mode de vie leur permettent d’absorber et de retenir le carbone atmosphérique à une échelle significative.

Le directeur de recherche du CNRS, auteur d’une chronique écologique dans Libération, précise que ce mécanisme, bien que moins médiatisé que celui des forêts ou des océans, pourrait représenter une piste majeure pour atténuer les effets du changement climatique. « L’Albatros hurleur », comme il surnomme symboliquement ces éponges, incarne selon lui une solution naturelle face à l’urgence environnementale.

Des mécanismes de stockage encore à décrypter

Les recherches menées au CEFE de Montpellier s’appuient sur des observations réalisées en milieu marin, notamment dans les récifs coralliens et les zones côtières. Les éponges, en filtrant l’eau, capturent non seulement des nutriments, mais aussi des particules de carbone, qu’elles intègrent à leur biomasse ou transforment en composés stables. Ce processus, bien que complexe, commence à être mieux compris grâce aux avancées en écologie fonctionnelle.

« Leur capacité à séquestrer le carbone repose sur des interactions biogéochimiques encore partiellement inexplorées », a expliqué le chercheur. Les éponges agissent comme des pièges à carbone naturels, contribuant ainsi à la régulation des flux de CO₂ dans les écosystèmes marins. Ces travaux s’inscrivent dans une dynamique plus large visant à identifier des solutions basées sur la nature pour lutter contre le réchauffement climatique.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à quantifier précisément le volume de carbone stocké par ces organismes et à évaluer leur potentiel à grande échelle. Des expérimentations en milieu contrôlé pourraient débuter d’ici la fin de l’année 2026, afin de mesurer l’impact réel des éponges sur les cycles du carbone. Si ces résultats s’avèrent concluants, ils pourraient inspirer des stratégies de conservation ou même de « culture » d’éponges à des fins de capture de CO₂. Reste à voir si cette piste, encore émergente, trouvera sa place parmi les outils climatiques déjà identifiés.

Un appel à une meilleure reconnaissance des écosystèmes marins

Cette découverte rappelle l’importance de préserver la biodiversité marine, souvent éclipsée par les enjeux terrestres. Les récifs coralliens, les herbiers de posidonies et désormais les éponges jouent un rôle discret mais essentiel dans la régulation du climat. Le chercheur du CNRS souligne que « protéger ces écosystèmes, c’est aussi protéger des mécanismes naturels de lutte contre le réchauffement ».

Pour autant, les menaces qui pèsent sur ces organismes – pollution, acidification des océans, réchauffement des eaux – risquent de compromettre leur efficacité. Une prise de conscience collective et des mesures de protection renforcées pourraient donc s’avérer nécessaires pour exploiter pleinement leur potentiel.

Les éponges sont des êtres vivants aux caractéristiques intermédiaires : elles ne possèdent pas de tissus différenciés comme les animaux supérieurs, mais leur métabolisme et leur mode de reproduction les éloignent également des végétaux. Leur structure cellulaire et leur capacité à filtrer l’eau les rendent uniques dans le règne du vivant.

En conclusion, si les éponges ne remplaceront pas les forêts ou les océans dans la lutte contre le changement climatique, leur rôle dans la capture du carbone ouvre des perspectives inédites. Une raison de plus pour mieux les étudier… et mieux les protéger.