Cinq jours après la fusillade mortelle survenue dans le quartier des Moulins à Nice, le procureur de la République, Damien Martinelli, a choisi de mettre en lumière l’un des leviers centraux de la lutte contre les trafics de drogue : la consommation. Dans un entretien accordé à la matinale de RTL ce 15 mai 2026, le magistrat a insisté sur la « responsabilité » des usagers, alors que la ville pleure désormais onze victimes depuis le début du mois d’avril.
Selon Le Figaro, Damien Martinelli a rappelé qu’acheter de la drogue dans un quartier marqué par une telle violence, comme les Moulins, n’était « pas un acte anodin ». Le procureur a évoqué une « consommation massive » de stupéfiants, qualifiée d’« axe central » dans l’alimentation des réseaux criminels. « On ne peut pas venir donner de l’argent à un réseau de trafic de stupéfiants dans un quartier où il y a eu autant de morts », a-t-il martelé, soulignant l’enjeu de « sanction et de responsabilisation » envers les consommateurs.
Ce qu’il faut retenir
- Un total de 11 morts enregistrés dans le quartier des Moulins à Nice depuis le début du mois d’avril, après une fusillade meurtrière survenue il y a cinq jours.
- Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, pointe la « responsabilité » des consommateurs de drogue dans l’alimentation des trafics, qualifiant la consommation de « massive » dans cette lutte.
- Entre 2014 et 2024, la part des mineurs condamnés pour trafic de stupéfiants est passée de 9 % à 29 % dans les Alpes-Maritimes.
- Le magistrat souligne une « explosion » de la « narco-livraison », avec une augmentation des femmes impliquées dans ces réseaux, liée à la discrétion et à la capacité logistique recherchées par les trafiquants.
- Damien Martinelli évoque une « violence totalement débridée », associée au fonctionnement des trafics, ainsi qu’un « phénomène de rajeunissement très fort » des personnes impliquées.
- Le procureur appelle au démantèlement des points de deal, évoquant encore une douzaine de sites actifs dans le quartier des Moulins en 2023, contre deux en avril 2026.
Une consommation de drogue « massive » et un marché en mutation
Pour Damien Martinelli, la lutte contre les trafics de stupéfiants passe avant tout par une prise de conscience des consommateurs. « C’est une consommation en forte hausse de la cocaïne, et c’est elle qui fait le marché », a-t-il expliqué. Le procureur a rappelé que depuis novembre 2025, les parquets peuvent placer en garde à vue les consommateurs pour addiction, une mesure visant à les inciter à se soigner plutôt qu’à alimenter les caisses des trafiquants. « Je ne me dis pas dépassé », a-t-il ajouté, tout en reconnaissant la difficulté du combat face à l’ampleur du phénomène.
Autre tendance marquante, selon le magistrat : l’évolution des profils des acteurs des réseaux. « Sur Nice, c’est quasiment un dossier par semaine » concernant la « narco-livraison », une méthode qui privilégie la discrétion et la capacité à parcourir de longues distances. « Une femme bien insérée qui a douze points sur le permis, c’est un profil beaucoup plus intéressant pour le réseau qu’un jeune avec un sac à dos Uber », a-t-il illustré. Cette stratégie expliquerait l’augmentation de la participation féminine dans ces activités illicites.
Violence et rajeunissement des trafiquants : des indicateurs préoccupants
Le procureur a dressé un constat alarmant quant à l’évolution de la criminalité liée aux stupéfiants dans les Alpes-Maritimes. « Une violence totalement débridée, associée au fonctionnement des trafics de stupéfiants », a-t-il décrit, évoquant des règlements de comptes et des affrontements armés de plus en plus fréquents. Il a également pointé un « phénomène de rajeunissement très fort » des personnes impliquées, avec une hausse spectaculaire de la part des mineurs dans les condamnations pour trafic.
Selon les chiffres communiqués par Damien Martinelli, la part des mineurs condamnés pour trafic de stupéfiants est passée de 9 % en 2014 à 29 % en 2024. Une évolution qui reflète à la fois l’attractivité du marché pour les jeunes générations et les difficultés des autorités à endiguer ce phénomène. Le magistrat a également rappelé que, dès le 22 avril 2026, il avait appelé, aux côtés du préfet des Alpes-Maritimes Laurent Hottiaux, au démantèlement des deux derniers points de deal encore actifs dans le quartier des Moulins — contre une douzaine en 2023.
Les pistes privilégiées par les autorités pour endiguer le fléau
Face à l’ampleur de la crise, le procureur a détaillé les axes sur lesquels les forces de l’ordre et la justice concentrent leurs efforts. Si le démantèlement des points de deal reste une priorité — avec deux sites encore actifs en avril 2026 contre une douzaine en 2023 —, Damien Martinelli a insisté sur l’importance de la prise en charge des consommateurs. « Il y a un axe central autour du démantèlement des points de deal, mais aussi autour de la responsabilisation des usagers », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, la lutte contre la « narco-livraison » s’intensifie, avec une attention particulière portée aux profils logistiques des trafiquants. Le procureur a souligné que les réseaux recherchent désormais des profils discrets et mobiles, souvent incarnés par des femmes insérées socialement, capables de livrer de la drogue sur de longues distances sans éveiller les soupçons. Une stratégie qui complique considérablement le travail des enquêteurs, mais qui pourrait aussi offrir une piste pour démanteler ces réseaux en ciblant leurs logistiques.
Alors que la ville de Nice tente de panser ses plaies après une série de fusillades meurtrières, l’appel du procureur à la responsabilisation des consommateurs ouvre un débat plus large sur la stratégie à adopter face à l’épidémie de drogue qui touche les quartiers sensibles. Entre répression et prévention, les prochains mois diront si les mesures mises en place parient sur la bonne cible.
Selon le procureur Damien Martinelli, la part des mineurs condamnés pour trafic de stupéfiants est passée de 9 % en 2014 à 29 % en 2024. Par ailleurs, le magistrat évoque une « explosion » de la « narco-livraison » à Nice, avec une augmentation de la participation féminine dans ces réseaux.